Une des dernières soirées de carnaval

Une nuit au carnaval
De
Carlo Goldoni
Mise en scène
Clément Hervieu-Léger
Avec
Aymeline Alix, Erwin Aros, Louis Berthélémy, Clémence Boué, Jean-Noël Brouté, Adeline Chagneau, Marie Druc, Charlotte Dumartheray, M’hamed El Menjra, Stéphane Facco, Juliette Léger, Jeremy Lewin, Clémence Prioux, Guillaume Ravoire, Daniel San Pedro
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Théâtre des Bouffes du Nord
37 bis bd de La Chapelle
75010
Paris
01 46 07 34 50
Jusqu’au 29 novembre, mardi au samedi à 20h30, matinées les samedis à 15h30 et le dimanche 24 novembre à 16h

Thème

Zamaria, tisserand vénitien, et sa fille Domenica invitent des amis pour fêter le dernier soir du Carnaval. Parmi eux, le jeune dessinateur Anzoletto pour qui Domenica nourrit de tendres sentiments mais qui doit prochainement quitter Venise pour Moscou où il est invité par des tisserands.

Au cours de cette soirée entre amis il est beaucoup question de départ et de choix et, bien sûr, d’amour. On s’aime sans se le dire ou au contraire en l’avouant tout de go et sans pudeur, on

joue aux cartes, on dîne, on danse. On se jalouse et se soupçonne. On se querelle beaucoup, on crie un peu, on rit aussi. Les unes se pâment, les autres donnent dans la gaudriole, certain-e-s pleurent et tout se finit bien, en danse et en chanson. Le père et la fille, l’ingénue et son amant de coeur, l’acariâtre et le séducteur, le lâche et le brave, les aigris et les heureuses natures, tous se réconcilient et s’embrassent.

Points forts

La liberté de l’écriture de Goldoni est nouvelle pour le XVIIIe siècle italien. Il nous montre des vraies femmes audacieuses et directes, émancipées ou sur le point de l’être et des hommes hésitants, parfois faibles, souvent dépassés. A ceci répond la grâce d’une mise en scène brillante sans être ostentatoire, élégante et aérienne orchestrée autour d’une table qui sépare les êtres avant de les réunir enfin.

Tout est un ravissement esthétique dans ce spectacle : de l’ineffable décor qu’offrent les Bouffes du Nord aux lumières qui, sans esbroufe, donnent sa couleur à chaque scène, en passant par le raffinement des costumes, de leurs camaïeux subtils et de leurs plissés raffinés.

Les comédiens, tous excellents, campent avec intensité et vivacité leur personnage. On saluera également la chorégraphie finale qui invite le spectateur à participer à cette fête des sens, clouant ainsi le bec à l’atrabilaire qui se plaignait des odeurs et des clameurs, c’est-à-dire de ce qui fait que la vie est la vie.

Quelques réserves

Quelques difficultés d’audition liées à la rapidité des répliques parfois prononcées dos au public, mais c’est le prix à payer pour un théâtre réellement vivant.

Encore un mot...

Cette comédie de Goldoni s’interroge avec une confiance pétulante sur la manière dont on peut respecter ses engagements tout en préservant sa liberté et son désir. L’absence de personnage principal dit assez que ce qui est en jeu ici c’est le groupe, un ensemble d’individus qui tentent de vivre ensemble en bonne intelligence, de faire société, quel que soit leur âge et leurs dispositions, leur humeur et leurs différences. Pièce de la socialité qui rompt avec les conventions de la Comedia del Arte et ses masques, cette dernière soirée de Carnaval annonce le naturalisme mélancolique de Tchékov. Par la grâce d’une mise en scène virevoltante qui peu à peu s’ordonne autour de ces cœurs simples et bienveillants, le bonheur, joliment mis en musique (tarantelles allègres interprétées au violoncelle et à la guitare), a raison de la confusion initiale. Le carnaval s’achève dans l’harmonie et laisse le spectateur réconcilié avec la vie.

Une phrase

Monolo : qui ne me veut pas ne me mérite pas
Madame Gatteau : « j’ai eu trois maris »
Et il vous reste encore de la pudeur ?!
Madame Alba : Si on mettait une chose pareille sur une scène de théâtre on ne le croirait pas.
C’est une soirée de carnaval ou c’est la nuit des désespérés ?

