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La Promesse de l'Aube

Une promesse magnifiquement tenue !
De Eric Barbier
Avec Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Didier Bourdon, Jean-Pierre Daroussin

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Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 20 déc . 2017

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Thème

Adapté du roman autobiographique de Romain Gary, c’est l’histoire de l’amour fou d’une mère juive, Mina(Charlotte Gainsbourg), pour son fils  Romain (Pierre Niney), qui poussera ce dernier à se surpasser, jusqu’à  vivre mille vies (aviateur, journaliste, diplomate, etc…) et devenir  un écrivain parmi les meilleurs. La saga, qui va se dérouler sur plus de trente ans et dans plusieurs pays se déploie sur  trois parties.

Dans la première, y sont narrées les années difficiles que le petit Romain passe à Varsovie, auprès de sa mère, aussi étouffante que tourmentée et  qui tente de les faire vivre tous les deux en tenant une boutique de haute couture, d’abord florissante, puis « périclitante ».

La deuxième est consacrée aux années de l’exil en France, à Nice, où le jeune Romain essaie de s’affirmer auprès de sa mère envahissante, devenue gérante de pension de famille.

La dernière partie est celle de l’émancipation. Sous le prétexte de poursuivre des études, Romain s’arrache à sa mère, monte à Paris, s’initie à l’amour, se lance dans la carrière d’écrivain, et s’enrôle comme aviateur dans la deuxième guerre mondiale.

En deux heures et onze minutes passionnantes et intenses, ce film ambitieux et populaire (dans le meilleur sens du terme), nous aura emmené dans cinq pays et fait vivre des aventures tour à tour grandioses, spectaculaires, intimistes, cocasses et bouleversantes.

Points forts

Il a sans aucun doute fallu une bonne dose d’inconscience et un petit grain de folie à Eric Barbier pour oser s’attaquer à ce chef d’œuvre de la littérature qu’est La Promesse de l’Aube. Non seulement parce que, justement, c’est une œuvre majeure et donc, une de celles auxquelles les puristes n’aiment pas que l’on touche, mais aussi parce que, nous emmenant sur trois décennies dans plusieurs pays, elle est d’une ambition romanesque rare. Porter ce roman à l’écran sans le déprécier, impliquait qu’on en respecte la tenue stylistique, qu’on le restitue dans toute ses dimensions (intimiste, épique et passionnelle) et que, de sa première à sa dernière image, la version filmée  suscite la même émotion que le livre à chacune de ses pages.

Disons-le d’emblée, Eric Barbier a réussi son pari. Scénario, dialogues, photo, cadrages, son film est à la hauteur du roman.

Formellement, il est très beau et, que ce soit de la Pologne triste et enneigée des années 20 à la Côte d’Azur ensoleillée de l’Entre Deux-guerres, en passant par le sombre Londres des années 40… Tout y respire l’authenticité.

 Sous chacun de ses plans, on perçoit ce qui  a constitué la matière première du livre, à savoir l’amour passionné, unique, exclusif et tellement ambitieux d’une mère pour son fils. Même quand  Mina n’est pas physiquement à l’écran, on ressent sa présence.

Cette sensation est due au scénario, mais aussi, et surtout peut-être, à Charlotte Gainsbourg qui s’est emparée de Nina avec une puissance émotionnelle saisissante. Vieillie, affublée d’une perruque grisonnante, alourdie par de faux seins tombants, la comédienne, qui joue avec un léger accent polonais est bluffante. Elle « est » Mina, cette mère excessive, qui dévore son fils dans l’élan irrépressible de sa passion. A quarante-six ans, Charlotte Gainsbourg a trouvé là son plus beau rôle. Il serait inconcevable qu’elle ne soit pas nommée aux Césars.

Dans le personnage de son fils, celui de Romain Gary en route pour sa légende, Pierre Niney, tout en justesse et en subtilité, confirme qu’il est décidément l’un des meilleurs comédiens de sa génération.

A noter aussi la formidable prestation de Didier Bourdon, qui campe, assez génialement, un saltimbanque alcoolo. Celle aussi de Jean-Pierre Darroussin qui habite avec sa douceur et son humanisme habituels, Zaremba, le peintre  qui fut le timide amoureux de Mina.

