1984

Une adaptation très réussie
De
de Georges Orwell. Adaptation et illustrations Fido Nesti
Ed. Grasset, novembre 2020 -
224 pages -
22 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

1984 est un roman dystopique écrit et publié par Georges Orwell en 1949. Cette histoire sombre, très largement connue et commentée, raconte la tentative de Winston Smith, fonctionnaire au Ministère de la Vérité, à Londres, de se libérer de la dictature dans laquelle est plongé le monde… en 1984. Big Brother et son système imposent la vérité, le sens des valeurs, dictent la vie collective, entretiennent l'orthodoxie de la pensée, la prééminence du "Parti" et de ses apparatchiks. Une lueur d'espoir passe dans un regard, puis dans la rencontre avec Julia. Mais peut-on échapper au système, à ce Big Brother que tout le monde accepte, et qui vous surveille sans relâche ? Jusqu'ou peut-on aller pour le combattre ? La victime devenue révolutionnaire est-elle plus estimable que le bourreau ? Le système dictatorial n'est-il pas le seul qui garantisse l’unique épanouissement qui vaille, celui d'une société sans liberté de penser, sans mémoire et sans autre ambition que celle de servir le Parti ? Dans une nouvelle traduction de l'œuvre, l'illustrateur Fido Nesti nous plonge dans sa vision de l'univers d’Orwell et du combat de Winston, de l'espoir à la chute.

Points forts

1. Ce 1984 est le fruit d'une adaptation du texte original de Georges Orwell. Adaptation fidèle et convaincante pour qui aura la curiosité de comparer le texte du roman graphique avec le texte d'Orwell.

2. L'univers graphique entraine, grâce à un dessin dépouillé et torturé, dans des ambiances oppressantes dont les codes couleurs oscillent du gris au bleu sombre et aux rouges de plus en plus violents. Il exprime particulièrement les sentiments des personnages : indifférence, suspicion, tensions morales et physiques, obsédante présence de "Big Brother", implacable gardien de l'orthodoxie de la pensée.

3. Ce métissage du texte et de l'image révèle plus encore, si besoin était, l'horreur des mécanismes qui font les dictatures : surveillance généralisée, allégeance obligatoire, traque de tout comportement estimé déviant, réécriture de l’histoire, torture "légitime".

4. Une couverture inspirée de l'édition originale et une reprise des pages du roman consacrées au "néoparler" et au "Livre de la fraternité" (qui porte l'espoir contrerévolutionnaire), offrent des aller et retour intéressants entre les deux œuvres.

Quelques réserves

Cet album est la première adaptation graphique de 1984. Comme dans toutes ces expériences éditoriales, l'adhésion au style et aux choix de l'illustrateur composeront les familles des pours, des contres, ou des "bof" !

Encore un mot...

Tellement lu et commenté, même sous forme graphique, 1984 ne se résume pas facilement en quelques mots. L'avantage de cette interprétation est de proposer l'abord nouveau qu'offre la bande dessinée à celles et ceux que le "roman" rebute. Car incontestablement, la transposition graphique donne une modernité à la théorisation et à la dénonciation des totalitarismes que formulait Orwell en 1949. Sous d'autres continents, dans d'autres villes, à d'autres époques, ce roman et sa version graphique me semblent bien décrire les horreurs totalitaires passées, actuelles et probablement futures. Si Orwell n'a nommé ni l'Allemagne nazie, ni l'Union Soviétique, il nous rappelle que le risque de voir la réalité dépasser la fiction est intemporel. Qu'un album à la frontière de la BD le dise aussi et touche de nouveaux lecteurs est une initiative très estimable ! Salué par la critique, il est aussi l’occasion de redécouvrir Orwell, même si c'est sur un des sujets les plus sombres.

