L’AMOUR C’EST MIEUX QUE LA VIE

La vie, l’amour, la mort, le diable et le Bon Dieu… Pour son cinquantième film, Lelouch nous propose un film bien dans sa manière : joyeux, mélancolique, mais un peu trop en roue libre…
De
CLAUDE LELOUCH
Avec
GÉRARD DARMON, SANDRINE BONNAIRE, BÉATRICE DALLE, ELSA ZYLBERSTEIN…
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Thème

Gérard (Gérard Darmon), Ary (Ary Abittan) et Philippe (Philippe Lellouche) se sont connus il y a vingt ans à leur sortie de prison et ils ont gambergé autour de cette question : et si l’honnêteté n’était pas la meilleure des combines… Depuis, malgré leurs différences d’âge, ils sont restés inséparables et n’ont jamais « replongé ». Mais Gérard, le plus âgé de la bande, apprend qu’il souffre d’un mal incurable. Comme il n’a jamais cessé de répéter que « l’amour, c’est mieux que la vie », Ary et Philippe décident de lui faire battre le coeur une dernière fois, et pour cela, imaginent de lui faire rencontrer une escort-girl (Sandrine Bonnaire) qui va jouer le jeu et mimer le coup de foudre. Une errance commence, où Gérard va croiser le diable, en l'occurrence sous les traits d’une diablesse (Béatrice Dalle), le Bon Dieu, et aussi, des personnages échappés des anciens films de… Lelouch.

Points forts

— Le tour de passe-passe que Claude Lelouch réalise avec son scénario. Au début, on se croit dans une comédie réaliste qui célèbre une amitié entre potes et puis, très vite, on bifurque vers une histoire plus nostalgique, comme on n’en rencontre que dans les rêves, où on peut revoir, ses copains disparus, revivre ses amours défuntes, s’interroger sur la signification du Bien et du Mal…

— Chaque plan du film dégage une sensualité et une énergie impressionnante. La mort est au bout du chemin du personnage principal, mais de la première à l’(avant) dernière image, c’est quand même la vie qui va sembler malgré tout l’emporter. 

— La prestation des comédiens. Tous, sans exception, donnent l’impression de n’avoir jamais été aussi bons, et aussi inventifs. Gérard Darmon, qui, comme dopé par ce qui est ici son premier rôle principal  au cinéma, est magnifique d’humanité à la fois bienveillante et désabusée. Sandrine Bonnaire, qui donne une profondeur inouïe à son personnage de call-girl. Et aussi Béatrice Dalle, totalement surprenante, grandissime,  dans son rôle de démon. 

Quelques réserves

— On sait que Lelouch adore regarder les comédiens jouer, et surtout ceux qu’ils considèrent comme faisant partie de sa famille. Mais le revers de la médaille est qu’au montage, il n’a pas toujours le cœur de couper leurs « impros ». Ici certaines séquences s’étirent, jusqu’à mettre en péril l’équilibre de son  film.  

— Après la mise en place du cadre de son scénario, L’amour c’est mieux que le vie part à « vau-l’eau », au petit bonheur des rencontres et des souvenirs de son héros. Même si cette dérive le rend sympathique, cela lui donne un côté « foutraque », et même, par moments, cousu de fil blanc.

Encore un mot...

Pourquoi changer une recette qui marche et a été à l’origine de votre marque de fabrique ? Pour son cinquantième film, Claude Lelouch reste fidèle à celle qu’il a mise au point et tant de fois éprouvée : une histoire où les sentiments ont une place majuscule, et qu’il fait jouer, en roue libre, par « sa bande » d’acteurs. Les uns détesteront, dénonçant un insupportable laisser-aller et une intrigue qui ne tient que par la conviction avec laquelle elle est tournée. Avec sans doute quelques réserves, les autres adoreront. Non seulement Lelouch prouve une fois de plus qu’il est notre dernier cinéaste romantique, mais il reste un modèle pour l’enthousiasme qu’il met à faire son métier de cinéaste. Quand, à 84 ans, un homme n’a rien perdu, ni de ses rêves d’adolescent, ni de son élan vital, ni de son sens de l’amitié,… oui, on peut en prendre de la graine. Et oui, pour cela, L’amour c’est mieux que la vie à la fois touche et donne envie de danser.

Une phrase

« J’ai fait ce film pour mes sept enfants et mes huit petits enfants, et pour leur laisser en vrac, comme ça, quelques certitudes qu’on peut avoir à un moment donné. J’en ai peu mais j’ai vraiment eu envie de leur dire très fort que l’amour c’est mieux que la vie, que l’amitié est une roue de secours formidable et que l’argent pouvait brouiller les cartes à tout moment » ( Claude Lelouch au Point du 13 janvier 2022).

L'auteur

La passion naît souvent du hasard… C’est en se cachant, enfant, dans les salles de cinéma pendant la guerre pour échapper à la Gestapo, que Claude Lelouch, né le 30 octobre 1937 à Paris d’un père juif confectionneur, tombe fou amoureux du cinéma. Cette histoire d’amour qui débuta en 1942, ne s’est plus jamais interrompue.

