Hound Dog

Fauve Polar Angoulême 2023
De
Scénario et Dessin : Nicolas Pegon
Ed. Denoël Graphic
194 p.
24,90 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

Voici un coup de projecteur donné sur une BD parue en avril 2022 mais qui vient de recevoir le prix du Polar BD lors du dernier festival d’Angoulême. Ça méritait bien une chronique !

César est un paumé, comme on en croise dans les polars américains. Chômeur, il traîne sa misérable vie sans se poser de question. Il traîne aussi une douleur au bras, dont aucun médecin n’arrive à déterminer la cause. 

Un matin, César se réveille dans son appartement minable et sale et se trouve nez à nez avec un chien obèse et apathique. Sauf que César n’a jamais eu de chien et que personne ne sait comment l’animal est arrivé chez lui. Par le hasard d’un journal télévisé, César va apprendre que ce chien appartient à un homme qui vient juste de mourir dans l’incendie de sa maison.

A partir de là, aidé par son ami Alex, César va s’intéresser à la mort de cet homme et mener sa propre enquête, autant par curiosité morbide que dans l’espoir de retrouver un proche de la victime qui puisse le débarrasser de ce chien encombrant. De fausses pistes en coups de théâtre, Nicolas Pegon va balader le lecteur sur d’étranges chemins jusqu’au dénouement final, pour le moins surprenant.

Points forts

Cette BD se déguste comme un film des frères Cohen. Dans une ambiance sombre et quasi-apocalyptique, Nicolas Pegon nous propose un polar en trompe-l’œil, extrêmement bien construit, qui réussit à nous tenir en haleine. 

Son dessin soigné réussit, avec une surprenante économie de traits, à créer une ambiance étrange, comme si ce bout de territoire américain représentait la fin du monde. On ne serait pas surpris, en tournant une page, de voir apparaître des troupeaux de zombies, même si les seuls zombies de l’histoire sont en fait ces personnages à peine vivants, loosers sans espoir, rejetés par la vie dans ce coin perdu.

D’ailleurs, le meilleur de cette BD tient plus dans la description de ces personnages que dans l’intrigue proprement dite. César et Alexandre, les deux amis tellement mal nommés, car, contrairement à leurs glorieux prédécesseurs, ils sont loin d’être les maîtres du monde mais trainent néanmoins leur misère avec une forme de dignité surprenante. A aucun moment on n’a envie de les plaindre, plutôt de les accompagner avec curiosité jusqu’à la fin de leur quête.

Quelques réserves

L’écriture de Nicolas Pegon est un peu déroutante et il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour s’y retrouver dans ce récit. Son utilisation de symboles étranges, comme Elvis Presley en Dieu-le-Père, ou le chien obèse à qui il semble connecté, est parfois un peu déroutante. L’histoire elle-même pourra déplaire à certains car, si elle utilise les codes du Polar, elle les détourne également de leur utilisation classique.

Encore un mot...

UN PRIX MERITE !

Hound Dog est, à l’origine, le titre d’une chanson d’Elvis Presley que l’on pourrait traduire par « Chien de Chasse », allusion à un des protagonistes essentiels de l’histoire, ce chien obèse et sans nom. Bien sûr, il n’a pas du tout l’allure d’un chien de chasse. Mais ce titre illustre bien la démarche de Nicolas Pegon de balader d’emmener en permanence le lecteur sur des fausses pistes tout en cassant les codes du Polar. 

En fait, chacun peut choisir son niveau de lecture : s’intéresser à la résolution du crime, filer la métaphore médicale du bras malade de César, décoder l’étrange amitié entre César et Alexandre, conquérants de l’inutile, ou encore plonger dans l’ésotérique relation entre un dieu rocker et un chien obèse. Mais, le mieux, de mon point de vue, c’est d’empiler toutes ces lectures pour déguster pleinement cette drôle de BD.

Une illustration

L'auteur

(D’après le site BD Gest)

Nicolas Pegon s’est formé au graphisme à Estienne, puis au cinéma d’animation aux Gobelins. Il est réalisateur de courts-métrages, de clips et de publicités au sein du collectif CRCR. La bande dessinée est son jardin de moins en moins secret. Hound Dog n’est que sa deuxième BD, mais le prix reçu à Angoulême cette année pourrait l’inciter à rééquilibrer sa production entre son premier amour, l’animation, et les images statiques du neuvième art.

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