Domaine royal de Dreux. De la forteresse à la nécropole
Photographies : Christophe Fouinet et François Lauginie, et collectif
Editions Lieux Dits
Parution le 28 novembre 2025
250 illustrations
272 pages
29 €
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Thème
Après un bel ouvrage sur le domaine de Randan, dont j’ai parlé précédemment sur Culture-Tops, les éditions Lieux Dits poursuivent leur mise en lumière de l’héritage architectural de la maison d’Orléans. On l’aura compris, il s’agit, ici, du domaine royal de Dreux, étudié dans son site et dans une perspective historique incluant le patrimoine médiéval qui l’a précédé au temps des comtes de Dreux.
La nécropole royale de Dreux succède à une première nécropole familiale édifiée en 1783 par le duc de Penthièvre et très vite effacée par le vandalisme révolutionnaire. Deuxième étape, la chapelle funéraire de style classique élevée au début de la Restauration par Marie-Adélaïde de Bourbon-Penthièvre, mère de « Madame Adélaïde » dont il a été question au sujet de Randan. L’obscur Claude-Philippe Cramail inscrit un péristyle et une coupole dans un contexte encore fortement marqué par l’empreinte médiévale, à la même époque où Louis XVIII commande à Pierre Fontaine la Chapelle expiatoire.
C’est là-dessus que Louis-Philippe, devenu roi des Français, fait choix de Pierre-Bernard Lefranc, disciple de Percier, pour développer ce qui existe et en tirer ce que Jean-Michel Leniaud qualifie d’ « œuvre d’art totale », où tous les éléments procèdent du même esprit et entrent dans un même plan. « A Dreux, vitraux, peintures, orgues, objets et monuments funéraires se rassemblent en un projet commun qui a été pensé sous l’impulsion de l’architecte et de son royal maître d’ouvrage. »
Points forts
Multipliant les points de vue, l’ouvrage est loin de se limiter à la nécropole, en elle-même si intéressante, née de la volonté du roi des Français. De fines études sont consacrées à l’ensemble castral des XIIe et XIIIe siècles qui, six siècles plus tard, servit de cadre au monument. D’autres communications ressuscitent la belle collégiale Saint-Etienne, malheureusement rayée de l’horizon de Dreux, à travers des éléments sculptés sauvés du désastre, suggérant plus d’un rapprochement avec le portail royal de Chartres. Passionnante est l’hypothèse de Karine Boulanger rattachant à Saint-Etienne une collection de vitraux maintenant conservés par le musée de Dreux.
La nécropole forme bien sûr la plus grande partie du livre, examinée dans sa sculpture (le décor de Michel Liénard, de prodigieux gisants, des œuvres de James Pradier, Aimé Millet, Henri Chapu…) sa peinture et ses verrières (importance du rôle de Charles-Philippe Larivière, artiste très prisé du monarque, glaces peintes dues à Julien-Michel Gué), mais aussi à travers le rituel des cérémonies funèbres, sans oublier les objets liturgiques, l’orfèvrerie, les tissus, l’orgue Cavaillé-Coll, le matériel, le mobilier et même l’art de la table ! Denis Grandemenge a dédié une communication au « pavillon du roi, demeure méconnue de la famille d'Orléans ». Jean-Louis Sureau clôt le recueil par un article sur « les jardins de Louis-Philippe à Dreux », consacrés à l’expression d’ « une mélancolie douce ».
Quelques réserves
Je ne peux me défendre de regretter, dans un si beau livre, quelques coquilles. Plus sérieusement, c’est un recueil de contributions à un colloque, d’actes, avec ce qu'une telle entreprise implique de redites et d’absence de construction stricte. Défauts qui sont la loi du genre et que la qualité des communications fait grandement oublier…
Encore un mot...
Il faut souligner l’abondance et la beauté de l’illustration. Le livre peut être feuilleté d’abord pour le simple plaisir des images. Admirez en pleine page ce pleurant en fonte de fer de l’atelier Liénard ! Et la suite pathétique des gisants ! Et les fragments de vitraux médiévaux attribués à la collégiale !
Index et bibliographie complètent heureusement la série des articles.
Une phrase
« La chapelle compte parmi les chefs-d’œuvre de l’architecture, de la sculpture et des arts décoratifs du XIXe siècle. Mais elle s’inscrit dans un temps beaucoup plus long que celui des deux derniers siècles, un temps millénaire. » (Frédéric Baleine du Laurens, président de la Fondation Saint-Louis)
L'auteur
Cet ouvrage est issu des communications du colloque tenu à Dreux les 16 et 17 juin 2023, organisé par la DRAC du Centre-Val de Loire et la Fondation Saint-Louis.
Il s’agit d’un collectif de spécialistes aux contributions précédées de deux « éditos » par Christine Diacon, directrice régionale des affaires culturelles Centre-Val de Loire et Frédéric Baleine du Laurens, président de la Fondation Saint-Louis, d’une préface par Fabienne Audebrand, chargée de protection et conservateur des antiquités et objets d’art d’Eure-et-Loir et Irène Jourd’heuil, conservateur régional adjoint des monuments historiques, d’une introduction par Jean-Michel Leniaud, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études et à l’Ecole nationale des chartes, ancien directeur de l’Ecole nationale des chartes.
Contributeurs : Denis Hayot, Christophe Perrault, Alexandre Contopanos, Julien Retailleau, Philippe Bujak, Damien Berné, Philippe Plagnieux, Karine Boulanger, Grégoire Franconie, Anne Embs, Sophie Derrot, Jean-François Luneau, Valérie Bajou, Damien Chantrenne, Antoinette Lenormand-Romain, Noémie Wansart, Anne Dion-Tenenbaum, Damien Grandemenge, Thomas Vernet, Jean-Louis Sureau.
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