A la suite de son échec au baccalauréat, son père offre à Claude une caméra pour qu’il puisse gagner sa vie comme reporter. Le jeune homme débute donc sa carrière en tournant des reportages. En 1957, il part en URSS pour y filmer clandestinement la vie quotidienne. L’argent que lui rapporte ce reportage lui permet de créer sa maison de production, Les Films 13, treize comme les treize lettres de son nom, Claude Lelouch. Son premier film, Le propre de l’homme est un désastre, et pourtant, il n’arrêtera plus de tourner…

Aujourd’hui, en un peu plus de soixante ans de carrière, et mis à part ses documentaires et reportages, le cinéaste a cinquante films pile à son actif, dont Un homme et une femme qui lui valut de décrocher la Palme d’Or à Cannes en 1966, Le Chat et la souris grâce auquel il décrocha en 1975 le Grand Prix de l’Académie française, Itinéraire d’un enfant gâté à l’issue duquel Jean-Paul Belmondo décrocha le César du meilleur acteur, et Roman de gare, qui se retrouva en sélection officielle au Festival de Cannes 2007.

L’amour c’est mieux que la vie — qui a failli s’intituler Oui et non — devrait être le premier volet d’une trilogie dont on annonce le second d’ici à quelques mois.

Et aussi

 

-  TENDRE ET SAIGNANT  de CHRISTOPHER THOMPSON - Avec GÉRALDINE PAILHAS, ARNAUD DUCRET…

A la mort de son père, Charly Fleury, rédactrice en chef d’un magazine de mode (Géraldine Pailhas), hérite de la boucherie familiale. Elle veut la fermer. C’est sans compter sur l’entêtement de son  meilleur employé, Martial Toussaint (Arnaud Ducret), un artisan dont le charme, le charisme, la sincérité et aussi sa passion du métier vont la faire changer d’avis…

Des films qui s’ancrent dans le monde de la boucherie, on n‘en a connu qu' un seul récemment ), Barbaque, mais des comédies romantiques qui se déroulent dans le cadre de ce même monde, il n’en existait pas. C’est qu’il faut un sacré culot pour imaginer une histoire d’amour sensible et tendre dans un milieu réputé pour être traditionnellement rude et masculin. Du culot, et aussi, du talent, si l’on veut qu’ensuite, l’histoire tienne debout ! Ces deux atouts, Christopher Thompson (Bus Palladium) les possèdent, indéniablement. Fort de son expérience de scénariste — il a co-écrit Le Code a changé, Fauteuils dorchestre et la Bûche, les plus gros succès de sa mère, Danièle Thompson —, il a tricoté, de sa plume précise et délicate, une histoire d’amour entre deux personnes qui n’avaient  pratiquement aucune chance, ni de se rencontrer, ni, encore moins, de s’aimer. Cela, en parvenant à faire partager et comprendre la passion que l’une et l’autre éprouvent pour leurs métiers respectifs, la boucherie et la mode ( au passage, on en apprend de belles sur le fonctionnement de cette industrie du paraître !)

Petit bijou de comédie, Tendre et saignant est la plus jolie surprise cinématographique française de ce début d’année. On le regarde avec d’autant plus de gourmandise qu’il est porté par un duo d’acteurs irrésistibles, Géraldine Pailhas et Arnaud Ducret. En chef cuisinier, Stéphane De Groodt n’est pas mal non plus ! Craquant.

Recommandation : 4 coeurs

 

- LES LEÇONS PERSANES  de VADIM PERELMAN — Avec NAHUEL PEREZ BISCAYART, LARS EIDINGER, JONAS NAY…

1942. Pour échapper à la mort par fusillade, Gilles, un jeune déporté belge affirme à ses geôliers allemands qu’il y a eu erreur sur sa personne, qu’il n’est pas juif, mais persan. Ce mensonge va le sauver momentanément, car l’un des chefs du camp souhaite, justement, apprendre le farsi pour rejoindre, après la guerre, son frère parti vivre à Téhéran. Au risque de se faire prendre, Gilles, qui ne connait pas un mot de cette langue, va devoir, chaque nuit, fabriquer le vocabulaire d’un farsi imaginaire pour l’enseigner, le lendemain à un capitaine nazi qui l’abattrait sans état d’âme s’il découvrait la supercherie. Mais la relation particulière qui va se créer entre ce haut-gradé SS et son prisonnier va finir par éveiller des  jalousies et des soupçons…

 Peu importe que ce nouveau film sur l’histoire de la Shoah soit inspiré, ou non d’une histoire vraie, peu importe aussi le classicisme de sa forme, ce qui compte, c’est la solidité de son assise historique, l’émotion qui s’en dégage, et la tension qu’engendre son scénario.

