DE SON VIVANT

Quand la mort « danse avec la vie »… Un mélo assumé, essentiel, avec une Catherine Deneuve et un Benoît Magimel au sommet de leur art…
De
EMMANUELLE BERCOT
Avec
CATHERINE DENEUVE, BENOÎT MAGIMEL, GABRIEL SARA…
Notre recommandation
5/5

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Thème

Âgé d’une quarantaine d’années, Benjamin (Benoît Magimel), prof de théâtre et — comme il l’avoue lui-même — « comédien raté », a un cancer du pancréas en phase terminale. Désespérée mais vaillante, Crystal, sa mère (Catherine Deneuve), qui vit seule et dont il est le seul fils, l’aide comme elle le peut à envisager l’inacceptable. Quand le film commence, Benjamin est dans une phase de déni. Refusant l’évidence, il renâcle devant les traitements proposés. Secondé par une infirmière d’une humanité rayonnante (Cécile de France), un cancérologue merveilleux de compassion (le docteur Gabriel Sara, dans son propre rôle) va petit à petit le mettre sur le « chemin de l’impossible » et  lui apprendre à  apprivoiser sa maladie. Benjamin va finir par comprendre ce que signifie : « mourir de son vivant ».

Points forts

Emmanuelle Bercot cherchait depuis longtemps à écrire de nouveau pour Catherine Deneuve et Benoît Magimel. Elle avait bien en tête l’histoire d’une mère qui va perdre son fils, mais c’était un socle de scénario insuffisant. Et voilà qu’au cours d’un voyage à New York, le hasard fait que la cinéaste  rencontre le docteur Gabriel Sara, un médecin d’une probité hors du commun, intense et malicieux, qui lui dit travailler dans les « tranchées du cancer ». Elle se rend à l’hôpital qui abrite son service d’oncologie, s’immerge dans son travail qui se caractérise par les relations, uniques, qu’il entretient avec ses malades, et en ressort avec la conviction qu’elle tient, enfin, le film dont elle rêve. Un film sur la fin de vie, loin de tout esprit documentaire et donc débarrassé de tout réalisme, mais un film qui soit, quand même, dans la « vérité » de l’unité de soins du docteur Sara. 

La fabrication du scénario relève du défi. La cinéaste veut traiter de l’acceptation de la mort, en continuant de célébrer la vie. Avec ses méthodes d’accompagnement du malade jusqu’à son dernier souffle, dans un maximum de confort, de lucidité et d’humour, le docteur Sara guide son écriture. Résultat : De son vivant va osciller entre gaieté non-jouée et émotions jamais feintes. La camarde, on le sait, va gagner, mais la vie, va « danser » avec elle jusqu’au bout, dans une sorte de corps à corps éperdu, donnant l’un des plus déchirants scénarios du cinéma français de ces dernières années. 

Quand vient l’heure de la distribution, la cinéaste offre, comme prévu, le rôle du malade à Benoît Magimel, celui de sa mère à Catherine Deneuve, et elle propose au docteur Sara de jouer son propre rôle. Tous les trois sont exceptionnels. Catherine Deneuve est d’une détresse poignante, Benoît Magimel, d’une sensibilité déchirante et Gabriel Sara, d’une humanité intense.

Quelques réserves

Aucune.

Encore un mot...

Cinq ans après La Fille de Brest sur le scandale du Médiator dénoncé par le docteur Irène Frachon, Emmanuelle Bercot, qu’on a vue, pendant ce temps, comme actrice dans de nombreux films (L’Heure de la sortie de Sébastien Marnier en 2019 ou Jumbo de Zoé Wittock en 2020), revient à la réalisation. Bien que gravitant aussi dans l’univers médical, et s’appuyant sur la réalité de certains services hospitaliers, De son vivant, le sixième opus de la cinéaste, est, cette fois, une pure fiction. Mélodramatique son film en forme de chronique sur « une mort annoncée » ? Oui, et assumé comme tel par son auteure. Mais une de ses grandes réussites est justement que, tout mélo qu’il soit, il ne tombe jamais dans la facilité ou la vulgarité d’un déballage tire-larmes. Grâce à la grande tenue de son scénario, à la pudeur de sa mise en scène et à la justesse de ses interprètes (on parie d’ailleurs pour un César du meilleur acteur pour Benoît Magimel). 

Parce que De son vivant défend l’idée qu’il est possible de regarder la mort en face, à condition de trouver la force de l’accepter, il risque toutefois de provoquer des remous chez les militants pro-euthanasie.

Profond, bouleversant, poignant.

Une phrase

Qui seront deux :

 - « Je sais qu’on va me dire que ce n’est pas comme ça que ça se passe, que c’est un monde idéal, que si les médecins étaient comme cela et les chambres d’hôpital si grandes et si belles, cela se saurait… Mais ce n’est pas un problème car le film ne prétend pas reconstituer le réel. On peut y voir un conte, si on en a envie » (Emmanuelle Bercot, cinéaste).