Points faibles

Il est rare qu’un film de plus de deux heures tutoie, de bout en bout, le chef d’œuvre. Cette version Barbier de la Promesse de l’Aube se fait, ici, un peu trop mélodramatique, là, un peu trop emphatique. Mais c’est furtif, véniel, et ne déclasse pas ce très grand film.

En deux mots ...

Il est difficile de ne pas se laisser emporter par cette Promesse de l’Aube. Mélangeant drame intimiste, récit d’émancipation et épopée picaresque, cette fresque monumentale renoue, par son ampleur et son envergure, avec ces films épiques de la grande époque des Ouest-Est et autre Indochine de Régis Wargnier.

Il faut dire que ce film s’est donné les moyens de son ambition: un scénario très travaillé, des dialogues d’une haute volée, une distribution cinq étoiles et un budget suffisamment colossal qui a permis de n’escamoter aucune des séquences importantes du livre dont il est tiré.

On en sort, avec l’envie impérieuse de relire Romain Gary.

Un extrait

« Dans La Promesse de l’Aube, le vrai et le faux, le réel et l’imaginaire  se mélangent tout le temps. C’est un récit autobiographique où la mémoire est sublimée, les souvenirs reconstruits. Des épisodes du livre que j’imaginais faux se sont révélés exacts, et d’autres évènements très importants de sa jeunesse, découverts depuis l’ouverture des archives de Wilno en 2014 pour le centenaire de sa naissance, ne sont jamais mentionnés… Il (Gary) puise dans la matière réelle de son passé, mais il la transcende pour la rendre épique, extraordinaire ». (Eric Barbier, réalisateur).

Le réalisateur

Né à Aix-en Provence le 29 juin 1960, fasciné par le cinéma dès son plus jeune âge, Eric Barbier  intègre l’Idhec à l’âge de 19 ans, l’occasion pour lui de lier connaissance avec Eric Rochant ou Arnaud Desplechin; de réaliser, aussi, quelques courts métrages.

En 1985,  le tout jeune cinéaste se lance dans le pré-film du Brasier, une fresque historique monumentale sur l’univers des mineurs dans la France des années 30. Ce projet, pharaonique,  qui mettra six années à aboutir, se soldera par un échec commercial, en dépit de son couronnement par le Prix Jean Vigo 1991.

Eric Barbier va attendre 9 ans pour réaliser son deuxième long métrage. C’est Torero, qui est une plongée dans l’univers de la corrida. Sept ans après, c’est le Serpent, un thriller noir avec Clovis Cornillac et Yvan Attal, comédien qu’il retrouve en 2014 pour le Dernier Diamant,  qui, malgré ses qualités, ne pulvérisera pas non plus le box office.

Le cinéaste revient donc cette année avec La Promesse de l’Aube, tiré du livre de Gary, qui avait déjà inspiré en 1970 à Jules Dassin une adaptation cinématographique avec Mélina Mercouri et Assi Dayan.

Et aussi

1 - « WONDER » DE STEPHEN CHBOSKY.

 Né avec une grave malformation du visage, le petit  August (Jacob Tremblay, le héros de Room) a pris l’habitude de sortir caché sous un casque d’astronaute. L’année de ses dix ans, ses parents l’obligent à aller à l’école.  Le voilà contraint d’affronter le regard des autres… Après bien des obstacles et de nombreuses souffrances, et grâce au soutien sans faille de ses parents (Julia Roberts et Owen Wilson) et du corps enseignant, le petit garçon sortira  victorieux de cette épreuve : il réussira à se faire accepter et pourra vivre  au milieu des enfants de son âge…

Avec un scénario pareil (tiré du roman éponyme de R.J. Palacio, paru en 2013 et vendu à 5 millions d’exemplaires), on pouvait s’attendre à un mélo dégoulinant de bons sentiments. Même s’il nous arrache quelques larmes faciles, Wonder se regarde avant tout comme une belle leçon de vie et de tolérance. Le petit Jacob Tremblay est sensationnel. Quant à Julia Roberts, qui joue sa maman, elle est époustouflante de charme et d’humanité. Il y a longtemps qu’on n’avait pas vu Pretty Woman habiter un rôle aussi craquant avec autant d’aisance et de sincérité.  

RECOMMANDATION : EXCELLENT.

 

2 - « A GHOST STORY » DE DAVID LOWERY.