L'auteur

Dernière pièce écrite en 1761 par Goldoni, l’enfant chéri de Venise malmené par son rival Carlo Gozzi hostile à ses innovations et à son réalisme dangereux, avant son départ pour Paris et le Théâtre Italien, cette œuvre très peu montée est donc fort peu connue.  

Créée en septembre au Théâtre de Carouge en Suisse, elle sera en tournée aux Célestins à Lyon en décembre, puis à Albi, Bayonne, Caen et dans toute la France avant de poser ses valises pour deux représentations au théâtre de Suresnes en février.

Commentaires

Desmarets Louise
mar 01/03/2022 - 11:14

Je suis désolée de jouer le rôle exécrable de la critique négative . Malgré le respect sincère pour tous ceux qui ont concouru à l'exécution de cette pièce , la mise en scène et le jeu des comédiens (surtout pour les rôles secondaires) n'ont pas été convaincants ; quant aux personnages féminins qui sillonnent en courant , en permanence la scène en tous sens et en vociférant pour "s'approprier l'espace " sentaient beaucoup trop l'artifice . Je n'ai pu aller jusqu'à la fin du spectacle .
En conclusion , la faiblesse de la pièce elle même , loin d'être une des meilleures de Goldoni , est peut-être la cause de la difficulté de l'exercice .
(diffusion télévisuelle cette semaine ) .

Dominique
mar 29/03/2022 - 23:32

Tt à fait d’accord avec le commentaire ci dessus. Aurai aimé partir av la fin !
Surjoué…

Bastien
sam 23/04/2022 - 13:04

Tout à fait d'accord avec le commentaire de Louise Desmarets. J'ai vu cette pièce hier soir au théâtre de Saint-Maur et franchement cela a été excessivement laborieux et poussif. Si effectivement l'audition de certains acteurs est difficile, la mise en scène n'est pas la seule à incriminer. Le casting est très bancal. Certains acteurs sont bons ou très bons ; ils ont la voix qui porte et du coffre. D'autres en revanche, qu'ils soient face au public ou de dos, sont difficiles à comprendre et ont une bien piètre articulation. L'acteur qui joue Anzoletto est particulièrement mauvais. Il donne l'impression d'être en train de regarder le spectacle amateur d'un club de théâtre lycéen ! Alors effectivement, ce n'est certes pas la meilleure pièce de Goldoni...ceci explique sans doute qu'elle soit si peu jouée. Mais la mise en scène n'aide certainement pas à élever l'ensemble, au contraire même, elle plombe et ridiculise l'ensemble du propos. J'appelle cela une "mise en scène de bruits de parquet". Dans cette mise en scène, le personnage principal est le parquet ! Des déplacement stériles (qui ne concernent pas que les personnages féminins) à n'en plus finir, cela s'agite dans tous les sens pour pas grand-chose, on dit une réplique sur le devant de la scène puis on retourne à l'arrière pour aussitôt revenir sur le devant reprendre son texte ; obligeant à se demander si certains comédiens ne sont pas trop focus sur leurs innombrables déplacements au détriment de leur jeu !! La pièce ainsi exécutée est plus proche du vaudeville du XIXème siècle que de la comédie de caractère chère à Molière. Quant au décor, loin d'être somptueux, constitué de trois grands murs sur roulette qui sont progressivement retournés pour rétrécir l'espace ; leur déplacement effectué pendant que les comédiens jouent rajoute du bruit au bruit et de la confusion à la confusion et du stérile au stérile. Pour les points positifs, j'ai beaucoup apprécié la voix du serviteur qui chante et les costumes sont de qualité. Pour le point le plus incompréhensible, le régisseur accessoire (à moins que cela ne soit le metteur en scène) que l'on voit venir sur scène retirer des accessoires ou participer au retournement des murs...euh comme dire, n'y avait-il plus de budget costume pour lui éviter d'être habillé en jean noir ?? Bref, un spectacle vraiment très moyen pour des personnes censées être des professionnelles.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Toujours à l'affiche

Théâtre
LOVE SONGE THERAPIE
De
D’après l’œuvre de William Shakespeare, adaptée du Songe d’une nuit d’été par Ned Grujic et Raphaël Sanchez