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Thêatre-Spectacles

Le songe d'une nuit d'été

De William Shakespeare
Mise en scène : Muriel Mayette-Holz
Avec Martine Chevallier, Michel Willermoz, Julie Sicard, Christian Hecq, Stéphanne Varupenne, Suliane Brahim, Jérémy Lopez, Adéline d'Hermy, Elliot Jennicot, Laurent Lafitte, Sébastien Pouderoux.

Infos & réservation

Comédie-Française
1 Place Colette
75001 Paris
Tél. : 0825101680
http://www.comedie-francaise.fr

Lu / Vu par

Jacques Paugam
Publié le 15 fév . 2014

Recommandation

3,0ExcellentExcellent

Thème

Une nuit à Athènes, sous l'emprise des fées, quelques jours avant le  mariage de Thésée et de Hippolyta: quand Shakespeare, le plus grand peintre sans doute des passions humaines, s'amuse à nous faire partager un songe, à vivre entre rêve et réalité.

Points forts

1 Il me semble que le premier point fort à mettre en avant, c'est l'intelligence et le talent de Muriel Mayette-Holz dans sa mise en scène.

2 Muriel Mayette-Holz n'a pas eu peur de rendre à Shakespeare ce qui lui appartient, à savoir sa capacité à faire, à côté de tragédies, des pièces qui relèvent non seulement du comique mais même de la farce et des tréteaux de foire.
   Il faut dire que lorsque Shakespeare fait jouer cette oeuvre, à la toute fin du XVI° siècle, il est déjà un auteur en vue et  peut se permettre la liberté d'aller , comme il l'entend, vers le public. 
   Là, dans cette version, côté truculence et farce, on est servi. Pour ne citer qu'un seul exemple: le jeu de Christian Hecq dans le rôle d'Obéron, le roi des fées, sorte de primate à la limite du chimpanzé, qui a le plus grand mal à échapper à la férule de sa femme, la reine Titiana.

3 Place donc, souvent, à la farce mais place surtout, ici, pour faire passer l'ensemble, à un jeu presqu'en permanence au second degré, appel du pied plus que réussi à la complicité des spectateurs, d'autant qu'au début et à la fin de la représentation, le Duc, sa future épouse et leurs proches sont dans la salle.

4 Muriel Mayette-Holz a également très bien compris qu'avec Shakespeare, les idées, les sentiments, les émotions, tout passe par les corps. D'où la très grande importance des mouvements incessants des fées, servis par une véritable chorégraphie, très esthétique mais surtout chargée de symboles et très sensuelle, pour ne pas dire, par moments, sexuelle.

5 Et puis, il y a toujours la magie Shakespeare même lorsqu'il aborde un univers apparemment léger. On n'est pas ici au niveau des passions de pouvoir, mais de l'intimité profonde des vies avec leurs non-dits, leurs fantames. Et comme toujours, ces intuitions étrangement modernes sur les relations hommes-femmes et l'amour.

6 Sans oublier le sens éperdu des mots et des images. Celle-ci, par exemple, à propos des mariages imposés :"Choisir son amour par les yeux d'autrui".
   La malice, aussi. Cette adresse au jeune homme qui plaît moins à la jeune fille qu'il courtise qu'à son père: "Vous avez  l'amour de son père, alors épousez-le!".
   La démesure, enfin: "Rugir comme une colombe à la mamelle"...

7 Le final -spectacle d'une troupe amateur, donné en l'honneur du Duc pour son mariage- est hilarant. C'est une parodie extravagante de Café Théâtre. Mais de grand Café Théâtre. Niveau Café de la Gare, dans ses grands moments.: "Douce lune,merci de tes rayons solaires"etc...
Encore une manière, audacieuse certes, de montrer que Shakespeare était aussi un auteur populaire. Cela, Salle Richelieu, c'est surprenant mais çà fait plaisir. Arrière, messieurs les cultureux. Comme disait Marcel Pagnol: "Méfiez-vous des gens tristes, ils sont rarement sérieux".

8 L'interprétation est collectivement exemplaire. J'ai dit un mot sur la performance de Christian Hecq. Je soulignerai également l'interprétation, très au second degré et très moderne,  de Sébastien Pouderoux dans le rôle de Lysandre, grand amoureux, momentanément victime d'un sortilège très maladroitement mis en oeuvre sur l'ordre d'Obéron.  

Points faibles

1 Les chants, hormis celui de la fin, n'apportent pas grand chose.

2 Plus grave: au risque de choquer les puristes, je dirai que cette version gagnerait à durer non pas 2H10/2H15 mais 1H30/1H40, d'autant qu'en l'occurrence, l'intrigue, en elle-même, n'a pas grande importance.
 

En deux mots ...

1 Bien sûr, cette pièce montre, à l'évidence, la fragilité parfois des frontières entre rêve et réalité. Mais ce qui me paraît plus intéressant c'est, cinq siècles après, la formidable actualité de cette apologie shakespearienne du théâtre pour tous, à faire par tous, et à être vu par tous. Le théâtre comme moyen de se connaître, de se comprendre, de se parler. Et, avec des riens, d'inventer la vie.

2 Après l'exceptionnelle version de "PSYCHÉE", de Molière, dans une mise en scène de Véronique Vella, présentée fin 2013, preuve est à nouveau apportée que lorsqu'elle mobilise le talent de toutes ses équipes, décors, costumes, lumière, musique, chant etc... La Comédie-Française est devenue, sous la direction de Muriel Mayette-Holz, une formidable machine de théâtre total dont, à ma connaissance, il n'existe pas beaucoup d'équivalents au monde. Chapeau!
 

Commentaires

Yves POEY
Le 18 fév. 2014
à 21h02

Pour chipoter un peu : il vaut mieux être placé côté Jardin.
Côté cour, les acteurs ne sont pas toujours visibles, notamment lorsqu'ils jouent parmi les spectateurs...
Mais ce fut une soirée mémorable !

Yves POEY
Le 18 fév. 2014
à 21h08

Je réagis juste à un autre spectacle qui ne comporte plus de saisie de commentaires, je veux parler de l'extraordinaire "Psyché".
Vous écrivez qu'il est étonnant que les comédiens jouent avec des micros.
Le fait d'avoir deux pianos numériques sur scène, donc amplifiés, ce fait-là oblige à avoir également des "acteurs amplifiés", et donc repris par des micros, afin d'avoir un niveau sonore homogène....
Le système audio de la Comédie française est évidemment un peu faible, d'où ce côté un peu métallique....
Il n'en reste pas moins vrai que c'est un spectacle magnifique, que j'ai vu... déjà trois fois.

Jacques Paugam
Le 20 fév. 2014
à 15h25

1. Merci de ces informations très intéressantes concernant les micros.
2. Je vous comprend d'y être allé trois fois.

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