Le jour de mon retour

Décidément, la mer aime beaucoup le cinéma...
De
James Marsh
Avec
Rachel Weisz & Colin Firth
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Le jour de mon retour est inspiré d’une histoire vraie qui avait fait grand bruit dans les années 60.

En 1968,  Donald Crowhurst, un homme d’affaires britannique au bord de la faillite (Colin Firth), décide, pour se renflouer financièrement, de participer à la Golden Globe, une course autour du monde à la voile, en solitaire et sans escale. A la clef, un prix de 5000 livres, s’il fait le meilleur temps en ayant passé les trois grands caps, Bonne Espérance, Leeuwin et Horn. 

Soutenu par sa femme (Rachel Weisz) et ses enfants, il s’embarque à bord d’un trimaran qu’il a construit lui même. Il n’a aucune expérience de la mer, seulement une grande foi en lui même et en sa chance. Mais l’Océan  fait rarement de cadeau aux amateurs et aux idéalistes.

Mal préparé,  le navigateur va rencontrer de graves difficultés, qui vont l’amener à mentir aux organisateurs de la  course. Son sens de l’honneur n’y résistera pas…

Points forts

- La force de cette histoire. Comment résister à ce biopic qui raconte comment un homme, par amour pour sa famille et pour la sauver de la ruine, va être poussé à entreprendre une folle équipée à l’issue, il le sait, incertaine? Il y a quelque chose de fou et de désespéré dans cette épopée maritime.

- James Marsh est un réalisateur de documentaires. Il a donc construit son scénario après un épluchage des carnets de bord de son héros, une lecture  minutieuse des lettres que ce dernier adressait à sa femme et aussi, l’écoute attentive des enregistrements de ses  liaisons radios pendant son tour du monde. Même si c’est une fiction, son film sonne vrai.

- Il fait le portrait d’un homme attachant, amoureux, aventurier, idéaliste, et pour tout dire, romantique. « Ce film parle d’un rêveur qui se retrouve piégé par un pieux mensonge », dit l’actrice Rachel Weisz. Donald Crowhurst avait tout pour devenir un héros comme le cinéma les aime, à la fois faillible et brave.

- Demander à Colin Firth,  l’un des plus grands comédiens de sa génération, d’incarner ce héros, était le meilleur des choix . L’acteur  britannique est encore une fois fascinant. De charme, d’élégance, de mystère, de détermination, et de retenue.

- La photo est magnifique. Au risque de paraître cocardier, je signale qu’elle est signée du chef opérateur français Eric Gautier, qui a éclairé une soixantaine de films, dont, excusez du peu, Intimité de Patrice Chéreau, Into the wild de Sean Penn et Carnets de voyage de Walter Salles.

Quelques réserves

 Dommage que ce film si bien scénarisé, dialogué, joué et éclairé, souffre d’une facture un peu trop classique, un peu trop linéaire.

Encore un mot...

 En 1982, il y avait eu Les Quarantièmes rugissants de Christian de Challonge, en 2013, All is lost de J.C.Chandor, en 2015, En solitaire de Christophe Offenstein… L’océan, ses déchainements, le mystère de ses mouvements, sa beauté, la  puissance de sa fascination sur les hommes, les aventures et les interrogations qu’il suscite, ne cessent d’interpeller les cinéastes et de leur inspirer des œuvres fortes. Au centre de ces épopées maritimes, il y a toujours des hommes, bien sûr… Mais au bout du compte, on finit toujours par s’apercevoir, que, comme le dit la chanson, « c’est la mer qui prend l’homme ». Le jour de mon retour le rappelle une fois encore. Et cela rend ce film bouleversant, au delà de la force « chavirante » de son scénario et de ses images.

Une phrase

« Pour moi, une histoire vraie, c’est toujours un plus. Ça donne des fondements solides : il faut comprendre l’histoire de ces gens qui ont fait des choix. Ce sont des vrais choix et on doit en tenir compte, et il y a une force de conviction qui ne se transmet pas de la même façon lorsque ce sont des histoires fictives. Dans une histoire vraie, on cherche toujours des rebondissements qui permettent de mieux comprendre la psychologie humaine. » (James Marsh, réalisateur).

L'auteur

Né le 30 avril 1963 à  Truro dans les Cornouailles, James Marsh est un réalisateur à la fois de documentaires et de fictions.

Après avoir d’abord signé plusieurs documentaires dans les années 90 (dont The Animator of Prague ), il s’est lancé dans la fiction en 2005 avec The King, et ne cessera plus, ensuite,  d’alterner les deux genres, avec un égal bonheur. En 2008, le Funambule, qui dressait le portrait du fil-de-fériste Philippe Petit lui a valu une trentaine de prix prestigieux dont l’Oscar et le Bafta Award. En 2011, il rafla le prix du meilleur réalisateur avec Le Projet Nim. En 2015, sa Merveilleuse histoire du temps valut à Eddie Redmayne, qui interprétait Stephen Hawking, l’Oscar, le Golden Globe et le Bafta award.

Le jour de mon retour est le sixième long métrage de fiction de ce réalisateur britannique de 54 ans.

Et aussi

« The disaster artist »de James Franco avec James Franco, Dave Franco, Seth Rogen.

