Cinéma/Séries TV

Ils sont partout

La bonne arme pour un coup audacieux
De Yvan Attal
Avec Benoit Poelvoorde, Valérie Bonneton, Dany Boon, Charlotte Gainsbourg, Gilles Lellouche, Yvan Attal, François Damiens, Grégory Gadebois

Infos & réservation

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 01 juin . 2016

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Se sentant persécuté par un antisémitisme grandissant, et se faisant traiter, pour cette raison, de paranoïaque, Yvan (interprété par  Yvan Attal lui-même) décide d’aller chez un  un psy (le psychanalyste Tobie Nathan qui joue son propre rôle) pour lui confier tout ce qui le tarabuste concernant son identité, sa judéité et son angoisse d’être un mal-aimé.

Ses séances vont être entrecoupées de séquences, plus ou moins longues, pendant lesquelles le réalisateur va essayer de démonter, sur le ton de la comédie, les clichés antisémites les plus tenaces : « les juifs sont riches », « les juifs sont partout », « les juifs sont solidaires », « les juifs ont tué Jésus », « les juifs ont le monopole de la souffrance » etc…

On l’a compris, « Ils sont partout » est un film à sketches, d’où, à son générique, la présence d’une pléiade d’acteurs..

Points forts

- En tout premier lieu, le cran d’Yvan Attal. Car il fallait un vrai courage  et sans doute aussi une bonne dose d’inconscience pour s’attaquer à un problème aussi sensible que celui de l’antisémitisme et des poncifs ainsi que des à-priori qu’il génère. Le cinéaste s’était sans doute préparé à ce que son film déclenche des réactions hostiles, mais probablement pas aussi violentes que celles qui circulent déjà sur les réseaux sociaux. En tous cas l’ampleur des réactions et leur virulence montrent à quel point ce que Yvan Attal dénonce n’est pas la vue d’un esprit paranoïaque.

- L’arme avec laquelle Yvan Attal a choisi de désamorcer les lieux communs  les plus connus qui circulent sur la question juive. Il a adopté, sans doute, la meilleure; en tous la moins agressive, celle du rire (rire dont chacun sait qu’il est le propre de l’homme!). La comédie comme vecteur de dénonciation… Ce n’est pas nouveau, mais ça fait passer les pilules les plus amères, comme ici, celles de la remontée d’une certaine « Réaction ».

- La force de certains sketches. Comme celui où l’on voit un chômeur  récurrent (Dany Boon) déclarer qu’il ne veut plus être juif, puisque, contrairement aux idées reçues, il n’est ni riche, ni entreprenant. Comme celui aussi, où un militant d’extrême droite (Benoit Poelvoorde), marié avec une dirigeante de son parti (Valérie Bonneton) doit se résoudre à lui avouer que, malgré son exécration des juifs, lui aussi, en  fait, en est un; comme celui encore où le Mossad invente une machine à remonter le temps pour évincer Jésus (interprété par un formidable Gilles Lelouche).

- La distribution. Pour qui aime les acteurs, ce film est un régal. On y trouve parmi les meilleurs d’aujourd’hui, dont, outre ceux déjà cités,  Marthe Villalonga, Charlotte Gainsbourg, François Damiens, Patrick Bouchitey ,Grégory Gadebois, Popeck  et Denis Podalydes.

Points faibles

- Comme souvent dans les films à sketches, certains sont plus faiblards que d’autres, et même, dira-t-on, d’une trop grande outrance démonstrative.

- Les séances de psy avec Tobie Nathan et… Yvan Attal.  Le cinéaste confie ses craintes et son malaise presque face caméra. Et c’est un peu dérangeant. D’autant que ces séances, d’une compréhensible gravité, détonnent avec le reste du film presque tout entier décliné sur le mode  de la comédie, exceptée la séquence tournée avec Popeck, qui ne se souvient que d’un chiffre, celui qu’on lui avait gravé  sur le bras lors de son internement dans un camp de concentration…

En deux mots ...

Faire, aujourd’hui un film totalement axé sur l’antisémitisme… Intitulé, en plus « Ils sont partout », comme un pied de nez à l’hebdomadaire antisémite français de la seconde guerre mondial, demandait plus que de l’audace. D’aucuns ont traité Yvan Attal de fou et même de kamikaze. Porté par sa colère et ses tourments, le cinéaste ne s’est pas dégonflé. Il a fait son film, qu’il a voulu tout public. Pas de théorie donc, ni de discours sentencieux et plombants, mais des séquences sous-tendues soit par le franc comique, soit par l’autodérision. Certaines tombent à plat ? Certaines manquent de subtilité ? Peut être. Reste ce film, réalisé par un homme énergique qui a fait sienne cette devise de Beaumarchais : « je me presse de rire de tout, avant d’être obligé d’en pleurer ».

Le réalisateur

Né le 4 janvier 1965 à Tel-Aviv (Israël) de parents issus de la communauté des juifs séfarades d’Algérie, Yvan Attal a grandi à Créteil, dans le Val de Marne. Pendant que ses parents travaillent, il passe ses après-midi au cinéma et en attrape le virus. A vingt ans, il entre au cours Florent et, trois ans plus tard, il débute au théâtre. En 1989, il tourne dans « Un Monde sans pitié », d’Eric Rochant, qui sera son premier succès cinématographique, puisque sa prestation lui vaudra, entre autres récompenses cette année là, le César du meilleur espoir masculin. En 1991, toujours sous la houlette d’Eric Rochant, il joue dans « Aux Yeux du monde » et y rencontre sa future compagne et mère de ses trois enfants, Charlotte Gainsbourg.

Après plusieurs autres succès comme comédien de cinéma, il passe derrière la caméra. Court-métrage d’essai avec « I got a woman », puis, en 2001,  premier long, « Ma femme est une actrice », qu’il écrit, réalise et joue avec sa compagne, Charlotte.

Depuis, il n’a jamais cessé d’alterner le métier d’acteur (dont « Münich » de Steven Spielberg) et celui de réalisateur.

 « Ils sont partout », dont le thème est l’antisémitisme et les clichés qu’il véhicule, est le quatrième long métrage du cinéaste.

Le réalisateur-scénariste dit que le sujet lui trottait dans la tête depuis des années (quand Dieudonné a commencé à faire ses mauvaises blagues), qu’il a vraiment éprouvé le besoin de le traiter après  l’affaire Halimi en 2006, et ressenti l’urgence, après les attentats meurtriers commis par Mohamed Merah à Toulouse en 2012.

Commentaires

HENRY
Le 03 juin. 2016
à 18h46

COMPLETEMENT NUL
ON S ATTEND A UN FILM COMIQUE OU L ON VA RIRE §§PAS DU TOUT MARRANT PLUTOT EMMERDANT

Karocenial
Le 11 juin. 2016
à 11h12

Je partage l'avis de Culture-Tops.C'est un très bon film, avec des comédiens à la hauteur, de bons sketchs et d'autres excellents.

Partant de stéréotypes et préjugés largement répandus, il construit des situations où l'humour est la clé de désamorçage des tensions dramatiques par distanciation et décadrage, il n'est pas forcément générateur de rire aux éclats.

Par ailleurs, j'ai trouvé que la plupart des sketches pouvaient n'avoir aucun impact sur la destructions des stéréotypes et préjugés, et qu'au contraire, ils avaient de fortes chances de conforter l'opinion de chacun. J'espère toutefois qu'il a amené certains à plus d'acceptation et de tolérance à la différence. J'ai l'intime conviction qu'un groupe humain n'est riche que de sa diversité !

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