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L’Apparition

Que vous soyez croyant ou pas: passionnant
De Paul Giannoli
Avec Vincent Lindon et Galatea Bellugi

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Publié le 14 fév . 2018

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

A peine rentré d’une mission qui s’est soldée par la mort de son meilleur ami photographe, Jacques (Vincent Lindon), grand reporter pour un quotidien régional français, reçoit un mystérieux coup de fil du Vatican. Son correspondant lui demande de participer à une enquête pour faire la lumière sur un phénomène d’apparition. Dans une petite ville du Sud Ouest de la France, Anna, une jeune fille de 18 ans (Galatea Bellugi) prétend avoir vu la Vierge à plusieurs reprises. L’affaire a pris une telle ampleur que des milliers de pèlerins viennent désormais se recueillir sur le lieu des apparitions présumées.

Jacques, qui est non croyant et, par principe, professionnel, sceptique, accepte d’investiguer.

Le film est le récit, passionnant, de son enquête. On le verra buter sur l’impossibilité d’apporter des preuves tangibles, matérielles à une apparition, qui, vraie ou pas, révèle surtout la force ou les mirages de la  foi. On verra aussi ce journaliste athée, un moment taraudé par l’envie ou le besoin de croire, se heurter au doute, se cogner à son besoin de réel.

Points forts

Il fallait être « sacrément » gonflé  (si j'ose dire) pour écrire un scénario sur les mystères de la foi. 

Xavier Giannoli explique qu’en général, ses films naissent de la lecture de journaux : il tombe sur un fait divers, et le scénariste qu’il est, en imagine une suite romanesque. Cela avait été le cas, notamment, pour A l’Origine  (avec François Cluzet). Ça l’a été aussi pour l’Apparition.

C’est la lecture d’un article sur les mystérieuses « enquêtes canoniques », explique le réalisateur,  qui, un jour,  déclenche chez lui  le désir de savoir où il en est par rapport à  la foi et à la question religieuse. Il approfondit  donc ses recherches, non pas, affirme-t-il comme un théologien ou un philosophe, mais « comme un cinéaste habité par un désir de vérité humaine ». Petit à petit, il  va en tirer un  scénario, qui va donner lieu à ce film.

Si ce dernier captive  autant c’est que son auteur a su lui donner des allures de polar. Un polar d’autant plus fascinant qu’on y suit à la fois l’enquête très réaliste,  très concrète de Jacques, son héros, mais aussi en parallèle, le questionnement intérieur de cet homme, troublé par l’ascendant que peut prendre la foi chez certains, jusqu’à  provoquer, ou pas d’ailleurs (la question des hallucinations et de la supercherie  restant posée), des phénomènes d’apparition.

Xavier Giannoli dit qu’il a écrit le rôle de Jacques pour Vincent Lindon, avec qui il voulait travailler depuis longtemps. Quand on voit la façon dont ce dernier s’est emparé de ce personnage, on se dit que personne d’autre  n’aurait pu l’habiter aussi magnifiquement. Le comédien a la carrure et la force tranquille du reporter dont on imagine qu’il est allé barouder sur tous les coins chauds du globe et en même temps, il donne à ressentir cette fragilité intériorisée des gens qui sont à la fois dans le doute et la spiritualité. Sa prestation est splendide…

Face à lui, Galatea Bellugi compose une lumineuse Anna. A la fois vulnérable et insaisissable, la jeune comédienne mi-italienne mi-danoise est une révélation. On va la revoir bientôt dans le film autobiographique d’Eva Ionesco, Une jeunesse dorée, où elle interprète la réalisatrice durant les années 70.

Points faibles

Je ne vois pas de point faible dans ce film. Simplement, il faut être conscient que le thème même du film (le mystère de la foi et le questionnement qu’il induit) pourra ne pas intéresser certains spectateurs. Ce qui sera sans doute un frein à sa diffusion.

En deux mots ...

