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Et aussi
- Ma frère de Romane Guéret et Lise Akoka - Avec Fanta Kebe, Shirel Nataf, Amel Bent…
Djeneba (Fanta Kebe) et Shaï (Shirel Nataf) sont amies depuis la plus tendre enfance et vivent dans le même quartier du nord de Paris. Le temps d’un été, elles se retrouvent à travailler comme monitrices dans une colonie de vacances dirigée par l’énergique Sabrina (Amel Bent). Au cœur de la Drôme, les deux jeunes femmes vont être amenées à faire des choix pour leur avenir et réinventer leur amitié…
Présenté lors du dernier Festival de Cannes dans la sélection Cannes Première, Ma frère confirme tous les espoirs qui avaient été mis dans le tandem de cinéastes Lise Akoka / Romane Guéret, remarquées en 2022 avec leur premier long-métrage, Les Pires. Pour ce nouveau film, les réalisatrices traitent une nouvelle fois de cette période si particulière de la fin de l’enfance. Drôle et mélancolique à la fois, Ma frère est un vrai feel good movie dont l’émotion monte crescendo. Porté par un réjouissant duo de comédiennes (épatantes Fanta Kebe et Shirel Nataf), ce joli film laisse augurer une bien belle année pour le cinéma français.
Recommandation : 3 cœurs
Antoine Le Fur
Les lumières de New York de Lloyd Lee Choi - Avec Chang Chen, Fala Chen, Perry Yung…
Venu de Chine l’espoir chevillé au corps, Lu (Chang Chen) s’est installé à New York avec l’objectif d’y ouvrir un restaurant. Mais manque de chance, il a contracté des dettes importantes. Pour survivre, il est devenu livreur de repas à bicyclette. La grosse machine new-yorkaise va pourtant continuer de le broyer : naïf et honnête, il se fait avoir de tous les côtés. L’argent de l’appartement qu’il a sous-loué a été chapardé par un escroc, on lui vole son vélo, ses vrais « faux amis » refusent de lui prêter le moindre dollar. Pour arranger le tout, après trois années d’attente, sans rien savoir de sa situation, sa femme et sa fille s’apprêtent à le rejoindre. Une course folle s’engage. Le rêve américain s’éloigne…
Un scénario qui évoque celui de L’Histoire de Souleymane de Boris Lojkine, une mise en scène, caméra à l’épaule, réaliste, rapide et mouvante qui fait penser à celles des frères Dardenne, un sujet qui aurait pu inspirer Ken Loach (le portrait d’un travailleur précaire dans une mégapole)…Pour son premier long métrage, le Coréen canadien Lloyd Lee Choi emprunte aux plus grands. Et pourtant, le jeune réalisateur, auteur de courts métrages (tous récompensés), fait déjà preuve d’une personnalité singulière. Malgré ses emprunts, Les Lumières de New York éblouit par sa maîtrise, sa sensibilité, son élégance visuelle aussi. Dommage qu’il manque un peu d’humour. Ce détail n’a pas été un frein à sa qualification à la dernière Quinzaine des Cinéastes.
Recommandation : 4 coeurs
Dominique Poncet
Les Échos du passé de Mascha Schilinski - Avec Hanna Heckt, Lena Urzendowsky, Laeni Geiseler…
Une ferme, en Allemagne. À quatre époques différentes, quatre jeunes filles passent leur adolescence dans ce même endroit. Elles s’appellent Alma (Hanna Heckt), Angelika (Lena Urzendowsky), Erika (Lea Drinda) et Lenka (Laeni Geiseler). Alors que la maison se transforme peu à peu au fil du siècle, les échos du passé résonnent entre les murs. Malgré les années qui les séparent, leurs vies semblent se répondre…
Lors du dernier Festival de Cannes, Les Échos du passé a particulièrement marqué les esprits. Deuxième long-métrage de la cinéaste allemande Mascha Schilinski (après Dark Blue Girl en 2017), ce film ample et d’une incroyable densité est de ceux que l’on n’oublie pas si facilement. Avec sa mise en scène d’une précision presque chirurgicale et son sens de la narration d’une complexité rare, Les Échos du passé appartient d’ores et déjà à la liste des films qui vont marquer cette année 2026. Il est déjà reparti de la Croisette avec un Prix du Jury (obtenu ex-aequo avec l’incroyable Sirāt de Oliver Laxe). Il y a fort à parier que sa belle trajectoire ne va pas s’arrêter de sitôt.
Recommandation : 4 cœurs
Antoine Le Fur
Tout va bien de Thomas Ellis - Documentaire.
Après avoir traversé, seuls, des déserts et des terres, cinq adolescents âgés de 14 à 19 ans, sont arrivés à Marseille. Ils espèrent tous se construire une nouvelle vie et obtenir, sinon la nationalité française, du moins un permis de séjour. « Tout va bien » répètent-ils obstinément à leur famille. Mais ils sont loin d’être au bout de leur peine. Ils vont devoir apprendre, en vrac, le français, les codes de vie de l’Hexagone, un métier…
Tout va bien est un drôle de documentaire : le filmage, le montage, tout est fait pour qu’au début tout au moins, on se croit dans une fiction, réaliste certes, mais une fiction avec cinq personnages principaux dont on pense que leur chemin va finir par se croiser et leur avenir s’illuminer. C’est petit à petit qu’on va se rendre compte que ces cinq-là, ne se rencontreront pas, mais qu’ils ont en commun de partager le même objectif : réussir leur intégration, malgré les difficultés. Il ne faudrait pas en déduire que Tout va bien est un docu lénifiant et bon enfant. C’est tout le contraire. Encore un doc sur l’immigration ? Et alors ! Pour une fois qu’on aborde l’immigration du point de vue des plus jeunes. Passionnant
Recommandation: 4 coeurs.
Dominique Poncet
Father Mother sister brother de Jim Jarmusch - Avec Adam Driver, Tom Waits, Charlotte Rampling, Cate Blanchett…
Le titre de ce film comporte quatre noms, mais il se joue en 3 sketches. Le premier met en scène un frère et une sœur qui viennent voir leur vieux filou de père (Tom Waits) dans le fin fond du New Jersey. Le second, qui se passe à Dublin, raconte la visite annuelle que deux filles rendent à l’heure du thé à leur machiavélique de mère (Charlotte Rampling), auteure de best-sellers ; le troisième, qui se passe à Paris, déroule le tête à tête d’un frère et d’une soeur qui sont venus à Paris vider l’appartement de leurs parents défunts. Trois sketchs qui ont pour point commun la famille, ou plus exactement ce qui reste de la relation parents - enfants quand la communication entre les deux a été coupée, volontairement (désintérêt, jalousie, énervement) ou non.
Les fans de Jim Jarmusch vont adorer son dernier opus pour lequel le cinéaste est revenu au film à sketchs, genre dans lequel excelle (témoin, entre autres son Coffee and Cigarettes sorti en 2003). Il est moins sûr en revanche que cet opus, pourtant reparti de Venise avec le Lion d’Or, fasse trembler le box-office. Trop minimaliste, et pour une fois dépourvu de tout humour. Restent sa bouleversante nostalgie, sa beauté formelle (ici, particulièrement dépouillée), ce qu’il charrie, malgré tout d’émotion, et surtout, son casting, comme d’habitude royal.
Recommandation : 3 coeurs
Dominique Poncet
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