ON EST FAIT POUR S’ENTENDRE

Émouvoir et faire rire avec le handicap : la malentendance au cœur d’une irrésistible comédie romantique écrite, réalisée et jouée par un Pascal Elbé très inspiré…
De
Pascal Elbé
Notre recommandation
4/5

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Thème

Antoine, prof d’histoire (Pascal Elbé), semble être tout le temps dans la lune. Pour ses proches, c’est très agaçant : ses élèves lui réclament plus d’attention, ses collègues se plaignent de son manque de concentration, sa « fiancée » lui reproche son manque d’empathie et sa voisine du dessous, l’engueule pour le niveau sonore de son réveil et de sa radio.

En réalité, Antoine est sourd. Pas complètement, mais il a perdu beaucoup d’audition. Pour un homme encore jeune, c’est difficile à admettre. Heureusement, Francis, le meilleur ami d’Antoine, (François Berléand) va l’aider à accepter son handicap. Il va même l’accompagner dans ses démarches médicales…

C’est le début d’une comédie hilarante. Car s’habituer à des prothèses auditives qu’il faut sans cesse régler ou recharger pour qu’elles fonctionnent correctement sans provoquer d’horribles sifflements, relève du parcours du combattant. Jusqu’à ce qu’on réussisse à « dompter » ces minuscules bijoux de technologie, il s’en passera des choses, des drôles, des burlesques, des enquiquinantes et même des tragiques. Heureusement, comme souvent dans les films, l’amour ne fera pas la sourde oreille et fera des miracles…

Points forts

Lui-même malentendant, Pascal Elbé n’aurait jamais osé penser que son handicap —qui, au passage, touche près de dix millions de personnes en France— ferait l’objet d’un scénario. Mais un jour, il tombe sur La vie en sourdine. Dans ce livre, David Lodge, son auteur, réussit à faire comprendre tout ce qu’on peut ressentir lorsqu’on est atteint de surdité. C’est le déclic. Le comédien-réalisateur décide qu’il va écrire un film. Comme il sait, pour l’avoir vécu, ce que la malentendance peut entraîner de quiproquos ou de situations burlesques chez celui qui en souffre, il opte pour une comédie.

Plus précisément, une « comédie romantique », avec une « happy end ». Son histoire se dessine. Il va faire se rencontrer, Antoine, le héros de son histoire, enfermé dans son monde du silence et Claire, une femme, repliée, elle, sur la souffrance de son veuvage. Celle qui fera le lien entre ces deux solitaires sera la petite fille de Claire, devenue muette à la mort de son père.

Son script écrit, tressé de souvenirs personnels et d’anecdotes inventées, il compose sa distribution. Parce qu’il va devoir être devant et derrière la caméra, il ne va s’entourer que de comédiens en qui il a une confiance absolue et une complicité immédiate : Sandrine Kiberlain, qu’il connaît depuis 20 ans et dont il est très proche ; Emmanuelle Devos, avec laquelle il a tourné son premier court métrage ; François Berléand, qu’il admire depuis toujours et dont il dit qu’il est un acteur « Stradivarius » et « un clown merveilleux », et enfin  Marthe Villalonga que non seulement il adore comme actrice mais qui ressemble à sa grand-mère.

Le tournage va durer deux mois, dans une ambiance familiale et une grande simplicité. Cette harmonie se ressent dans le film, d’une fantaisie, d’une  justesse de ton et d’une fluidité remarquables.

Quelques réserves

A condition d’accepter le choix de la comédie romantique pour parler du handicap, aucune réserve. Tout dans celle-ci est léger et élégant, même les scènes d’émotion.

Encore un mot...

Parce qu’il a souvent donné lieu à des mélos lourdingues et moralisateurs, on sait qu’il est délicat et difficile de faire rire avec le handicap. Coup de chapeau donc à Pascal Elbé ! Aux antipodes des films à message, son On est fait pour s’entendre, porté, redisons-le, par une distribution épatante, est une comédie sensible, sincère, touchante, drôle et même, par moments, désopilante.