Comment et pourquoi certains en arrivent à croire au surnaturel? Comment et sur quoi se crée l’illusion, s'il y a illusion? Décidément Xavier Giannoli ne cesse de s’interroger sur les faux semblants et sur les impostures. Après A l’Origine, où un escroc arrivait à se faire passer pour un chef d’entreprise méritant, après Superstar où,  inexplicablement et malgré lui,  un homme banal était élevé au rang d’idole, après Marguerite où une femme fortunée essayait de (se) donner l’illusion d’être une grande cantatrice, voici l’Apparition où l’on voit un homme intègre s’échiner à essayer de démonter ce qu’il pense être une supercherie d’ordre religieux, tout en étant troublé par certains aspects du phénomène.

Ce qui passionne dans le cinéma de Giannoli, ce sont les questions qu’il pose  dans chacun de ses scénarios, et la manière dont, ensuite il cherche des réponses. Il n’en apporte pas toujours. Mais cela donne à ses films une tension singulière, un humanisme bienveillant, une émotion particulière. Les films de ce réalisateur sont, décidément, incomparables. 

Un extrait

« J’ai écrit ce rôle pour Vincent Lindon avec qui je voulais travailler depuis longtemps. On se connaissait bien et je voulais filmer de lui quelque chose d’inédit. Cela a été tout un travail de lui faire accepter de filmer son regard ou plutôt de laisser assez de temps à son regard pour révéler une intériorité  plus secrète… Comme tous les grands acteurs, Vincent est d’abord un corps, une force de vie qui touche les objets et interroge la présence physique des gens en face de lui et des décors qu’il traverse » ( Xavier Giannoli, réalisateur).

Le réalisateur

Né le 7 mars 1972, Xavier Giannoli  aurait pu, comme son père, Paul, se lancer  dans le journalisme, ou, comme son grand-père, Roger Frey, s’essayer à la politique ou encore embrasser une carrière dans la musique, à l’instar du chanteur  Christophe, le voisin du dessous de l’appartement de ses parents.

Contre toute attente, c’est le cinéma qu’il va choisir, à l’âge de 8 ans, après avoir vu Raging Bull de Martin Scorsese.

Comme beaucoup, il débute par le court métrage. Il n’a pas 21 ans quand il réalise en 1993, Le Condamné. Suivront, Terre Sainte, J’aime beaucoup ce que vous faites, Dialogue au sommet, et surtout en 1998, l’Interview, pour lequel il obtient à Cannes, la Palme d’or du court métrage, puis à Paris, le César de la même catégorie.

En 2003, il se lance dans le long. C’est Les Corps Impatients, inspiré du roman éponyme de Christian de Montella, qui connaît un joli succès critique. Trois ans plus tard, son Quand j’étais chanteur, avec Gérard Depardieu et Cécile de France, est présenté à Cannes. Les projections  se soldent par un triomphe.

Depuis, les cinéphiles guettent les films de ce réalisateur-scénariste qui, pour avoir les mains libres, s’est fait aussi producteur.

Après A l’Origine, en 2008, avec François Cluzet, Superstar, en 2012, avec Kad Merad, et Marguerite, en 2016, avec Catherine Frot ( onze nominations aux Césars et quatre prix ),voici L’Apparition, un film bien dans sa manière, à la fois audacieux, romanesque et concret.

Et aussi

Phantom Thread de Paul Thomas Anderson.

 Dans le Londres des années 50, le couturier Reynolds Woodcock  (Daniel Day-Lewis) est la coqueluche des dames de la Haute Société. Personne d’autre que lui ne confectionne avec autant de goût, de minutie et de raffinement des robes d’une telle perfection. Mais cette passion obsessionnelle, exclusive pour les étoffes et  la couture, a fait de lui un maniaque, un névrosé, que personne, sous peine d’essuyer ses foudres, n’ose contrarier. Un jour, ce tyran ombrageux va  rencontrer une jeune femme (Vicky Krieps) qui  va  oser lui tenir tête. Serveuse dans un bar,  elle est à mille lieues de lui, de sa classe sociale et de son univers; elle va pourtant  devenir son égérie. Entre cet homme claquemuré dans ses manies et cette femme  passionnée mais rebelle à tout enfermement, va s’installer une relation névrotique, cruelle, perverse. Ils vont se tuer, ils vont se faire du bien, ils vont  devenir inséparables…

