Une Cerisaie
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Thème
Propriété de l’aristocrate Lioubov Ranevskaia, la Cerisaie – si vaste et si belle qu’elle était mentionnée dans L’Encyclopédie, et si liée à l’histoire de la famille qu’elle semble en garder les souvenirs et les secrets –est sur le point d’être vendue pour éponger des dettes…
Lopakhine, riche marchand et fils d’un moujik autrefois asservi au domaine, se dispose à l’acheter, pour ensuite mieux la découper en parcelles constructibles et les louer à de riches estivants...
Points forts
L’approche originale de la pièce, avec le « théâtre paysage », et une mise en scène magnifique et audacieuse, qui fait se déplacer les spectateurs de la salle vers le jardin de la Cartoucherie, dans un parcours inspirant et libre, avec ses chants d’oiseaux.
C’est un beau spectacle poétique, ancré dans la nature et porté vers l’imaginaire. C’est une pièce de mouvement, les dix comédiens s’y déplacent avec leurs pulsions de vie et de mort. Elle interroge notre rapport au paysage dans un monde qui s’effondre.
Une philosophie du théâtre comme consolation qui donne de la force. Aurélie Van Den Daele revisite avec magie cette pièce que l’on croit si bien connaître avec une sensibilité particulière, je dirais féminine, faisant aussi le choix d’acteurs et d’actrices d’une grande diversité de styles , d’âge, d’origine.
Quelques réserves
- Pas de réserve pour ce spectacle exceptionnel
Encore un mot...
Les thématiques récurrentes chez Tchekhov font écho à nos préoccupations contemporaines : la famille, l’économie, l’éducation, l’écologie, la religion, les inégalités de classe, la place des femmes.
Tous ces éléments qui constituent l’identité d’une société sont aujourd’hui dans un état de transformation extraordinaire et relèvent du champ politique, découlant les uns des autres. Cette dernière pièce de Tchekhov se situe dans un changement de monde et pose la question de la mémoire dans l’histoire.
Une phrase
« Si je pouvais oublier mon passé. »
« C’est tellement pénible de se sentir le parent pauvre. »
« Pourquoi boire autant, manger autant, parler autant ? »
« Les estivants, c’est d’un vulgaire ! »
« Et vous, si on vous ouvre en deux , qu’est ce qu’on trouve ? »
« Une chose que je sais faire, c’est regarder. »
« Moi, je suis née ici, c’est ici qu’ont vécu mon père et ma mère, mon grand-père, j’aime cette maison, je ne comprends pas ma vie sans la cerisaie, et s’il faut décidément vendre, eh bien, qu’on me vende avec la Cerisaie. »
L'auteur
Anton Pavlovitch Tchekhov (en russe Антон Павлович Чехов) est un homme de lettres russe, écrivain puis dramaturge.
Il étudie la médecine à l'université de Moscou et commence à exercer à partir de 1884. Mais se sentant responsable de sa famille, venue s’installer à Moscou après la faillite du père, il cherche à augmenter ses revenus en publiant des nouvelles dans divers journaux. Le succès arrive assez vite, mais il ressent les premiers effets de la tuberculose, ce qui le contraint à de nombreux déplacements pour trouver un climat qui lui convienne mieux que celui de Moscou.
En 1878, Tchekhov rédige pour la première fois une pièce de théâtre, laquelle doit avoir pour titre Sans Père et est dédiée à Maria Iermolova, une actrice renommée qu’il admire. Mais cette pièce ne rencontre aucun écho favorable à Moscou à cause de ses multiples remaniements tardifs.
Dans les années 1890, Tchekhov se consacre à la dramaturgie : en 1887, il assiste à la création de sa première grande pièce, Ivanov puis, entre 1888 et 1889, il écrit plusieurs petites pièces en un acte ainsi que L’Homme des bois qui, une fois remaniée en 1896 sous le titre d’Oncle Vania, devient sa prochaine pièce importante qui demeure aujourd’hui une de ses pièces les plus connues.
Bien que refusant l'engagement politique, il semble extrêmement sensible à la misère d’autrui. Il ouvre des dispensaires, soigne gratuitement les plus pauvres, et favorise la création de bibliothèques. En 1890, malgré la maladie, il fait un séjour d'un an au bagne de Sakhaline pour témoigner des conditions d’existence des bagnards (L’île de Sakhaline, 1891).
Trois ans avant sa mort, il se marie avec Olga Knipper, une actrice du Théâtre d’art de Stanislavski. Il meurt en Allemagne, lors d’une cure dans un sanatorium, à l'âge de 44 ans. Il est enterré à Moscou, au cimetière de Novodevitchi.
Dans l'œuvre de Tchekhov, les personnages sont terriblement humains, égarés entre leurs regrets et leurs espoirs. Les nouvelles d’abord (près de 650), le théâtre ensuite (La Mouette, La Cerisaie), font de Tchekhov, de son vivant, une gloire nationale russe et un auteur à la portée universelle.Après une formation de comédienne, Aurélie Van Den Daele choisit de se consacrer à la mise en scène. En 2011, elle intègre le cursus de mise en scène au Conservatoire national supérieur d’Art dramatique, où elle assiste Antoine Caubet, François Rancillac et Quentin Defalt. Elle fonde le collectif DDG (Deug Doen Group) avec lequel elle cherche à élaborer un modèle de création éthique et politique. Elle développe un théâtre engagé de fiction qui tisse des liens entre la petite et la grande Histoire. Elle y explore la dichotomie entre sens et image, verbe et sensation.
Pendant cinq ans, Aurélie Van Den Daele est artiste associée au Théâtre de l’Aquarium, où elle présente en 2016 Angels in America de Tony Kushner, L’Absence de guerre de David Hare, et Pluie d’été de Marguerite Duras. Elle devient ensuite artiste associée au Théâtre des Ilets de Montluçon et au TNBA de Bordeaux. En parallèle, elle met en scène Glovie de Julie Ménard et crée Soldat.e inconnu.e de Sidney Ali Mehelleb.
En 2021, Aurélie Van Den Daele est nommée directrice du Théâtre de l’Union – CDN du Limousin, ainsi que de l’École supérieure de Théâtre de l’Union, où elle développe un projet axé sur les vivants et les écritures contemporaines. Elle met également en scène Je crée et je vous dis pourquoi, un manifeste féminin écrit par dix autrices du monde francophone, Comme si de Marilyn Mattei et 1 200 Tours de Sidney Ali Mehelleb.
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