Partout où il a été projeté en avant-première, — notamment au Festival du film francophone d’Angoulême et au Festival Ciné-Comédies de Lille —, il a  été ovationné. En toute logique, il devrait réaliser un joli score au box office.

Une phrase

Qui seront deux, et toutes les deux du réalisateur-comédien Pascal Elbé :

- « Ce problème d’audition m’a évidemment joué des tours avec les femmes, mais on rattrape les choses avec humour  et ça passe ».

- « Dans la vie, ça ne finit pas aussi bien qu’au cinéma, donc, non, mon problème d’audition ne s’est pas amélioré, mais j’ai appris à vivre avec ».

L'auteur

Né le 13 mars 1967 à Colmar dans une famille juive originaire d’Algérie, Pascal Elbé a débuté sa carrière artistique comme acteur de théâtre, essentiellement d’abord dans des comédies dont Charité bien ordonnée en 1992 et Tout baigne ! en 1994, qu’il a, en plus, co-écrit. Encouragé par cette première expérience d’écriture, et tout en poursuivant sa carrière d’acteur avec des rôles plus dramatiques, il se lance dans l’écriture, à la fois pour la scène ( Pour ceux qui restent mis en scène par Charles Berling en 2005 ) et pour le cinéma : en 2003, il co-écrit Père et fils de Michel Boujenah, puis, en 2006, Mauvaise foi de Roschdy Zem. En 2010, il s’essaie à l’écriture de scénario en solo. C’est Tête de turc, qu’il joue et réalise, puis en 2015, Je compte sur vous qu’il réalise, mais sans s’y distribuer en tant qu’acteur. On est fait pour s’entendre est son troisième long métrage en tant que réalisateur-scénariste, mais c'est la première fois qu’il s’octroie un rôle principal dans un film où il est, en même temps, derrière la caméra.

Ses activités de cinéaste n’empêchent pas cet hyper-actif (non boulimique) d’effectuer une carrière d’acteur d’autant plus intéressante qu’il ne se laisse enfermer dans aucun type de rôle. On l’a vu notamment en séducteur dans Tout pour plaire, de Cécile Télerman (2005); en homosexuel dans la comédie gay friendly Comme les autres, de Vincent Garenq (2008);  en gendarme dans le thriller R.I.F. de Franck Mancuso (2011) ou encore  en soldat blessé dans Piégé, de Yannick Saillet (2014).

Parallèlement, ce comédien éclectique s’aventure aussi de temps en temps sur le petit écran ( Les chiens ne font pas de chats d’Ariel Zeitoun en 1996, ou encore La solitude du pouvoir de Josée Dayan en 2012) et il donne de la voix pour les Disney Félins et Zootopie.

Et aussi

 

— OLGA d’Elie GRAPPE — Avec Théa BROGLI, Anastasia  BUDIASHKINA, Sabrina RUBTSOVA…

Kiev, 2013. A quinze ans, Olga ( Anastasia Budiashkina, comédienne amateur, magistrale, et aussi une vraie jeune athlète d’élite) est parmi l’une des meilleures gymnastes ukrainiennes. Elle vise sa sélection aux prochains championnats d’Europe qui sont l'antichambre des Jeux Olympiques à venir. Mais les enquêtes que mène sa mère, journaliste, sur la corruption régnant au plus haut sommet de l’État font craindre des risques pour la vie d’Olga. Pour la mettre à l’abri, cette dernière l’envoie en Suisse, le pays de son père décédé. Alors que Kiev s’embrase, Olga se retrouve exilée. Comment supporter le poids d’une telle situation, comment, aussi, rester concentrée lorsqu’on ne se sent pas réellement cooptée par sa nouvelle équipe et qu’on apprend qu’on va devoir abandonner sa nationalité si on veut concourir sous la bannière du pays qui vous accueille ?

