Le dernier chant

Très bonne mise en scène et interprétation d'une adaptation plutôt faiblarde
De
Anton Tchekhov
Adaptation d'Emmanuel Ray
Mise en scène
Emmanuel Ray.
Avec
La Compagnie de Théâtre en Pièces, de Chartres.
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Théâtre de l’Épée de Bois, à la Cartoucherie
Route du Champ de Manoeuvre
01 48 08 39 74
Se joue jusqu’au 7 mai. Puis au Festival d’Avignon, en juillet.

Thème

Le Dernier chant c’est celui d’un souffleur de théâtre, d’un acteur vieillissant et d’une actrice en plein désarroi.  Ce trio qui chacun à son niveau a voué sa vie au théâtre, s’exprime à partir de deux nouvelles de Tchékov ( Le Baron et Elle et Lui), de sa pièce Le chant du cygne et d’extraits de lettres de la comédienne Olga Knipper, dernière compagne de Tchékhov.

Le souffleur (Fabien Moiny) resté figé dans une carrière de souffleur, rêvait de jouer Hamlet mais il doit se contenter, depuis son trou maudit, d’invectiver l’acteur qui a ses yeux interprète mal le prince. S’il est bon, il crie Bravo! Alcool aidant ... 
L’acteur (Emmanuel Ray), "vieux" malgré ses 58 ans, désabusé par sa vie finalement répétitive, de  succès en échecs, est bouffi de vodka. Tout en restant élégant, il expose sans complexes un ventre  en oeuf d’autruche mais l’on voit bien qu’il n’a pas le physique de cette disgrâce provisoire. Entre deux verres, il déclame et appelle au secours ses grand rôles: Hamlet, Othello, Le Roi Lear… Parfois, c’est lui-même qu’il appelle au secours.

La comédienne (Mélanie Pichot), décrite comme une masse informe, une sorte de clocharde, devient une fine et ravissante déesse, un vrai mannequin, quand elle est sur scène. Mais dans sa loge, elle se juge mauvaise, nulle. Elle a peur.

Les trois protagonistes , vedettes ou tâcheron des mots, partagent leurs angoisses d'artistes, leurs rêves brisés par la vie courante, les déceptions, leur peur de l’avenir, d’eux-mêmes, de la solitude sans applaudissements. 

Points forts

L’aspect visuel de ce court spectacle original et raffiné. Un décor de boîte blanche semblant fermée malgré ses deux ouvertures, représente le trou du souffleur puis la loge des coulisses. Les trois acteurs y jouent tour à tour avec l’espace, comme au cirque contemporain ou comme dans une «  installation » picturale d’un musée d’art très moderne. 

L’affiche du spectacle, avec le souffleur goguenard planté sur ses deux pieds dans la boîte et l’acteur au corps coupé en deux qui semble en lévitation dans les airs, rend bien compte de l’esprit de cette mise en scène. Parfois, le trio mime des escalades de cirque, des postures angoissées ou cocasses. On n’a pas le temps de rire ou de s'attendrir. Tout est suggéré et rapide.  

La boîte blanche ne bouge pas mais elle semble tanguer avec les déplacements des trois comédiens qui subliment toute la vérité humaine et la cocasserie de Tchékov. 

Une mention spéciale au génial souffleur (Fabien Moiny). Un acteur rare et puissant, de la trempe d’un Grégory Gadebois.

Quelques réserves

Le texte du souffleur adapté de la nouvelle Le Baron, est le meilleur. Sa poésie et son étrangeté emportent. Les  textes suivants sont plus terre à terre, plus quotidiens et moins littéraires et théâtraux. L’on retombe un peu de haut.

Encore un mot...

Ce spectacle épuré et tendre qui fait 1h10, passe à la vitesse d’une goulée de vodka. Un joli moment de théâtre dans ce lieu shakespearien tout tapissé de bois,  qui fait rêver.

Une phrase

Ou plutôt une citation d’Emmanuel Ray, l'adaptateur et metteur en scène  : «  Le théâtre atteste que le rêve ne meurt pas ».

L'auteur

Anton Tchékhov, né en 1860 dans le Sud de la Russie et mort à 44 ans de la tuberculose,  médecin des corps et des âmes, fut un courageux pourfendeur d’injustices (ses écrits sur le bagne de Sakhaline, par exemple) . Il publia 700 nouvelles. Et ses pièces, La Mouette, Oncle Vania, La Cerisaie… font partie du patrimoine mondial. Nous ne nous lassons pas de les voir et revoir. Ni tout à fait pareilles, ni tout à fait autres.

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