La force dénonciatrice qui s’en dégage vient aussi de l’interprétation des deux acteurs principaux. Dans le personnage de Gilles, Nahuel Pérez Biscayart (120 battements par minutes, Au-Revoir là-haut) est impressionnant de fragilité et de désespoir. Lars Eidinger (Maryline, High Life, Dumbo) incarne avec une remarquable subtilité un dignitaire nazi tour à tour terrifiant et bienveillant. Signé du réalisateur ukraino-américain Vadim Perelman (La vie devant ses yeux), ce drame de 2h07 d’une belle densité, avait eu les honneurs d’une projection à la Berlinale de 2020

Recommandation : 4 coeurs

 

- THE CHEF de PHILIP BARANTINI — Avec STEPHEN GRAHAM, VINETTE ROBINSON, JASON FLEMYNG…

Un soir de « Magic Friday » (en Angleterre, le vendredi avant Noël), à Londres, la soirée la plus fêtée de l’année. Dans un restaurant gastronomique, côté cuisine, le personnel est en ébullition. On est à quelques minutes du coup de feu et les problèmes s’accumulent autour du chef étoilé Andy Jones (le magnétique Stephen Graham) et de sa brigade. Parallèlement, dans l’exact même temps, en salle, la clientèle piaffe, s’impatiente, exige. On sent qu’en une seconde, tout peut basculer et dégénérer.

Parce qu’il voulait faire comprendre le stress monstrueux qu’encaissent les équipes des restaurants étoilés, Philip Barantini s’est lancé le défi de mettre en scène les employés de la cuisine d’un grand restaurant un soir de grosse fréquentation, en se concentrant sur la figure d’un Chef en proie à des addictions (alcool et cocaïne). Pour se mettre lui-même sous pression et rendre la tension plus palpable, le cinéaste a voulu réaliser un film immersif, en un seul plan séquence. Le pari est réussi. S’inspirant de Birdman, The chef est un film social qui dégage une incroyable force dramatique. Techniquement, il est époustouflant et côté interprétation, incroyable. Intéressant comme un documentaire, palpitant comme un thriller c’est du cinéma vérité sans chiqué. Une performance !  

Recommandation : 4 coeurs

 

- LOS LOBOS de SAMUEL KISHI LEOPO — AVEC MARTH LERAN REYES, MAXIMILIANO NAJAR MARQUEZ…

Max, 8 ans et son petit frère Léo, 5 ans quittent le Mexique pour les Etats-Unis avec leur mère, à la recherche d’une vie meilleure. En attendant que cette dernière rentre le soir de son travail, les deux petits garçons, cloîtrés dans leur  nouvel appartement, apprennent à passer le temps en observant leur nouveau quartier par la fenêtre et surtout, en apprenant l’anglais sur des cassettes. La condition imposée par leur mère s’ils veulent réaliser leur rêve : aller un jour à Disneyland…

Pour son deuxième long métrage, le réalisateur Samuel Kishi Leopo s’est inspiré de sa propre histoire d’enfant transplanté par sa mère de son Mexique natal à Santa California aux Etats Unis. Ce qu’il y a de formidablement touchant dans son film c’est qu’en faisant appel à ses souvenirs les plus intimes et aussi à ceux d’une partie de sa famille partie s’installer, elle-aussi, aux Etats-Unis, il a réussi à raconter l’immigration à hauteur d’enfant, sans tomber dans la sensiblerie. Sincère, d’une narration poignante mais sans misérabilisme, Los Lobos suscite empathie, émotion et tendresse.Une vraie réussite !

Recommandation : 4 coeurs

 

-  LYNX  de LAURENT GESTIN- DOCUMENTAIRE.

Au coeur du massif jurassien, un appel étrange troue le silence de la forêt à la fin de l’hiver. Se faufilant parmi les hêtres et les sapins, un lynx boréal appelle sa femelle. Bientôt appairé, ce nouveau couple de félins d’une espèce parmi les plus menacés d’Europe, donnera bientôt des chatons et les élèvera, sous le regard d’autres habitants de la forêt, dont des chamois, des aigles, des renards, des pèlerins et des hermines…

Comment ne pas être captivé par ce film animalier qui nous fait découvrir le rôle essentiel que l’un des plus discrets prédateurs (parce que l’un des plus pourchassés) joue dans nos forêts. En plus, ses images sont magnifiques et son commentaire, écrit à la première personne par son réalisateur, est passionnant. Car on en apprend beaucoup sur la façon de vivre de ce félin, le plus grand d’Europe, sur son rôle aussi. Saviez-vous que depuis sa réinsertion dans les forêts françaises, il contribue de façon importante à leur retour vers l’équilibre? Pédagogique et captivant .

Recommandation : 3 coeurs 

Commentaires

Coco
mar 01/02/2022 - 19:30

Quelle idée (mauvaise)de parler du Covid et de voir les acteurs avec les masques ! Je n’ai pas aimé ce film 😩traitant de la mort 😡

Trebuchet
ven 11/02/2022 - 12:10

Film incroyablement raté.des longueurs....et Encore des longueurs..des gros plans et encore des gros plans.un Jésus et le diable ridicules.. heureuse il y a Darmon pour sauver le film...

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