Le goût de la framboise
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Thème
Deux femmes, deux époques, deux formes d’enfermement :
à l’été 1998, Stella, 19 ans, est incarcérée dans un centre de détention, où elle découvre la violence carcérale, la privation d’avenir et la solitude d’un monde clos. Dans sa cellule, elle rencontre une femme de quarante ans son aînée, aussi étrange que mystérieuse. Cette rencontre va bouleverser sa vie.
retour en 1975, quand Marcelle, jeune chercheuse en astrophysique, s’apprête, alors que tout semble organisé pour qu’elle échoue, à faire une découverte scientifique exceptionnelle.
Entre ces deux femmes que les années séparent, un même désir se dessine : être libre.
Le goût de la framboise fait ainsi dialoguer la prison et l’espace, l’exiguïté d’une cellule et l’immensité de l’univers. Un rapprochement inattendu mais profondément cohérent : il y a des murs physiques, ceux de la prison, et d’autres, plus invisibles, que la société, les circonstances ou les préjugés dressent autour des individus.
Le spectacle parle surtout de transmission. C’est l’histoire de deux femmes empêchées qui prouve que transmettre ce que l’on sait peut devenir un véritable acte de résistance.
Points forts
Le premier mérite du spectacle est son ambition narrative. Passer de 1998 à 1975, de la cellule à l’espace, aurait pu nous perdre dans les méandres d’un récit compliqué. C’est au contraire le mouvement qui semble constituer le moteur même de la pièce.
La mise en scène de Martin Darondeau assume ce parti pris avec une scénographie volontairement épurée : une grande arche mobile devient tour à tour espace, frontière, cellule ou symbole. Les comédiens la déplacent, transforment le plateau et changent de costumes sous les yeux du public.
Le goût de la framboise est porté collectif de comédiens totalement immergés dans cette mécanique théâtrale qui demande rythme, engagement physique et capacité à passer rapidement d'un personnage ou d'une époque à l'autre.
Le sujet touche à des interrogations très universelles : comment continuer à rêver lorsque les circonstances nous assignent une place ? Comment s’échapper d’une domination masculine qui contraint, spolie et dévaste ? La pièce répond par le savoir, la rencontre et la transmission.
Quelques réserves
Ce qui fait l’ambition du spectacle constitue aussi son principal écueil : le foisonnement, car deux époques, plusieurs personnages, des changements permanents d’espace et de rôle exigent parfois du spectateur une attention très soutenue.
J’ai personnellement trouvé que les scènes en prison, incluant des personnages secondaires, occupaient une place peut-être trop importante par rapport à l’intrigue et au déroulement de l’histoire.
Encore un mot...
Il y a quelque chose de joliment paradoxal dans ce Goût de la framboise : pour parler d’enfermement, la pièce choisit l’espace ; pour parler de solitude, elle choisit la rencontre ; et pour parler de liberté, elle mise sur l’engagement et la transmission.
La “framboise“ du titre devient alors presque une promesse : celle d’un goût, d’une sensation, d’un souvenir qui subsiste même lorsque tout le reste semble avoir disparu.
Une phrase
« Depuis sa prison, Auguste Blanqui écrivit “L’univers est un asile ouvert à tous les rêves.“ J’ai peut-être eu envie d’écrire un spectacle qui lui donnait raison. J’ai toujours été fascinée par l’espace. À l’âge où il était très convenable d’avoir peur des monstres sous le lit, j’avais peur des trous noirs. Je fermais les yeux parfois et j’essayais d’imaginer à quel point tout était loin de tout. C’est donc à travers ce sujet qui me fascine que j’ai voulu raconter une histoire de transmission entre femmes, “empêchées”, toutes les deux, par leurs vies respectives. Dans une cellule de prison, on n’a pas d’autre choix que de se parler, de se dire ce qu’on sait, de tout faire pour ne pas être absorbé par les murs. J’ai voulu traiter de l’enfermement, des conséquences ravageuses qu’il peut avoir sur l’esprit et sur l’âme, et des moyens qu’on trouve pour y échapper mais aussi montrer que la transmission n’est pas qu’affaire d’héritage académique ou social. Que c’est un acte suprême de résistance. »
[Note d’intention de l’auteur]
L'auteur
Née aux Lilas en 1994, Raphaële Volkoff se forme aux cours d’art dramatique d’Eva Saint-Paul. À sa sortie d’école, elle intègre La troupe d’Edmond d’Alexis Michalik, qui l’encourage à faire produire son premier spectacle.
En 2022, Les Grenouilles du Baïkal, mis en scène par Aïda Asgharzadeh et produit par le Théâtre des Béliers, est présenté au Festival d’Avignon.
C’est cette même année qu’elle rencontre Martin Darondeau, auquel elle confiera la mise en scène de son deuxième spectacle, Le goût de la framboise.
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