Une illustration

L'auteur

Georges Orwell (Eric Arthur Blair à l'état civil) est reconnu comme un des plus grands écrivains anglais du XXème siècle. Né en Inde en 1903 et décédé à Londres en 1950, écrivain et journaliste, il n'a eu de cesse de dénoncer colonialisme, totalitarismes et oppression du "prolétariat". On lui reconnait une grande indépendance d'esprit pour son époque qui le conduit à écrire (entre autres) 1984 et la Ferme des animaux, à afficher son pacifisme et sa sensibilité anarchiste. 1984 sera son dernier roman, publié peu de temps avant sa mort. Petites informations à la marge sur un des romans les plus lus depuis la seconde guerre mondiale : 1984 a fait l'objet d'une adaptation cinématographique, sortie en … 1984, de trois bandes dessinées (en français), la journaliste Natacha Polony a fondé un collectif de confrères baptisé "Comité Orwell", et les droits de 1984 sont entrés dans le domaine public, en France, en janvier 2021.

Fido Nesti est brésilien et illustrateur "autodidacte". Il collabore au New Yorker et au magazine Rolling Stone, réalise des couvertures de livres et est l'auteur de romans graphiques publiés au Brésil en portugais brésilien.

Le clin d'œil d'un libraire

LIBRAIRIE SAINT PAUL. A PARIS.

« On sait maintenant à quel saint se vouer »

A condition d’avoir la passion des livres. Et cette passion, les six libraires de la librairie Saint Paul, sise rue de Châteaudun, à mi-chemin entre l’Eglise de la Trinité et celle de Notre Dame de Lorette, l’ont chevillée au corps. Son directeur Christophe Aveline, tout laïc qu’il est, se consacre corps et âme à la propagation de la spiritualité chrétienne et catholique mais aussi de toute croyancequi élève l’esprit, toutes religions confondues. C’est en 1936 qu’un ordre religieux italien, les Pauliniens, crée en France la première librairie à l’enseigne de Saint Paul (c’était rue Dufour). Il en reste deux en France, les librairies Saint Paul ayant surtout essaimé au Québec.« Notre librairie appartient toujours à cette congrégation dont la vocation est donc l’évangélisation par le livre. Mais nous marchons sur nos deux jambes avec 60% de nos ventes réalisées avec des ouvrages spirituels et 40% en littérature générale » résume Christophe Aveline «Nous sommes ouverts sur le monde, nous portons le regard chrétien sur le monde. »

« Nous recommandons évidemment des romans porteurs de certaines valeurs morales et humanistes :

Par exemple Pierre Adrian, avec « les Ames simples », mais aussi « Ames brisées » chez Gallimard, écrit en français par un jeune japonais et aussi « Bach, maître spirituel » une autre manière d’écouter la musique par le pasteur Alain Joly ou encore Brahms par Olivier Bellamy(« L’automne avec Brahms ») connu pour ses émissions sur Radio classique, qui vient souvent tendre l’oreille dans ce lieu un peu sacré ! La peinture n’est pas oubliée : le philosophe Michaël de Saint Chéron présentait ici il y a un mois son « Soulage, d’une rive à l’autre ».

Les libraires de Saint Paul, comme l’horloger, ont ce rare talent de faire des « ponts » entre les arts, la lecture… et la passion.C’est la foi, « l’espérance » qui a sauvé la librairie Saint Paul pendant la très rude période de fermeture et le premier confinement, affirme son directeur. Les colloques, les conférences, les rendez- vous cultuels et culturels, les fameux 19-20 mensuels de la librairie Saint Paul ont été mis entre parenthèses au grand dam de ses fidèles pendant 2 mois. Heureusement, chaque jour, Aveline publiait sur son site ses réflexions, impressions, critiques pour maintenir la flamme. Bref, ce fut un rare et minuscule moment de grâce que votre serviteur a eu la chance de passer le jour de la Saint Valentin, à l’écoute de Christophe Aveline avec, pour finir, ce petit clin d’oeil que nous devons à Christiane Rancé, habituée des lieux qui vient de publier « Le dictionnaire amoureux des saints.»

LIBRAIRIE SAINT PAUL. 28 rue de Châteaudun 75009 PARIS Tel01 45 48 33 00

Texte et interview réalisés par Rodolphe de Saint-Hilaire pour la rédaction de Culture-Tops.

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