L’étreinte

Entre la vie et la mort
De
Scénario : Jim, Dessins : Laurent Bonneau
Ed. Grand Angle, 2021
302 pages
29,90 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

« L’Etreinte » repose sur une situation de départ terriblement simple et dramatique. Comment Benjamin, jeune artiste sculpteur, va-t-il pouvoir continuer à vivre après l’accident de voiture qui a plongé sa femme dans le coma ? Mais voilà, à partir de ce point de départ, les auteurs vont nous proposer un nombre incroyable de variations : Comment vivre avec le fantôme d’une personne disparue ? Comment reconstruire une vie sentimentale ? Comment s’habituer au regard apitoyé de son entourage ? Comment transformer cette souffrance en processus créatif artistique ? …

L’histoire commence donc alors que Benjamin et sa compagne, Romy, sont dans leur voiture. Romy conduit, Benjamin regarde distraitement des photos sur son téléphone portable. Soudain, deux évènements sans rapport se télescopent : l’attention de Benjamin est captée par une photo anodine, celle d’une femme allongée sur une plage, tandis que leur voiture vole en éclat dans un terrible accident.

Benjamin en sortira indemne alors que Romy est plongée dans le coma. On suit alors Benjamin dans une double histoire, celle de son dialogue imaginaire avec sa compagne, et celle de la recherche de l’inconnue de la photo.

Points forts

A partir d’un point de départ assez classique, les auteurs ont réussi à insuffler à ce récit une dimension émotionnelle assez incroyable. On s’attache très vite à Benjamin. On vit vraiment avec lui, en ressentant ses doutes et ses joies comme si c’était les nôtres. La façon dont l’inconnue de la photo va devenir une obsession et sa quête pour la retrouver vont l’aider à surmonter la terrible épreuve du coma de Romy. Cela n’ira pas sans sentiment de culpabilité, bien sûr, mais les auteurs évitent le piège de la lourdeur d’écriture qu’un tel sujet aurait fait craindre. Au contraire, il y a une acceptation naturelle de ce que vit le héros. On ne le juge pas, on l’accepte tel qu’il est, avec ses failles, et aussi ses forces. Son attitude tranche avec celles d’autres protagonistes de l’histoire, beaucoup plus coincés dans leurs dénis.

Le graphisme de Bonneau ajoute une dimension poétique à cette force émotionnelle. Il a souvent recours à des effets allégoriques qui alternent avec des scènes plus classiques. Pour ces dernières, les décors sont très réussis et donnent beaucoup de profondeur aux images. Enfin, les expressions des visages sont quasiment envoutantes, avec une mention spéciale pour celui de Romy. Rarement, un visage pourtant fantomatique aura été aussi expressif.

Quelques réserves

Ceux qui me font le plaisir de lire mes chroniques savent que j’ai un problème avec l’épaisseur des BD que je lis. Je trouve souvent que les histoires qui s’étendent sur plusieurs centaines de pages pourraient se bonifier en se raccourcissant. C’est encore le cas ici, car je trouve quelques longueurs à ce récit, même si cela ne nuit pas à la qualité de l’œuvre. Mais un peu moins d’allégories et d’envolées graphiques, certaines moins bien maîtrisées, n’auraient pas affaibli l’ensemble.

Encore un mot...

LES CHOSES DE LA VIE

Le choix du titre du film de Claude Sautet ci-dessus n’est pas anodin. Quelques pages de cette BD font un rapprochement entre l’accident de notre héros et celui de Michel Piccoli dans Les choses de la vie. Et ce n’est sûrement pas un hasard si la compagne de Benjamin s’appelle Romy, comme Romy Schneider, la célèbre actrice et héroïne du film. Et c’est vrai qu’il y a quelque chose du cinéma de Claude Sautet dans cet album, en particulier dans la façon de plonger des personnages ordinaires dans une situation qui l’est moins. Et de s’attacher aux gens, comme le font les auteurs, sans les juger, mais en les aimant et en nous les faisant aimer. L’Etreinte regorge de tendresse, de cette jolie tendresse qu’on retrouvait dans le cinéma de Sautet.

Une illustration

L'auteur

(d’après le site BDGest)

Jim est né en 1966. Après son Bac, il étudie pendant 3 ans à l'École de bande dessinée d'Angoulême. Scénariste, dessinateur, il travaille aussi bien pour le dessin animé que pour la bande dessinée. Auteur chez Vents d'Ouest de plus de 30 albums d'humour qui rencontrent un vif succès auprès du public, il est également scénariste (sous le pseudo de Téhy) de Fée et Tendres Automates. Son association avec Fredman a déjà donné naissance à de nombreux ouvrages désopilants et dévastateurs, tous de très grands succès publics !
Il a également publié la série Yiu chez Soleil, en tant que coscénariste avec Guénet, Vax et Renéaume (13 albums parus) ; la série L'Ange et le Dragon avec Lalie et la série Reign, avec Cara. Petites Eclipses avec Fane, publié en 2007 chez Casterman Écriture, a marqué une évolution vers un travail plus intimiste. En parallèle, Jim / Téhy réalise des courts métrages, participe à l'écriture de pièces de théâtre et travaille en collaboration avec Mercredi Films qui développe trois de ses scénarios de longs métrages et une série TV. Avec 70 albums, plus d’un million d'exemplaires vendus dans la collection Jim et plus de 300 000 signés Téhy, l'auteur aux deux pseudonymes est aujourd'hui un auteur incontournable du 9e art.

Né le 5 octobre 1988 à Bordeaux, Laurent Bonneau suit un cursus artistique dès le lycée à Bordeaux. Il rencontre en parallèle Marc Moreno à l'âge de 13 ou 14 ans. Ce dernier lui apprend beaucoup sur la bande dessinée et l'histoire de l'art. Il monte sur Paris à l'âge de 17 ans et demi pour suivre un cursus de cinéma d'animation pendant deux ans puis signe chez Dargaud pour la trilogie Metropolitan un an plus tard, lorsqu'il commence sa deuxième année en Animation.
Il entre en 2008 à l'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris en section Photo-vidéo, où il continue de réaliser actuellement des courts métrages en prise de vues réelles avec une obsession pour la représentation du corps humain. Il donne également des cours de dessin à l'École Nationale Supérieure Estienne à Paris... En 2013, il sort deux albums : Douce pincée de lèvres en ce matin d'été, ouvrage intimiste sur une journée de la vie de Max, puis Rêves Syncopés avec Mathilde Ramadier au scénario, album retraçant l'histoire des musiques électros via la vie du DJ Laurent Garnier.

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