Le Fils

Zeller dans la cour des grands
De
Florian Zeller
Mise en scène
Ladislas Chollat
Avec
Yvan Attal, Anne Consigny, Elodie Navarre, Rod Paradot, Raphael Magnabosco et Jean Philippe Puymartin.
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Comédie des Champs-Elysées
15 Avenue Montaigne
01.53.23.99.19
Du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h

Thème

Nicolas, 17 ans, est en pleine dérive. Fils d’un couple divorcé, sa mère est dépassée par la situation et demande à son père, remarié depuis peu et père d’un  nouveau-né, d’intervenir. Celui-ci accepte de prendre Nicolas avec lui et va tout faire pour tenter de le sortir de la dépression qu’il traverse et le sauver.

Le Fils est le dernier volet de la trilogie familiale écrite par Florian Zeller, débutée avec La Mère en 2010 (jouée par Catherine Hiegel) et Le Père en 2012 (avec Robert Hirsh).

Points forts

-Le style et l’écriture de la pièce lui donnent une profondeur et une puissance hypnotisantes. Directe, factuelle et sans artifices, la mise en scène de cette chronique de la vie ordinaire sonne juste et installe progressivement une noirceur propre à la banalité, celle dont on ne se méfie pas et qui pourtant, entraîne les personnages dans des abysses.

- Florian Zeller révèle son immense talent à restituer le quotidien du jeune couple sans aspérités, le divorce mal vécu par la femme abandonnée, le fils adolescent paumé, la nouvelle vie du père remarié ... Par petites touches -une phrase anodine , un geste équivoque , une remarque amère -, ce huis clos devient de en plus étouffant et oppressant, révélant avec exactitude les atmosphères familiales les plus funestes.

- Yvan Attal incarne à merveille ce père qui veut trop bien faire et qui ne parvient pas à dépasser ses propres fragilités. Rod Paradot, César du meilleur espoir en 2016 pour son rôle dans « La tête haute » face à Catherine Deneuve, est bouleversant. Il sert le personnage du fils avec toute la subtilité et l’ambiguïté de ce rôle qui est sans doute le plus complexe de la pièce. La sobriété et l’élégance d’Anne Consigny en mère impuissante et abandonnée, et la fausse légèreté de la jeune épouse jouée par Elodie Navarre donnent aux personnages féminins une densité exceptionnelle.

Quelques réserves

Si la pièce maintient une grande intensité jusqu’à la fin, elle gagnerait à être plus courte dans sa deuxième partie. Certaines scènes peuvent sembler superflues, dès lors que le spectateur devine leur issue.

Encore un mot...

Florian Zeller nous entraîne dans la part sombre du destin, que l’on voit surgir et s’étendre jusqu’à ce qu’elle domine l’existence des personnages. Implacable, il montre que le couple Attal/Consigny est la vraie histoire d’amour de la pièce, à laquelle la seconde vie du père ne peut rien. C’est un mirage de bonheur promis, mais non dû.

Insidieusement, la pièce déroule sous nos yeux une vérité qui dérange : elle questionne la responsabilité du père comme celle du fils. Deux narcissismes s’affrontent. Celui du « bon père » qu’affiche en permanence Yvan Attal. Ayant lui-même souffert d’un père absent, il est obsédé par l’idée de lui ressembler et n’a de cesse de vouloir démontrer le contraire ; au point parfois de poursuivre ce seul but au détriment des conséquences sur son fils.

Ce fils qui a compris - instinctivement, inconsciemment ? - sur quel ressort prendre le pouvoir sur son père : celui de la culpabilité, dont il abusera. Accusant son père d’être parti, il en fait l’unique responsable de ses troubles psychiques et de sa dépression, dans une attitude victimaire dont il ne se départ jamais. L’empathie que l’on ressent pour cet adolescent en proie à de terribles souffrances et à l’auto-destruction fait place peu à peu à un sentiment plus mitigé… On est en face d’un véritable passif-agressif, qui, impuissant à se rebeller ouvertement contre son père, le fera d’autant plus par sa force d’inertie, ses silences culpabilisants et surtout, par les efforts promis qu’il ne fera pas. Habile à obtenir le soutien inconditionnel de parents totalement désemparés et impuissants, ce fils dictera leur tragique destin.

