Cinéma/Séries TV

L'Avenir

Une chronique familiale un peu froide, mais touchante et juste
De Mia Hansen-Love
Avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka, Sarah Le Picard, Solal Forte et la participation de Edith Scob.

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Lu / Vu par

Gilles Tourman
Publié le 09 avr . 2016

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Mia Hansen-Love a puisé dans ses souvenirs et ça se sent. La délicatesse, l’intelligence et la douceur avec lesquelles elle montre Nathalie, aussi généreuse à transmettre son métier que raide à vivre ses sentiments, est quasi entomologique.

Isabelle Huppert, la plus populaire de nos actrices intello, est, avec son jeu en tout point exact, à l’unisson de l’ensemble.

Sur un rythme qui ne faiblit pas, sans jamais user d’artifices de montage, la réalisatrice égrène, à partir de situations quotidiennes, sans être ni pesante ni didactique, les penseurs qui structurent son récit, abordant rien moins que les thèmes Ville et Nature (magnifiquement filmées), Action et Réflexion, Désir et Liberté, Engagement et Transmission… tout en adaptant parfaitement ces idées philosophiques au comportement de ses héros.

A son habitude, elle enchaîne les saisons et le temps qui passe de façon fluide faisant de ce dernier un authentique élément de la narration.

A aucun moment, la réalisatrice ne sombre dans la facilité, pas même en créant une liaison entre Nathalie et son ex-étudiant Fabien qu’on attend mais qui aurait été en totale contradiction avec son personnage central.

Du coup, si la scène où Nathalie se fait draguer semble incongrue dans un premier temps, elle permet en réalité de comprendre que, même troublée, le monde de la chair lui échappera toujours. Ce que conforte, en écho, sa relation avec la chatte Pandora qu’elle finira par caresser et surveiller avant de s’en débarrasser sans plus d’émoi.

La scène finale avec le bébé, auquel elle chante A la claire fontaine tandis que ses enfants dînent dans le salon, laisse une espérance à ”l’Avenir“.

Points forts

Certains regretteront à juste titre une forme de froideur, de distanciation. Personnellement, je les justifie en partant du fait que l’histoire est vue à travers Nathalie et se retrouve dès lors tout à fait en cohérence avec son caractère, comme expliqué ci-dessous.

En deux mots ...

Inspirée par l’histoire des parents de Mia et de leur divorce, le film expose (entre autre) la difficulté pour Nathalie à aimer au sens d’exprimer, vivre, ressentir, de façon incarnée, ses sentiments. Elle aime par devoir. Que ce soit pour s’occuper de sa mère, garder la chatte Pandora, exercer son métier, gérer son divorce, élever ses enfants. Les amateurs de caractérologie reconnaîtront aisément cette dichotomie opposant la pensée au sentiment analysée par Gaston Berger qui confrontait de la même façon l’intuition et la sensation. Ce n’est qu’une indication, mais chacun pourra la mettre à profit en se reportant à son ouvrage “Traité pratique d’analyse du caractère” (PUF) aussi facile que passionnant à lire et éclairant, y compris pour soi-même. Pour autant, ce film n’est pas plus un condensé de psychanalyse que de philosophie, mais bel et bien une chronique familiale touchante et très juste, du début à la fin.

Une phrase

“Si tu savais combien ça me coûte, en plus”. Nathalie à son fils, parlant de sa mère qu’elle vient de “placer”. 

Le réalisateur

Accumulant les nominations et sélections dans les plus grands festivals ainsi que les prix depuis son premier long-métrage (Tout est pardonné – 2007), Mia Hansen- Løve, née en 1981, est la  fille de Laurence et Ole Hansen Løve, tous deux professeurs de philosophie. Encore lycéenne, elle obtient un premier rôle au cinéma en 1998 dans Fin août début septembre d’Olivier Assayas. En 2001, elle entre au Conservatoire d'Art Dramatique (Paris X) qu'elle quitte en 2003. Elle enchaîne comme critique aux Cahiers du cinéma jusqu’en 2005. Elle réalise parallèlement plusieurs courts-métrages. En 2007, donc, elle sort son premier long avec lequel elle obtient le prix Louis Delluc. En 2010, elle reçoit le prix Lumières pour Le père de mes enfants et l’Ours d’argent de la meilleure réalisatrice à la Berlinale 2016 pour L’Avenir, son cinquième film.

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