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Corporate

Un film coup de poing
De Nicolas Silhol
Avec Céline Sallette, Lambert Wilson, Stéphane de Groodt, Violaine Fumeau

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Publié le 05 avr . 2017

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Thème

L’intrigue de « Coporate » se déroule dans une multinationale dont le siège est à Paris. Emilie Tesson-Hansen (Céline Sallette) a été nommée responsable des ressources humaines par l’un des directeurs, Stéphane Froncart (Lambert Wilson), dans un but bien précis : faire baisser de 10 % la masse salariale sans que cela coûte un sou à l’entreprise. 

Comment faire ? Simplissime. La DRH propose un pacte de mobilité au salarié qui, sans se méfier, quitte son poste. Elle le laisse mariner quelques semaines sans attribution précise. Il est naturellement placardisé. Au bout de plusieurs mois de ce régime, il craque et démissionne sans indemnités. Et voilà le travail. Sauf qu’il y a un suicide à la clé au début de ce film impitoyable. L’inspection du travail entre alors en jeu en la personne de Marie Borrel (Violaine Fumeau) qui vient faire son enquête sans état d’âme, en interrogeant tout le monde. Et les langues se délient.

Points forts

La réussite d’un film passe souvent par des comédiens qui s’emparent de leur personnage. Dans « Corporate », ils sont deux. Céline Sallette, qui habite chacun de ses rôles et qui se révèle au grand public comme une grande comédienne, ce qu’elle est depuis longtemps pour ses afficionados. Elle est dans la lignée des Deneuve, Signoret et autres actrices françaises inoubliables. Qui l’aurait imaginé dans ce personnage de brillante et sévère responsable des Ressources Humaines, elle qu’on a souvent vu dans des rôles de belle marginale ?
 
Son chef direct est Lambert Wilson, son inspirateur et mauvais génie. Lambert Wilson sait tout faire, de Cousteau à l’abbé Pierre en passant par le supérieur de l’abbaye de Tibérine dans « Des hommes et des dieux ». Mais dans « Corporate » il est l’inverse d’un homme providentiel, un patron cynique et sans une once d’humanité, brillant certes mais au service d’une cause sans âme, le veau d’or de la Bible, qui corrompt les cœurs et les corps. Et il réussit à endosser ce rôle jusqu’au fond de ses yeux vides : vertigineux.
 
On n’oubliera pas de citer deux autres rôles importants, Violaine Fumeau en impeccable et souveraine inspectrice du travail qui fait exploser l’affaire et Stéphane de Groot, collègue de la DRH qui cherche à l’aider tout en la draguant gentiment mais sans espoir. Elle est trop belle pour lui. Ces deux comédiens, Violaine et Stéphane, sont bons parce que l’intrigue les sert : elle est réaliste et efficace et tellement branchée sur l’actualité.

Points faibles

On détesterait en trouver tant ce film nous touche à l’estomac : c’est de notre vie qu’il s’agit, de notre quotidien, de notre travail et de notre destin individuel de salarié qui craint plus que tout qu’on lui montre la porte. Trop fort, ce film.    

En deux mots ...

On se souvient du système de « management par la terreur » et du cynisme du PDG de France Télécom déclarant qu’il fallait mettre un terme à cette « mode du suicide ». « Comme si c’était ceux qui souffrent qui étaient responsables… » explique le cinéaste de « Corporate », film excellent sur l’entreprise et son univers parfois impitoyable.Car toutes les entreprises ne ressemblent pas à celle du film. Mais il est bon de pointer les risques, au moins pour les tenir à distance.

Le réalisateur

Le premier court métrage de Nicolas Silhol, « In paradisum », réalisé à la Fémis en 2004, était centré sur une séance de jeu de rôles dans une entreprise de pompes funèbres. Son deuxième court, « Tous les enfants s’appellent Dominique », a obtenu le grand prix du Festival de Toronto en 2008. Le sujet de son troisième court métrage, « L’amour propre » (2010), présenté à la Semaine de la critique cannoise, explorait encore la même thématique. « J’ai toujours été fasciné, dit-il, par les personnages prisonniers de leur fonction, qui se débattent avec leur propre rôle ». 

Le père du cinéaste étant professeur de management en école de commerce et consultant en ressources humaines, le fils s’est naturellement intéressé aux rapports humains en entreprise. « J’ai passé beaucoup de temps à discuter de ces enjeux avec lui », dit-il. Pas étonnant que son premier long métrage, très réussi, porte encore sur ce thème.

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