- « Le scénario m’a bouleversé tout de suite. On est renversé, ça vous frappe, comme ça, d’un seul coup, ça vous met en face des questions existentielles les plus fortes que sont le rapport à la mort, ce qu’on fait dans sa vie, ce que l’on a accompli… C’est comme si vous faisiez face à un 38 tonnes qui vous renversait » (Benoît Magimel, acteur).

L'auteur

Née en novembre 1967 à Paris, Emmanuelle Bercot a d’abord voulu être danseuse. Mais à l'École du spectacle, elle découvre le théâtre. Elle entre alors au Cours Florent, puis à la Fémis où elle tourne d’abord, en 1995, un documentaire (True Romanes), puis un court métrage (Les Vacances). En 1999, son film de fin d’études, La Puce, qui révèle l’actrice Isild Le Besco, est sélectionné à la Cinéfondation au 52° festival de Cannes.

Elle ne cessera plus de tourner tout en poursuivant, parallèlement et en pointillé une carrière d’actrice. Elle sera notamment comédienne en 1997 dans La classe de neige, de Claude Miller, et en 2011 dans Polisse de Maïwen, deux films sélectionnés à Cannes. Derrière la caméra, elle signera, entre autres, en 2004, Backstage ; en 2013, Elle sen va, un superbe film avec Catherine Deneuve que l’on retrouvera en juge dans La tête haute tourné en 2015 par la cinéaste. L’année suivante, cette dernière frappera de nouveau un grand coup en sortant La Fille de Brest, un thriller médical adapté du livre d’Irène Frachon intitulé Médiator 150 mg : combien de morts ?. Dans la distribution, Benoît Magimel, qui campe un médecin chercheur.

C’est ce même Benoît Magimel qu’Emmanuelle Bercot a choisi pour être le personnage masculin central de De son vivant, qui fut présenté hors compétition au dernier festival de Cannes et dont la projection se solda par une longue ovation.

Et aussi

 

— HOUSE OF GUCCI de Ridley SCOTT — Avec LADY GAGA, Adam DRIVER, Jared LETO, AL PACINO, Camille COTTIN…

Création, héritage, pouvoir, passion, infidélité, argent et… meurtre. Ridley Scott avait promis de lever le voile sur trente ans d’embrouilles familiales d’une des maisons de mode les plus mythiques et les plus sulfureuses du monde. Après dix années de préparation et de pourparlers tous azimuts, le cinéaste américain tient parole, avec cette superproduction, l’une des plus attendues de l’année, en s’attardant plus particulièrement sur l’histoire vraie de Patrizia Reggiano, condamnée pour avoir orchestré, en 1995, le meurtre de son ex-mari Maurizio Gucci, le puissant héritier de la marque. Un fait divers sanglant sur fond de jalousie qui, non seulement passionna l’Italie, mais eut, à l’époque, un retentissement mondial. 

Pour ce thriller familial qui s’inspire du livre de Sara Gay Forden intitulé La Saga Gucci : du luxe au meurtre et qui sort au moment du centième anniversaire de la fondation de la célèbre marque, le réalisateur américain, dans une forme olympique en dépit de ses 83 ans, a mis les petits plats dans les grands : un scénario au scalpel, une production XXL et une distribution prestigieuse. Patrizia Reggiano qu’on surnomma « la Veuve noire » est interprétée par une Lady Gaga époustouflante et… méconnaissable ( mais si, le vrai chic sied à merveille à la chanteuse pourtant connue pour ses tenues souvent d’un goût douteux, pour le côté sulfureux de son personnage, aussi ). Maurizio Gucci, l’homme qu’elle fera froidement assassiner, est campé par Adam Driver (sensationnel, comme d’habitude) et, Camille Cottin interprète avec tout le talent dont on la sait capable, celle qui remplaça Patricia Reggiano dans le cœur de Maurizio. Mais celui qui emporte le morceau est Jared Leto en Paolo Gucci, cousin « designer » de Maurizio. Vieilli de quelques années grâce à un maquillage impressionnant, le comédien sidère. 

Édifiant sur l’effondrement d’un empire aujourd’hui totalement coupé de ses racines familiales.

 Recommandation :  4 coeurs

 

- L'Événement d'Audrey DIWAN — Avec Anamaria VARTOLOMEI, Pio MARMAÏ, Anna MOUGLALIS, Sandrine BONNAIRE…

Paris,1963. Anne, brillante étudiante, tombe enceinte. Pour pouvoir poursuivre ses études qui lui font espérer sa sortie de la pauvreté, elle n’a d’autre choix que d’avorter. Dans la France d’alors — l’I.V.G. ne sera légalisée dans l’Hexagone qu’en 1975 grâce à Simone Weil —, c’est un acte puni par la loi. Anne va entamer un courageux et douloureux chemin de croix. 

