Potiche

La potiche se rebiffe…
De
Pierre Barillet et Jean-Pierre Gredy
Mise en scène
Charles Templon
Avec
Clémentine Célarié, Paloma, Jérôme Pouly, Alexie Ribes, Benjamin Siksou, Philippe Uchan
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Théâtre Libre
4, Bd de Strasbourg
75010
Paris
01 42 38 97 14
Jusqu’au 30 avril 2026. Du mercredi au samedi à 21h, les samedis à 16h et les dimanches à 17 h.

Thème

  • Dans la bonne ville de Sainte-Gudule, Robert Pujol dirige d’une main de fer - mais sans gant de velours - une usine de fabrication de parapluies, entreprise de 300 salariés créée par son beau-père auquel il a succédé, et dans laquelle la famille de sa femme Suzanne possède encore la majorité des parts. 

  • Robert a donc « épousé une dot » et néglige sa femme. En bon « patron de droit divin » qui se respecte, il trousse les ouvrières ainsi que sa secrétaire Nadège, et fréquente assidument le Badaboum, boite de nuit où il emmène ses clients potentiels…

  • Mais voilà que Robert, séquestré par ses ouvriers en grève puis victime d’un malaise, doit passer momentanément la main à sa femme Suzanne, que rien ne destinait à de telles responsabilités.

  • En effet la « potiche » menait jusque là une vie rangée d’épouse dévouée et obéissante, entourée par ses enfants : son fils Laurent, étudiant en histoire de l’Art en révolte contre son père, et sa fille Joëlle, une bécasse criarde qui a épousé une particule et qui prend systématiquement le parti du paternel.

Points forts

  • C’est une pièce plaisante, plutôt bien construite et mise en scène, avec de bons mots en partage entre tous les personnages.  

  • Le spectacle met en scène une vie de ménage dans la bonne société, où l’assignation des rôles est tout à fait stricte, ce qui est montré de manière parfois assez subtile, comme par exemple dans le fait que Suzanne porte un chemisier au même motif que les tissus d’ameublement, ce qui était effectivement une caractéristique fréquente de l’habillement des mères de famille dans la bonne bourgeoisie française depuis le XIXe siècle. 

  • De la même manière, la distribution des rôles montre comment s’opère la mainmise masculine sur l’entreprise : le père de Suzanne, patron-fondateur, transmet la direction de l’usine à son gendre, dont la fille Joëlle n’a de cesse que son mari, Arnaud, un noble « fin de race » et peu compétent, succède à Robert. Dans tous les cas de figure, les femmes sont soit écartées (Suzanne, avant qu’elle se rebiffe), soit complices actives (Joëlle) de cette mise à l’écart. 

  • Potiche est une tentative louable de traduire dans un genre populaire (le théâtre de boulevard) - et donc de mettre sous les yeux du plus large public possible - les aspirations des femmes à leur émancipation et à la prise de responsabilité dans divers domaines. Elle nous montre aussi, indirectement, ce que l’accession des femmes aux responsabilités change dans le mode d’exercice de celles-ci. 

Quelques réserves

  • La pièce n’a pas toujours bien vieilli, elle comporte des longueurs et manque parfois de rythme, en dépit de l’énergie déployée par Clémentine Célarié, qui évolue dans un décor quasi-unique qui tourne au huis-clos.

  • Certains des personnages ne sont pas toujours convaincants et forcent le trait : Paloma en fait des tonnes en mode Priscilla folle du désert et Philippe Uchan a tendance à chercher des rires faciles en imitant Louis de Funès à grand renforts de grimaces.

Encore un mot...

  • Cette comédie de mœurs, mise en scène en 1980 par Pierre Mondy, rencontra un succès considérable sur les planches, avec une Jacqueline Maillan impériale, puis une adaptation cinématographique en 2010 sous la houlette de François Ozon. A peu près au même moment que la pièce, La Zizanie de Claude Zidi (1978) reprenait une intrigue assez proche, menée tambour battant par Louis de Funès et Annie Girardot. 

  • Le succès de ces spectacles reposait sur leur distribution, mais aussi sur le fait qu’ils épousaient une tendance de plus en plus manifeste dans la société française depuis les Trente Glorieuses : la montée en puissance des femmes, parallèlement à leur volonté d’émancipation et à leurs revendications. 

  • La pièce est un peu datée, en ce sens que d’indéniables progrès ont été réalisés depuis les années 1980, qui du coup désarmorcent l’explosivité de situations considérées en leur temps comme transgressives. 

  • Mais, en portant le fer sur la place des femmes dans la dévolution du pouvoir économique et entrepreneurial, Potiche reste d’actualité, car le « plafond de verre » résiste encore en dépit de quelques réussites féminines (cf. Laurence Parisot, un temps présidente du patronat français), mais qui demeurent l’exception plus que la règle (cf. la composition des conseils d’administration). 

  • En somme, Potiche instruit le procès de ces « hommes médiocres » (Robert Pujol n’a guère de légitimité, n’étant même pas propriétaire de l’entreprise qu’il dirige de manière socialement désastreuse) menacés par l’irruption des « femmes fortes. »

Une phrase

  • Suzanne à son mari [contemplant alternativement son jardin et son mari] : « Mon rosier grimpe, il est vigoureux, lui… », puis à sa fille Joëlle : « Chez les couples les plus unis, il y a toujours des temps morts… »

  • Joëlle [à sa mère Suzanne] : « Maman, tu es une potiche ! »

  • Robert [à Suzanne] : « Ton avis ? Quel avis ? Tu as un avis ? Tout ce que je te demande, c’est d’être de mon avis ! »

  • Suzanne [en pleine révolte, à Robert]: « Ta femme n’est pas une machine que tu remettras en marche si facilement ! »

L'auteur

  • Pierre Barillet (1923-2019) est un romancier et un auteur de théâtre qui, avec Jean-Pierre Gredy (1920-2022) - issu de l’IDHEC et auteur pour le cinéma comme pour le théâtre – a écrit une trentaine de comédies de boulevard, du Don d’Adèle (1949) à Lily et Lily (1984), en passant par Fleur de Cactus, Folle  Amanda, et bien sûr cette Potiche (1980).

  • Leurs pièces, souvent mises en scène par Jacques Charron, furent retransmises sur petit écran à partir du début des années 1970, faisant les beaux jours de l’émission-culte Au théâtre ce soir, qui mettait à la portée d’un très large public le répertoire des pièces de boulevard.

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