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Festival de Cannes: Rodin

Hors des clichés, mais plan-plan
De Jacques Doillon
Avec Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele

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Publié le 26 mai . 2017

Recommandation

3,0BonBon

Thème

En 1880, Auguste Rodin (Vincent Lindon), amorce à 40 ans une brillante ascension sur la scène publique avec pour la première fois de sa carrière une commande d’État. Ce sera « La porte de l’enfer ». Parallèlement, il commence à donner des cours de sculpture et remarque une élève de 19 ans, très douée, Camille Claudel (Izïa Higelin). Pendant quelques années, maître et élève vont s’entraider et rivaliser. Elle participe à ses travaux, l’encourage et le conseille. Et il fait de même avec elle. Mais elle veut plus. Elle veut le mariage qu’il a eu l’imprudence de lui promettre. Et lui reste très attaché à Rose (Séverine Caneele), issue du même milieu populaire que lui, avec laquelle il vit depuis toujours et qui n’est pas regardante sur ses incartades. Alors Camille finit par s’en aller et sombrera dans le délire de la persécution, prétendant qu’il lui a tout pris; et plus tard, dans la démence. Rodin, lui, ne l’oubliera jamais, comme une écharde douloureuse et inguérissable dans son corps de colosse.

Points forts

Contrairement à « Camille Claudel » (1987), le film de Bruno Nuytten, avec Isabelle Adjani, où Rodin (Gérard Depardieu) était le méchant de l’affaire, Doillon rééquilibre le débat. On voit bien, dans son scénario, que Rodin est piégé entre Rose et Camille, c’est le dilemme de sa vie amoureuse. Sans doute ne sait-on de ces moments que la surface des choses. Inutile de rechercher les responsabilités. On le voit, à la fin du film, regarder la belle tête de Camille qu’il a sculpté autrefois, image bouleversante par la beauté de la sculpture et par le regard perdu du sculpteur.
 
Par ailleurs nous voyons Camille Claudel avec nos lunettes du XXe et du XXIe siècles. A la fin du XIXe et même au début du XXe, l’ascension d’une femme dans le monde de l’art, que ce soit la sculpture ou la peinture,  apparaissait incongru. Et même actuellement, combien y a-t-il de femmes cinéastes dans la sélection officielle cannoise ? Trois films sur dix-neuf ont été réalisés par des femmes. Pas de quoi pavoiser.
 
Le cinéaste a bénéficié de l’assistance précieuse de Véronique Mattiussi, responsable du fonds historique au musée Rodin, « source inestimable d’informations et de ressources, précise-t-elle, souvent insoupçonnées et forcément attractives aux yeux d’un réalisateur tel que Jacques Doillon ».  La conservatrice cautionne d’ailleurs l’entreprise du cinéaste également scénariste quand elle ajoute : « L’écriture aussi personnelle que poétique du scénariste sert ici miraculeusement le récit authentique de l’itinéraire d’un artiste hors-norme ».
 
Jacques Doillon a même reconstitué cette fameuse « Porte de l’enfer » inspirée de La Divine Comédie de Dante. Il l’a fait reconstruire grandeur nature dans l’atelier du sculpteur à Meudon (qui a été restauré récemment et qui est ouvert au public). Pendant les quatre semaines de tournage dans l’atelier, la porte se construisait en fonction des séquences. On y retrouve toute l’œuvre connue de Rodin : « Le Penseur », « Le baiser », « La femme accroupie »…

Points faibles

On aimerait adhérer à cet ensemble équilibré et solide. Mais il est trop sage, trop académique. Vincent Lindon s’est fait une tête comme il faut avec une barbe très convaincante. Izïa Higelin se démène consciencieusement pour garder son grand homme. Tout cela fonctionne comme dans un bon téléfilm de France 3. Ni moins, ni plus. Et c’est un peu dommage. Tout de même Rodin et Camille, ce n’était pas qu’un petit couple !

En deux mots ...

Il y a chaque année au Festival de Cannes un film bouc émissaire, sifflé, conspué ou ignoré. Cette année c’est tombé sur « Rodin ». Encore n’a-t-il pas eu un traitement trop outrageant. Juste le silence sans applaudissements à la fin de la première projection de presse dans la grande salle Claude Debussy qui double l’immense salle Louis Lumière. Méritait-il ce traitement dédaigneux et injuste pour un travail de cette ampleur ? À vous de juger puisque le film est dans les salles depuis mercredi.

Le réalisateur

« Rodin » est le troisième film de Jacques Doillon qui concourt pour la palme d’or, après « La drôlesse » (1979) et « La pirate » (1984). À 73 ans, il est l’auteur de vingt-huit films d’une originalité sans faille depuis son premier « L’an 01 » (1973) et les suivants « Les doigts dans la tête », « Un sac de billes », « La femme qui pleure »… S’il a ces dernières années continué à travailler en toute discrétion et, parfois, dans un certain oubli, il reste le réalisateur de grands films intimistes comme « Ponette » et « Le petit criminel », inoubliable.

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