Une phrase

- Pierre (le père) :" En tout cas, si tu as des angoisses, il y d'autres façons de les canaliser. Pourquoi tu ne fais pas plus de sport? Tu devrais aller courir au moins. On pourrait y aller ensemble, si tu veux.(...)
Tu sais, quand tu te fais du mal, c'est comme si c'était à moi que tu en faisais.

- Nicolas (le fils), avec la froideur des reproches  : Et toi, quand tu as fait du mal à maman, c'est à moi que tu en as fait." 

L'auteur

Florian Zeller publie à 22 ans son premier roman, Neiges artificielles, qui a reçu le prix de la fondation Hachette. En 2003 , il publie son deuxième roman, Les Amants du n'importe quoi, puis La Fascination du pire l’année suivante, qui remporte le Prix Interallié et La Jouissance, en 2012. 

C’est au théâtre qu’il connaît ses plus grands succès. Il crée L'Autre en 2004, puis Le Manège (2005), Si tu mourais ( 2006 avec Catherine Frot), et Elle t'attend (2008 avec Laetitia Casta). 

Sa trilogie familiale est jouée par de grands acteurs :  Catherine Hiegel (ancienne sociétaire de la Comédie Française) interprète La Mère en septembre 2010, rôle pour lequel elle reçoit le Molière de la meilleure comédienne. En 2012, Le Père est joué par Robert Hirsh, qui triomphe durant trois ans et obtient trois Molières en 2014. Il jouera également en 2016 Avant de s'envoler, au Théâtre de l’œuvre. En 2011, Pierre Arditi a créé au théâtre Montparnasse sa sixième pièce, La Vérité, puis Le Mensonge en 2015. Fabrice Luchini interprètera Une heure de tranquillité en 2013 et enfin, Daniel Auteuil crée L'Envers du décor en 2016.

Commentaires

sylvia
ven 25/05/2018 - 20:43

J avais souhaité voir cette pièce lors de mon passage à Paris. Vraiment, j ai fait le bon choix tant sur le texte, la mise en scène, le jeu des acteurs. Je n oublierai pas combien j'ai été touchée, interpellée, troublée, émue aux larmes par l authenticité, la force du texte et du jeu de tous les acteurs.
Ravie de voir dans la salle un public de tous les âges, de tous les milieux, de tous les univers qui se retrouvaient au cœur de toutes ces questions, ces interrogations, ces peurs, ces mots, ces personnages.
Vraiment un grand bravo à tous Zeller, Attal, Paradot, Consigny, Navarre....
Merci

seb
mar 16/10/2018 - 16:45

J'ai vu Le Fils la semaine dernière lors de mon passage à Paris, et je partage en tous points l’avis précédent.
Scènes émotionnellement fortes, jeu juste et intense de tous les acteurs qui servent des rôles complexes (impressionnant Rod Paradot)…
J’ai fini en larmes.
Merci et bravo à tous pour cette soirée que je n’oublierai pas.

Hannah
ven 30/11/2018 - 00:36

Tres bien joue et mise en scène même si un peu lent au début. Après j’ai une autre interprétation du piece : la responsabilité de nos actes en tant que parent. Un tiers complètement égoïste qui bouleverse une famille et ne voit pas les impacts de son comportement et à aucun moment en sent responsable. Une mère qui a baissé les bras et qui ne lutte plus, complètement effacée. Un père qui pense que tout lui est dû que le monde tourne autour de lui et qui ne voit pas que son fils n’est pas fait comme lui. Pour moi la pièce tourne autour de cette responsabilité de ses actes et décisions. Très puissant.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Toujours à l'affiche

Théâtre
Lady Agatha
De
Cristos Mitropoulos et Ali Bougheraba
Théâtre
C’est un métier d’homme
De
L’Oulipo : Michèle Audin, Paul Fournel, Jacques Jouet, Hervé Le Tellier, Clémentine Mélois, Ian Monk