Après sa mort, un musicien (Casey Affleck) revient dans sa maison sous la forme d’un fantôme, pour observer sa femme (Rooney Mara). Sous un simple drap blanc percé de deux trous pour les yeux, et sans jamais que le mot « ridicule » ne vienne à l’esprit, il va la voir d’abord vivre  douloureusement son deuil, puis émerger lentement de son chagrin, puis refaire sa vie et enfin, déménager…

Il est impossible en quelques lignes de dire toute la poésie que dégage cette histoire de fantôme, bouleversante réflexion sur le deuil, la solitude, l’impossible consolation et le temps qui s’écoule.

Passées ses quinze premières minutes assez soporifiques, A Ghost Story est un film qui bouleverse par son propos et hypnotise par sa beauté formelle. Présenté au dernier Festival de Deauville, ce long métrage inclassable avait été très controversé, mais il en était reparti, tout de même, avec le Prix de la Critique et du Jury. Il faut dire qu’il est porté par Rooney Mara et Casey Affleck, le couple d’acteurs des Amants du Texas du même David Lowery.

RECOMMANDATION : EXCELLENT.

 

3- « TOUT LÀ-HAUT » DE SERGE HAZANAVICIUS.

Jeune surdoué du snowboard, Scott (Kev Adams) n’a qu’un rêve : être le premier. Il veut réaliser ce que personne n’a réussi avant lui : monter tout en haut de l’Everest et, malgré la dangerosité, en tenter la descente. En arrivant à Chamonix, la capitale de la glisse où il vient s’entrainer, il rencontre un ancien champion de ski reconverti en guide de haute montagne (Vincent Elbaz). Entre le Pygmalion et son élève, de défis en engueulades, ça va à la fois chauffer et… glisser !

Exclusivement pour les fans de  Kev Adams et les fondus du ski et/ou du snowboard…   

RECOMMANDATION : A LA RIGUEUR

 

4- « GARDE ALTERNÉE » D’ALEXANDRA LECLERE.

Les titres peuvent parfois tromper leur monde… Si vous pensiez trouver des bambins au centre de cette comédie, vous aurez tout faux… Car c’est un homme que deux femmes vont se partager.

 Mariée depuis quinze ans, mère de deux enfants et prof de violon de son métier, Sandrine (Valérie Bonneton) découvre que Jean, son mari (Didier Bourdon) la trompe. Ni une ni deux, elle rencontre sa rivale, une célibataire sexy, libraire de profession (Isabelle Carré) et lui propose de prendre Jean en garde alternée. Ce nouveau mode de vie va évidemment générer des situations cocasses et  conflictuelles. Comment reconquérir Jean, se demande l’une ? Comment le conserver, s’interroge l’autre? Tous les coups, même les plus bas, seront permis. Jean sera réduit à l’état d’un « punching ball » et en sortira sexuellement lessivé. On aurait aimé que cette Garde alternée débouche sur une comédie d’un franc comique. Mais le film s’embourbe dans des gags pas toujours subtils. A voir, si on est fan du jeu très décomplexé de l’excellent Didier Bourdon, amoureux de la sincérité de la délicieuse Isabelle Carré ou amusé par la puissance comique de  l’impayable Valérie Bonneton.

RECOMMANDATION : A LA RIGUEUR

 

5- « MENINA » DE CRISTINA PINHEIRO

Née en France de parents portugais, la petite Luisa, dix ans, se cherche une identité. Mais ce n’est pas facile, coincée qu’elle est entre une mère  à la fois psycho-rigide et viscéralement lusitanienne, et un père malade et alcoolique, qui a d’autres chats à fouetter que ceux de l’intégration… Située en 1979 dans le village méditerranéen de Port-Saint-Louis, cette chronique se terminera par la mort du père, qui, prématurément, fera entrer Luisa dans l’âge adulte. Son propos, visiblement très autobiographique et donc personnel, arrive pourtant à l’universel tant il remue cette problématique inhérente à tous les enfants immigrés ou déplacés, l’ancrage dans le pays ou la région  d’accueil. Si Ménina étire excessivement certaines séquences, il touche par sa sincérité et la beauté de ses plans. La petite Naomi Biton, qui joue Luisa, est prodigieuse. Elle mène le film de bout en bout. Elle happe le regard, fait tout passer.

RECOMMANDATION : BON

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