Dix ans après There Will Be Blood, le génial Daniel Day-Lewis retrouve le non moins génial  réalisateur qu’est Paul Thomas Anderson. Evidemment , ces retrouvailles donnent lieu à un film cinq étoiles.  Il est beau, sublimement construit, maitrisé de bout en bout et joué, évidemment, par un Daniel Day-Lewis éblouissant d’intériorité et de précision .La comédienne luxembourgeoise Vicky Krieps  qui interprète Anna est renversante elle aussi.

 Seul comédien au monde  à avoir remporté trois Oscars, Daniel Day-Lewis a fait savoir qu’il abandonnait le cinéma. Une raison de plus pour aller le voir dans ce rôle qui pourrait bien lui valoir une quatrième statuette hollywoodienne.

RECOMMANDATION: EN PRIORITE

 

Le retour du héros de Laurent Tirard.

 Parce qu’on n’en avait plus vu depuis Ridicule, de Patrice Leconte, on croyait la comédie d’aventures en costumes passée aux oubliettes du grand écran. La voici qui réapparait grâce à  Laurent Tirard, un réalisateur  à qui ce genre manquait… Le retour du héros nous raconte le retour à la vie civile  du Capitaine Neuville, un hussard de Napoléon. Beau, drôle, fringant cavalier, racontant ses exploits guerriers avec un bagou fou, il met tout le monde à ses pieds. Sauf, qu’en réalité, ce séducteur est un arnaqueur de première, un pleutre qui n’a jamais risqué un seul des sabots de sa monture sur un champ de bataille. Une femme va s’en rendre compte… Le vaudeville est en marche… et avec lui, la comédie…

Le début est un peu laborieux, la facture très classique, mais l’espièglerie et la drôlerie des dialogues font oublier assez vite ces défauts. Portée par une  Mélanie Laurent irrésistiblement drôle et un Jean Dujardin excellentissime dans son rôle de bravache charmeur et rigolard, cette comédie rappelle la grande époque des films de Jean-Paul Rappeneau et Philippe de Broca.

RECOMMANDATION: EXCELLENT

 

Belle et Sébastien 3, le dernier chapitre de Clovis Cornillac.

Deux ans ont passé depuis le précédent opus. Sébastien (Félix Bossuet) est devenu un tendre et intrépide pré-ado; Belle est désormais la maman de trois adorables chiots. Pierre, le papa de Sébastien (Thierry Neuvic) rêve de partir au Canada  avec  sa future épouse, Angélina ( Margaux Chatelier) . Mais Sébastien renâcle à quitter sa Belle, son grand-père adoptif (Tchéky Karyo) et sa montagne tant aimée.

 Avant le grand départ, une ultime aventure l’attend: un jour, ressurgit  l’ancien maitre de  Belle, l’affreux et très méchant Joseph (Clovis Cornillac). Ce truand veut récupérer sa chienne et, bien sûr, pour leur valeur marchande, les trois chiots de celle-ci…

Disons le sans détour, ce troisième opus de Belle et Sébastien est de loin le meilleur. Son scénario est béton  (rien n’est tiré par les cheveux du sentimentalisme) et il a des allures de western spaghetti. Rythme, images, bande-son, Clovis Cornillac, revisite ce genre avec un humour fou et une âme d’enfant. Dans son film, les guimbardes remplacent les chevaux; la neige, les paysages brûlés du Far West mais l’esprit est le même. On a la trouille, on rit, on pleure, il y a des poursuites, des accélérations et puis des ralentis. Il y a aussi des plans serrés sur des visages qui expriment la peur, la gentillesse ou la méchanceté, et des plans larges qui balayent des paysages d’une somptueuse beauté. Car la nature est là, personnage à part entière de ce film qui la célèbre magnifiquement, en même temps qu’il est un hommage à l’amitié, à l’amour, à la générosité, et à l’innocence de l’enfance.

RECOMMANDATION: EXCELLENT

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