Adapté du roman éponyme et autobiographique d’Annie Ernaux paru en 2000 chez Gallimard, L’ Événement se reçoit comme un film de guerre. Habité, radical, viscéral, il raconte, dans un récit au cordeau, le combat d’une jeune femme décidé à changer les choses. Porté par la comédienne franco-roumaine Anamaria Vartolomei qui incarne Anne avec une impressionnante pugnacité, ce film signé Audrey Diwan (Mais vous êtes fou, en 2019) a reçu le Lion d’or de la 78° édition de la Mostra de Venise. Un événement puisque c’était la deuxième fois seulement qu’une réalisatrice française remportait ce prix, après Agnès Varda pour Sans toit, ni loi, en 1985.

L'Événement… un film essentiel, indispensable à une époque où l’avortement est encore interdit ou remis en cause dans de nombreux états et pays du monde, comme la Pologne et le Texas.

Recommandation : 4 coeurs

 

- SUPRÊMES  de Audrey ESTROUGO — Avec Théo CHRISTINE, Sandor FUNTEK, Félix LEFEBVRE…

1989. Dans les cités déshéritées du 93, une bande de potes composée d’une vingtaine de lascars indisciplinés s’engouffre dans le mouvement hip hop tout juste débarqué en France. Deux leaders s’en détachent, Bruno Lopes (alias Kool Shen) et Didier Morville (alias Joey Starr), dont les textes de rap, imprégnés de la colère qui gronde dans les banlieues, ne vont pas tarder à galvaniser le public. NTM naît, qui va se heurter aux autorités, effrayer les petits bourgeois, mais faire salle comble.

Il y a longtemps qu’Audrey Estrougo (Une Histoire banale, La Taularde) voulait faire un film évoquant le hip hop, devenu aujourd’hui l’une des musiques les plus écoutées de France. Elle a choisi de le faire par le truchement d’un biopic sur le groupe qui a lancé et vulgarisé ce mouvement. Plutôt que d’en retracer le parcours en dents de scie (défait et reformé plusieurs fois, NTM est à l’arrêt depuis 2018), la cinéaste s’est concentrée sur ses débuts en s’arrêtant sur la personnalité de ses deux principaux protagonistes, Joey Starr et Kool Shen, deux zigotos rebelles et remuants qui compensèrent le vide affectif de leur enfance par leur histoire d’amitié. Cela donne ce film, à la fois intime et sociologique, d’une grande énergie visuelle et… rythmique. Il est porté par deux acteurs sensationnels, Sandor Funtek, génial en Kool Shen, et Théo Christine, formidable lui aussi en Joey Starr.

Recommandation : 3 coeurs

 

- AU CRÉPUSCULE  de Sharunas BARTAS — Avec Arvydas DAPSYS, Marius POVILAS, Elijas MARTYNENKO…

1948, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Dans un village isolé de Lituanie, alors que la misère ne laisse place à aucune liberté, le mouvement clandestin des Partisans lutte contre l’emprise, étouffante, de l’occupation soviétique. En son sein, Unte, un jeune homme qui, en plus de son engagement idéologique, se bat pour connaître la vérité sur son histoire personnelle d’enfant adopté…

Pour son neuvième long métrage, le réalisateur lituanien Sharunas Bartas a choisi de dénoncer les conditions de vie effroyables imposées à la fin des années 40 par les Soviétiques à son pays, déjà rendu exsangue par l’occupation nazie. Et bien sûr, il le fait à sa manière, en brouillant les frontières entre documentaire et fiction, ce qui enrichit son film d’une dimension historique. Sur le plan visuel, Au crépuscule est époustouflant de beauté, qui évoque notamment les toiles des Maîtres flamands du XVII°siècle. Et il y a la mise en scène, d’une précision impressionnante, la direction d’acteurs, parfaite, et le rythme, volontairement lent, qui accentue la majesté d’un scénario donnant à comprendre, et même à ressentir, l’implacable étouffement d’un pays.

Recommandation : 4 coeurs

 

- FRIDA : VIVA LA VIDA  de Giovanni TROILO — DOCUMENTAIRE avec, en narratrice, Asia ARGENTO…

Des toiles, douloureuses et révolutionnaires, qui exprimaient à la fois les tourments de son corps (un accident de bus survenu à son adolescence et qui lui laissa toute sa vie d’effroyables séquelles) et les déchirements de son esprit (un avortement et deux fausses couches), et aussi, des prises de position courageuses en faveur de la liberté… Parce qu’elle fut l’une des plus grandes figures féministes de son pays et surtout l’icône de la peinture mexicaine du XX° siècle, tout le monde, ou presque, connaît Frida Kahlo. La vie de cette artiste, fière et indomptable, qui ressemble à un roman tragique, a été maintes et maintes fois racontée à l’occasion de dizaines d’expositions, de célébrations diverses à travers le monde ou encore dans de nombreuses biographies. Qu’apporte donc de plus ce nouveau documentaire, signé du réalisateur et photographe italien, Giovanni Troilo ? Une construction inédite (six chapitres, des images d’archives, des photos et vidéos, dont certaines pour la première fois dévoilées, une interview passionnante de la directrice du musée Frida Kahlo à Mexico, et toutes ces séquences, portées et introduites par l’actrice Asia Argento qui fait office de narratrice) et surtout un supplément d’âme qui donne à cet hommage son côté passionnant.

Recommandation :  3 coeurs

 

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