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L’Abandon de Vincent Garenq - Avec Antoine Reinartz, Emmanuelle Bercot…
C’est un fait divers qui a bouleversé la France. Le 16 octobre 2020, le professeur d’Histoire-Géographie, Samuel Paty, est égorgé à la sortie de son collège de Conflans-Sainte-Honorine par un djihadiste tchéchène. Onze jours avant, ce père divorcé d’un petit garçon donnait un cours sur la liberté d’expression à ses élèves, et il illustrait son propos en leur montrant des caricatures de Mahomet parues dans le journal Charlie Hebdo. A la lumière des enquêtes et des procès qui ont suivi, L’Abandon retrace les onze jours qui ont précédé la mort tragique de ce professeur pris dans un engrenage dont il ne ne sembla pas soupçonner l’issue mortelle.
La plaie de cet assassinat n’est pas encore refermée (mais se refermera-t-elle un jour?) que le cinéma s’en empare. Et, pour une fois, quand il s’agit d’un sujet de ce genre, c’est tant mieux, car il faut le préciser d’emblée : les amateurs d’images à sensations et de propos sujets à polémiques peuvent passer leur chemin. S’inspirant du livre de Stéphane Simon, Les derniers jours de Samuel Paty, écrit avec la collaboration de Mickaëlle Paty, la sœur de l’enseignant, L’Abandon est un film d’une sobriété exemplaire qui décortique, avec une précision minutieuse, l’emploi du temps de Samuel Paty, les derniers jours avant sa mort. Signé du très subtil, très discret et très élégant, au sens figuré du terme, Vincent Garenq - le réalisateur, entre autres, de Présumé coupable sur l’affaire Outreau et de Au nom de ma fille sur celle du criminel sexuel Dieter Krombach -, ce long métrage sur l’un des faits divers les plus effroyables de ces dernières années est porté par un Antoine Reinartz d’une justesse, d’une humanité et d’un courage bouleversants dans son rôle d’enseignant bientôt martyrisé à mort, et par une Emmanuelle Bercot sensationnelle d’écoute dans son personnage de principale de collège. On sort sonné de ce film qui a en plus le cran de dénoncer la faillite de l’État dans cette affaire.
Recommandation : 4 coeurs
Dominique Poncet
La Vénus électrique de Pierre Salvadori - avec Pio Marmaï, Anaïs Demoustiers, Gilles Lellouche, Vimala Pons…
Dans le Paris des années 20, Antoine Balestro (Pio Marmaï), artiste-peintre en vogue, n’arrive plus à travailler depuis la mort de son épouse. Au grand dam et désespoir d’Armand, son galeriste (Gilles Lellouche). Un soir d’ivresse, Antoine ramène chez lui Suzanne (Anaïs Demoustiers), une femme culottée qui lui fait croire que, grâce à ses dons de médium, il va pouvoir entrer en contact avec sa femme disparue. S’il est éploré, Antoine est aussi crédule : dès sa première séance de spiritisme, il croit parler vraiment à son épouse. Suzanne, qui est en réalité une artiste foraine désargentée et affamée, va revenir le voir souvent évidemment, avec la complicité d’Armand. Mais le stratagème marche : petit à petit, Antoine va retrouver le goût des pinceaux. Les choses vont pourtant se compliquer quand Suzanne va tomber amoureuse de l’homme qu’elle manipule…
On comprend pourquoi le nouveau film de Pierre Salvadori a été choisi pour faire l’ouverture du plus grand festival de cinéma du monde, celui de Cannes. Il a tous les atouts pour séduire un public international : la légèreté, l’humour, la mélancolie, la fantaisie, la singularité et la tension qui le porte de sa première séquence à sa dernière. La Vénus électrique est une comédie virtuose, finement dialoguée et qui est portée par un casting haut de gamme, en tête duquel un trio d’acteurs choc : Pio Marmaï, irrésistible de naïveté et de désespoir non feint dans son personnage de peintre inconsolable, Anaïs Demoustiers impeccable de duplicité dans son rôle d’artiste de foire misérable prête à tout pour gagner de l’argent, et Gilles Lellouche plus que parfait dans son costume de marchand d’art aussi malin qu’hypocrite. Formidablement dépaysant et délassant.
Recommandation : 4 coeurs
Dominique Poncet
Elise sous emprise de et avec Marie Rémond - Et ausi José Garcia, Gustave Kervern, Yannick Choirat…
Élise (Marie Rémond) est une femme au bord de la crise de nerfs. Parachutée à la tête d’une troupe de théâtre suite à la mort d’un metteur en scène, Groutchov (Alain Françon), dont elle était l’assistante, elle se retrouve engluée dans une relation sans avenir avec un homme volage, Léopold (José Garcia). Frôlant doucement mais sûrement le burn-out, Élise sent qu’elle vacille et finit par perdre pied. Une épreuve qui lui permettra cependant de se débarrasser de ses emprises et de reprendre peu à peu le contrôle de sa vie…
Premier long-métrage de l’actrice et metteuse en scène Marie Rémond, Elise sous emprise est certainement ce que l’on pourrait appeler un ovni cinématographique. Bizarre, le film l’est à plus d’un titre. Mais dans le bon sens du terme. À la fois décalée et émouvante, cette jolie proposition cinématographique offre une réflexion intéressante sur la notion d’épuisement, qu’il soit professionnel ou personnel. À la fois devant et derrière la caméra, Marie Rémond fait des merveilles dans le rôle de cette femme confrontée à de multiples tempêtes émotionnelles. Il serait donc bien dommage de ne pas suivre cette Elise sous emprise !
Recommandation : 4 coeurs
Antoine Le Fur
Chao de Yasuhiro Aoki - Animation.
Un journaliste monte en douce sur un bateau pour rencontrer Stephan, un modeste ouvrier qui avait épousé, contre son gré, une princesse du royaume des sirènes. Son objectif ? Soutirer au dit Stephan des informations sur sa vie avec cette femme-poisson à l’allure imposante. Commence alors un récit en flash-back où l’on va se rendre compte qu’entre ce couple aux caractères, genre et mode de vie si différents, la cohabitation fut parfois chaotique, malgré la bonne volonté de la princesse qui aimait follement son mari, jusqu’à lui pardonner des coups de colère, ses effrois et ses tentatives de fuite.
Une animation très colorée, des décors somptueux (qui offrent une exploration riche et de la ville de Shangaï), un scénario bourré de poésie, de gags et de situations burlesques…, le réalisateur japonais Yasuhiro Aoki n’a pas raté son premier long métrage. Tout juste pourrait-on lui reprocher d’avoir cantonné sa sirène de princesse aux tâches ménagères après que son époux lui ait passé la bague à la…nageoire, une particularité qui, sur le plan narratif, donne quand même un petit un coup de vieux à son histoire ! Cette « faute de goût » n’a pas empêché Chao de rafler le Prix du Public (pourtant averti) au dernier festival d’Annecy. Une jolie découverte produite par le prestigieux Studio 4°C. Tous publics à partir de 12 ans.
Recommandation : 3 coeurs
Dominique Poncet
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