L’homme sans souci

Une exaltante « vie dérangée »
De
Didier Brice (d’après L’Indigent Philosophe de Marivaux).
Mise en scène
Didier Brice (d’après L’Indigent Philosophe de Marivaux).
Avec
Didier Brice
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

théâtre du Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs
75006
Paris
01 45 44 57 34
Jusqu’au 1er mai, du mardi au samedi 18h30, dimanche à 15
Lu / Vu par

Thème

  • Un gueux - aux vêtements rapiécés au moyen de chutes de sacs de farine... Villegrain - s’avance vers nous, un imposant barda sur le dos. Surprise : cela fait 297 ans qu’il est sur les routes, car il fuit un sombre forfait commis aux environs de 1725, et le revoici pour ainsi dire « sur les lieux du crime. »
  • Ce faquin se présente comme « l’homme sans souci » et proclame aussitôt « Je n’ai rien et je m’en moque ! », ou encore « volonté pour volonté, il faut succomber aux siennes plutôt qu’à celles des autres. ». Nous sommes prévenus.
  • Le voilà qui, avant toute chose, entreprend avec « grand art de placer sa bouteille au bon endroit » et précise : « j’entends par “bon endroit“ celui où l’on passera le plus souvent. ». Puis il dépose son bric-à-brac et se met à l’agencer : nous sommes épatés.
  • Il est bientôt prêt à nous conter sa « vie dérangée », car « sans souci » il ne l’a pas toujours été, et ne l’est peut-être toujours pas. En tous cas, il n’est pas sans espoir... Nous sommes emportés.

Points forts

Ce stand up du (début du) XVIIIe siècle est à tous égards un vrai ravissement.

  • Le texte, qui emprunte sa langue subtile et si expressive à Marivaux, a été adroitement retravaillé par Didier Brice pour harmoniser ses hautes considérations avec une intrigue sentimentale sans mièvrerie, le plus souvent irrésistiblement comique. 
  • Le comédien est au sommet de son art : tour à tour hâbleur, accablé, enthousiaste, affairé, Didier Brice utilise avec une grande finesse toutes les palettes d’un talent qui se décline par la voix, les gestes, la mobilité, l’expression du visage. Ses prises à partie du public, ses anachronismes parfaitement maîtrisés (du Jimi Hendrix au dulcimer en 1725, il fallait y penser...), ses « riches parenthèses » arrosées d’une piquette redoutable pour les dents ou ses chansons gaillardes désopilantes (telle « Luce et la puce »), captivent une salle très vite conquise.
  • Ajoutons à cela l’ingéniosité de l’usage qu’il fait d’un barda profus et encombrant, mais en réalité conçu au millimètre près et indispensable à l’économie générale de la pièce. 
  • Bref, c’est un théâtre où l’économie de moyens ne rime jamais avec économie de l’effet. On sent chez le comédien, véritable homme-orchestre, un immense plaisir tant à interpréter qu’à transmettre et faire savourer la langue et le propos d’il y a deux siècles.

Quelques réserves

On se laisserait emporter bien au-delà des 1h15 du spectacle, tant « l’homme sans souci » a de passionnantes choses à nous entretenir. Malheureusement, il doit replier son bric-à-brac (on se demande bien comment), car un autre spectacle prend sa suite.

Encore un mot...

Une pièce qui nous éclaire sur ce que peut et doit faire un comédien: « chaque soir, ne jamais revivre, mais vivre », et ce pour « représenter l’humain aux humains » afin qu’ils prennent conscience et se corrigent. Des missions parfaitement remplies par Didier Brice, magistral « homme sans souci. »

Une phrase

  • « Femme tentée, femme vaincue : c’est tout comme
    Tous les chemins mènent à Rome ! »
  • « La chance est une vraie chatte, qui griffe après avoir caressé. »

L'auteur

  • Pierre de Marivaux (1688-1763), dramaturge mais aussi journaliste et même banquier, est l’une des grandes figures de la littérature du milieu du XVIIIe siècle et du courant des Lumières. On connaît surtout le dramaturge, auteur prolifique de pièces en tous genre (d’intrigue, morales, d’amour), rendu célèbre pour La Surprise de l'amour (1722), La Double inconstance (1723), Le jeu de l'amour et du hasard (1730) et, bien sûr, Les Fausses confidences (1737), à l’origine du néologisme de « marivaudage ». Mais Marivaux écrivit aussi des textes critiques : « L’homme sans souci », qui s’inspire de l’un de ses premiers essais, L’indigent philosophe (1727), nous invite à découvrir des œuvres moins connues, mais remarquables.
  • Didier Brice, qui a adapté le texte, est un comédien chevronné : meilleur interprète de seul-en-scène au Palmarès du théâtre en 2013 pour son Journal d’un poilu, il fut quatre fois nominé aux Molières, et remporta celui du second rôle pour le sien en 2016 dans À tort ou à raison.

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