Pour son premier long métrage, le jeune suisse d’origine française Elie Grappe nous propose un beau film d’apprentissage qui pose la question de l’engagement des sportifs de haut niveau et des sacrifices qu’ils doivent consentir pour grimper au sommet ou y rester. Cette première oeuvre est passionnante, d’abord parce qu’en nous faisant pénétrer dans des lieux d'entraînement d’habitude fermés au grand public, on comprend l’engagement, les sacrifices et le courage physique qu’impose la discipline de la gymnastique, ensuite parce que, contrairement aux idées reçues, elle montre que la pratique du sport de haut niveau n’empêche pas d’être un citoyen du monde. Très bien filmé, tendu, très documenté, Olga avait été sélectionné en  compétition à la 60ème Semaine de la Critique et il  en était ressorti avec le Prix SACD. Il représentera la Suisse aux Oscars 2022.

 Recommandation : 4 coeurs

 

ORANGES SANGUINES  de Jean-Christophe MEURISSE — Avec Alexandre  STEIGER, Christophe  PAOU, Lilith GRASMUG…

Un couple de retraités qui s’inscrit à un concours de danse en espérant le gagner pour pouvoir rembourser ses dettes avec la dotation de son Prix. Un ministre des finances, empêtré dans une affaire d’évasion fiscale, qui va être kidnappé par un malade sexuel. Ce même malade sexuel à qui une jeune fille va couper ses « attributs virils » pour se venger du viol qu’il lui a fait subir. Et puis aussi, un avocat, fils des retraités fauchés pré-cités, qui va tenter d’assurer la défense de la jeune fille qui s’est  faite justice elle-même  à l’encontre de son violeur … Prenez ces quatre histoires, toutes, à la fois glauques, cyniques et hilarantes, faites-les se succéder ou s’enchevêtrer les unes dans les autres, et vous obtiendrez la comédie la plus grinçante, la plus déglinguée et aussi la plus délibérément « anar » de l’année…

Elle est signée Jean-Christophe Meurisse, un drôle d’oiseau provocateur que connaissent surtout les amateurs de théâtre, puisqu’il est le fondateur des Chiens de Navarre, une troupe qui aime à ruer dans les brancards pour dénoncer les injustices et les inepties de notre société. « On pourrait penser que j’exagère, dit le cinéaste, mais la réalité est pire encore que ce que je montre. Je le sais parce qu’on a été conseillé par des figures politiques de premier plan ». Dont acte. Mais on l’a compris, Oranges sanguines n’est pas à mettre devant tous les yeux. Au dernier Festival de Cannes où il avait eu les honneurs d’une Séance spéciale (à minuit), il avait remporté un triomphe chez les trois-quarts des spectateurs, mais le dernier quart s’était déclaré choqué par l’outrance sadique de certaines scènes. Il sort d’ailleurs sur les écrans sous le label « interdit aux moins de douze ans ». Punk et trash, certes, Oranges sanguines, mais finalement, tellement drôle et culotté.

Excellent, sous réserve d’avoir le cœur bien accroché.

Recommandation: 4 coeurs

 

- LES MAGNÉTIQUES  de Vincent Maël CARDONA — Thimothée ROBART, Marie COLOMB, Joseph OLIVENNES…

1981, dans une petite ville de la province française. Deux frères que tout oppose vivent dans une vieille maison avec leur père garagiste, un brin rétrograde. L’ainé, Jérôme, dévoré par ses pulsions dévastatrices est le soleil noir du duo. Timide, introverti, pour ne pas dire mutique, Philippe, son cadet, vit dans son ombre. Ce qui lie ces deux-là, si dissemblables, c’est l’amour fou qu’ils vouent à la musique et à la radio pirate qu’ils ont créée dans le grenier d’un bar de leur patelin. Jérôme est au micro, bien sûr, qui anime et fait office de disc-jockey, en picolant plus que de raison, sous l’œil de Marianne, la fille qu’il aime, ostensiblement. Petit génie des manettes, le très silencieux Philippe, lui, mixe les sons dans le studio de fortune.  Sur les rythmes rock et punk du début de ces eighties-là, ça pulse et ça envoie. Trop fort pour que les deux frérots « entendent » qu’ils sont en train de vivre la fin d’une époque… Rattrapé par l’obligation du service militaire, Philippe partira, loin, à Berlin, ce qui lui permettra de grandir. Jérôme, lui, mourra. Et sa mort sera comme un symbole d’un monde qui s’éteint…

