La Bête

Une histoire d’amour contrarié qui traverse les époques avec un culot époustouflant. Le plus beau rôle de Léa Seydoux
De
Bertrand Bonello
Avec
Léa Seydoux, George MacKay, Guslagie Malanda…
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Après Marguerite Duras, François Truffaut et Patric Chiha, Bertrand Bonello  adapte (très librement) La bête dans la jungle, la nouvelle d’Henry James. David Lynch n’est pas loin, Cronenberg non plus… 

Nous sommes en 2044, dans une époque régie par l’Intelligence Artificielle qui prescrit aux humains la suppression de leurs émotions, jugées génératrices de souffrances inutiles et mauvaises pour la rentabilité.… En vertu de ce précepte, la belle et solitaire Gabrielle Monnier (Léa Seydoux) doit, pour trouver du travail, purifier son ADN et se libérer de ses affects. Pour ce faire, elle est plongée dans un bain noir et visqueux, censé la débarrasser des souvenirs déstabilisants, non seulement de sa vie actuelle, mais de ses existences antérieures. En remontant le temps, Gabrielle se retrouve musicienne dans le Paris érudit de 1910, puis actrice fauchée dans le Los Angeles de 2014, puis, chômeuse, de nouveau à Paris, en 2044. Incroyablement, à chacune de ces époques, la jeune femme à la blondeur immuable se retrouvera confrontée au même homme, Louis (George MacKay) dont on comprend qu’il aura été l’amour unique, et pourtant malheureux, de ses vies successives …

Au cours du film, il y aura plusieurs allers et retours dans ces trois années clefs de 1910, 2014 et 2044. Malgré leur atmosphère et leur esthétique forcément très différentes, elles s’entrecroiseront  (le plus souvent) avec une belle fluidité, grâce notamment à la présence constante de Gabrielle, figure centrale du film. Une Gabrielle qu’on sentira, au cours du film, de plus en plus envahie par la peur d’aimer et le pressentiment qu’une catastrophe se prépare : l’avènement d’un monde sans sensations ni sentiments, bref, désincarné et sans amour ?

Points forts

  • La singularité de l’adaptation: dans La bête dans la jungle d’Henry James, c’est le personnage masculin qui pressent qu’un jour quelque chose de terrible (la Bête) va surgir dans sa vie. Parce qu’il désirait qu’une femme, et au delà, l’actrice qui allait l’incarner, soit au centre de son film, Bertrand Bonello a procédé à une inversion des personnages. Idée formidable qui permet à Léa Seydoux de nous offrir une performance sidérante.
  • Le culot du scénario. Bertrand Bonello dit que pour montrer le type de société vers lequel nous nous dirigeons, et nous rappeler celui qu’ont connu nos aïeuls proches,  il voulait travailler sur trois temporalités : le passé proche, le temps présent et un futur imaginable. Donner une cohérence à son film n’était pas gagné. La clef de sa réussite tient dans cette idée qu’il a eue de déployer une seule histoire d’amour sur les trois temporalités. Ce stratagème « scénaristique » permet au spectateur de s’engouffrer sans heurt ni rupture dans trois époques pourtant très différentes.
  •  La munificence permanente joue beaucoup dans la fascination qu’exerce ce film. Mais, ses fans le savent, elle fait partie de la signature  « Bonello », qui est un esthète.

Quelques réserves

Dommage qu’à quelques reprises, ce film, pourtant captivant, donne l’impression de virer à l’exercice de style et de tourner à vide.

Encore un mot...

Disons-le tout net : Bien qu’à cause de sa  densité et de sa construction même, qui mêle trois époques, La bête ne soit pas d’un accès facile, c’est incontestablement un film fascinant, par sa beauté et son inventivité visuelles, les interrogations qu’il soulève (notamment sur la place de l’humain dans la société de demain), et aussi par les prestations, au delà de tout éloge, de George MacKay et surtout de Léa Seydoux, qui prouve ici, une fois encore, qu’elle compte parmi les plus grandes comédiennes de cinéma de sa génération.

Une phrase

«Je ne voyais pas d’autre actrice que Léa Seydoux capable d’interpréter le personnage de Gabrielle sur trois époques. Elle a un côté intemporel et moderne. C’est rare. Sa beauté est très différente dans les trois périodes du film. Je la connais bien et depuis longtemps, mais quand la caméra la regarde, il est impossible de savoir ce qu’elle pense. Elle possède un mystère. Et puis, dans sa façon d’aborder le travail, elle n’a rien d’une actrice académique » ( Bertrand Bonello, cinéaste).

L'auteur

Musicien de formation (classique), Bertrand Bonello, né en 1968 à Nice, a alterné pendant longtemps, musique et cinéma. Mais depuis quelques années c’est au 7ème art (où il exerce, tour à tour ou en même temps, comme réalisateur, scénariste, acteur ou compositeur) qu’il semble désormais  consacrer l’essentiel de son temps.

Après un documentaire de création, Qui je suis, d’après Pier Paolo Pasolini sorti en 1996, il s’est lancé, en 1998, dans le long métrage de fiction, avec Quelque chose d’organique, qui est présenté au festival de Berlin. Vont suivre : en 2003, Le pornographe (avec Jean-Pierre Léaud), en 2003, Tiresia (sélectionné en compétition au Festival de Cannes); en 2008, De la guerre ; en 2011, L’Apollonide-Souvenirs de la maison close (8 nominations aux César) ; en 2014, Saint-Laurent (10 nominations aux César ; en 2016, Nocturama ; en 2019, Zombi child (sélection à la Quinzaine des réalisateurs) et Coma, en 2022 (récompensé du Prix FIPRESCI). 

La Bête est le dixième long métrage de ce réalisateur audacieux et singulier, qui compose la musique de ses films et continue parallèlement à réaliser des films courts ou musicaux.

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