Ecrit par un collectif de six scénaristes, ce film, joyeux, nostalgique, enthousiasmant et intensément rock, — le premier de Vincent Maël Cardona — épate, à la fois par son énergie créatrice et aussi par cette façon qu’il a de faire revivre les derniers soubresauts libertaires nés de mai 68. Présenté à La Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier festival de Cannes, Les Magnétiques en était reparti avec le Prix de la SACD, après avoir reçu un accueil triomphal du public.

Recommandation : 4 coeurs

 

  AMANTS de Nicole GARCIA — Avec Pierre NINEY, Benoît MAGIMEL, Stacy MARTIN…

C’est l’histoire de deux jeunes gens, qui, à Paris, s’aiment comme des fous depuis leur adolescence. Elle, Lisa, est une jeune fille de bonne famille qui suit une école hôtelière. Lui, Simon, est un homme charmeur en diable, mais délinquant sur les bords : il vend de la coke à de riches clients. Un jour, à la suite d’une soirée qui tourne mal et dont l’issue pourrait le mener en prison, Simon disparaît. Lisa se résout à épouser Léo, un riche assureur et part avec lui habiter Genève. Trois ans plus tard, Lisa et Simon se retrouvent par hasard dans l’Océan indien…Et…

Cette histoire sombre, chic et cruelle autour d’un trio amoureux, conçue en trois actes, comme les tragédies antiques, est le neuvième long métrage de Nicole Garcia. Bien que pour une fois, la cinéaste n’en soit pas l’auteure (le scénario est signé  du seul Jacques Fieschi), on retrouve dans cet Amants la fluidité et la sensualité qui caractérisent ses réalisations et aussi son obsession à essayer d’analyser la complexité des relations amoureuses. Difficile alors de dire pourquoi, malgré la bonne qualité de sa facture et la prestation encore une fois sensationnelle de Benoît Magimel, ce thriller laisse sur sa faim. Peut-être manque-t-il un peu de profondeur et surtout de noirceur.

Recommandation : 3 coeurs

 

- HAUT ET FORT de Nabil AYOUCH - Avec  Ismaël ADOUAB, Anas BASBOUSI, MERYEM NEKKACH…

Anas, ancien rappeur (Anas Basbousi, dans son propre rôle), est engagé comme prof au centre culturel du quartier populaire de Sidi Moumen Les Étoiles à Casablanca. Encouragés par leur nouveau professeur, des ados issus des bidonvilles, vont tenter de se libérer du poids de certaines de leurs traditions, patriarcales et religieuses pour vivre leur passion et s’exprimer à travers la culture hip-hop.

Formidable film sur les bienfaits possibles de l’éducation populaire (notamment, l’apprentissage du vivre ensemble et la lutte contre le radicalisme religieux ), Haut et fort, qui « flirte » avec le genre documentaire, fut le premier film marocain à se retrouver en compétition officielle au dernier Festival de Cannes depuis Âmes et rythmes de Abdelaziz Ramdani en 1962. Il faut dire qu’il est signé Nabil Ayouch ( Les Chevaux de Dieu, Much loved ), l’un des plus talentueux réalisateurs franco-marocains, l’un des créateurs aussi, en 2014, du centre culturel qui est au cœur de son film. Courageux, édifiant, nécessaire, enthousiasmant aussi. Le hip-hop aurait-il un pouvoir libérateur et éducatif ? Au vu de ce long métrage, la réponse est oui. Sans hésiter.

Recommandation :4 coeurs

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