Tout commence en 2003. Surgi d’on ne sait où, un olibrius  à la fois mégalomane, narcissique, tyrannique et qui se fait appeler Tommy Wiseau  (est-ce son vrai nom ?) s’avise de tourner un film dont il va être l’auteur, le producteur, le réalisateur, le financier (6 millions de dollars !) et l’interprète principal… Ce film, que cet original à l’accent indéfinissable, intitule « The room » et qui raconte une pauvre et délirante histoire de coucherie (la fiancée du héros couche avec le meilleur ami de celui-ci!), va s’avérer être… le « Citizen Kane » des nanars. Jusqu’à en devenir culte et être projeté, un peu partout dans le monde, sous les éclats de rire, dans des séances de minuit…

C’est de l’épopée de ce film, désopilante et grandiose, qu’il s’agit dans ce Disaster Artist.  Adapté du livre éponyme écrit par Greg Sestéro ( le meilleur ami de Wiseau dans la vie et dans son film), il est signé James Franco. Côté interprétation, le réalisateur s’est réservé la part du lion, puisqu’il interprète lui-même le rôle titre. Une performance qui lui a valu de rafler le Golden Globe du meilleur acteur de comédie et aussi d’être nommé à l’Oscar du meilleur scénario.

Il faut dire que face à Dave Franco (qui joue, lui, Greg Serestro), le comédien-réalisateur est grandiose dans son rôle du pire artiste qu’Hollywood n’ait jamais abrité.

Hilarant, fascinant, touchant aussi, James Franco réussissant l’exploit de ne jamais se moquer de son personnage.

RECOMMANDATION : EXCELLENT

 

« L'ordre des choses »​ d'Andréa Segre avec Paolo Pierobon et Olivier Rabourdin

Rinaldi, un policier italien de grande expérience est envoyé en Libye par son gouvernement pour négocier le maintien des migrants sur le sol africain. Sur place, il va se heurter à la complexité des rapports tribaux libyens et à la puissance des trafiquants qui exploitent, sans vergogne parce que sans représailles, la détresse des réfugiés… Rien ne devrait pouvoir faire dévier de sa mission ce fonctionnaire modèle, mais il va rencontrer une jeune somalienne qui va le faire douter. Comme dans les tragédies raciniennes, entre son cœur et la raison d’Etat, ce policier va balancer. Mais lui est-il vraiment possible de renverser l’ordre des choses ?

Qu’il signe des documentaires, comme Mare Chiuso, ou des longs métrages, comme, en 2010, La petite Venise, ou, comme, ici, l’Ordre des choses, le réalisateur italien Andrea Sagre ne cesse de s’intéresser au phénomène de l’immigration et aux malheurs et abominations qui en découlent. A travers son nouveau scénario, qui lui a demandé quatre années de recherches, il aborde le sujet très brûlant des stratagèmes (financiers, politiques, diplomatiques) mis en place par l’Union européenne, pour que les migrants venus d’Afrique ne puissent pas rejoindre leurs côtes. Il aborde aussi celui de la gangrène des services libyens. Son film est tendu, visuellement très beau (couleurs ocre, blanche et bleu azur, cadrages parfaits, emploi presque systématiques des plans fixes). Il  dit magnifiquement tout de la complexité de cette situation désespérante d’un côté comme de l’autre de la Méditerranée. Il est édifiant, passionnant, très bien joué aussi.

RECOMMANDATION : EXCELLENT

 

« Tenosta, Une vie à l'étroit »​ de Kantemir Balagov avec Daria Jovner

1988, dans le Nord du Caucase. Illana,  une jeune fille juive de 24 ans, travaille dans le garage de son père. Un soir, la famille et ses amis se réunissent pour fêter les fiançailles de son frère David. Dans la nuit, les fiancés sont kidnappés par des Kabardes. Une rançon est demandée…

Inspiré d’une histoire vraie qui se déroula à une époque où, dans cette région à majorité musulmane, les enlèvements relevaient d’un sport national, Ténosta, une vie à l’étroit réussit à dépasser le cadre du polar, en nous offrant une plongée assez vertigineuse au sein d’une communauté  contrainte au repliement et au silence…

Scénario au cordeau, interprétation impeccable, audace formelle époustouflante et photo magnifique… Ce film avait impressionné le dernier  festival de Cannes. C’est le premier d’un jeune réalisateur caucasien de 27 ans, Kantémir Balagov. Retenez bien son nom. On n’a sans doute pas fini d’ en entendre parler.

RECOMMANDATION : EXCELLENT

 

« Le Secret des Marrobone »​ de Sergio G. Sanchez avec George Mackay

Pour ne pas être séparés Jack, 20 ans, et ses frères et sœurs plus jeunes décident de cacher à tout le monde le décès de leur mère qui les élevaient, seule. Mais dans la ferme familiale où ils ont trouvé refuge, vont surgir d’étranges, inquiétants, puis monstrueux phénomènes…

Sergio G. Sanchez était l’un des meilleurs auteurs du cinéma espagnol de ces dernières années (on lui doit notamment les scénarios de l’Orphelinat et de The Impossible, tous deux mis en scènes par J.A. Bayona)… Il devient, d’emblée, avec ce premier film, un ses réalisateurs les plus encensés de ce début d’année. La faute au machiavélisme de son scénario (un drame familial, plus pesant et malsain que véritablement d’horreur), à l’efficacité de son écriture, à la beauté indéniable de son image et à sa direction d’acteurs, très subtile.

Projeté en ouverture du Festival de Gérardmer le Secret des Marrowbone  (os à moelle en français) avait coupé la respiration des spectateurs.

RECOMMANDATION : EXCELLENT

 

« EVA »​ de Benoit Jacquot avec Isabelle Huppert et Gaspard Ulliel

 Qu’a-t-il bien pu se passer dans la tête de Benoit Jacquot, pour qu’il se lance dans une nouvelle adaptation du roman éponyme de James Hadley Chase ? Ce roman noir publié en 1947, qui met en scène la relation perverse d’une prostituée et d’un de ses clients rongé par un lourd secret, avait déjà été porté à l’écran en 1962 par Joseph Losey. Tourné dans un noir et blanc somptueux, ce « polar » de l’immense réalisateur américain avait subjugué, grâce, surtout  à l’interprétation vénéneuse, et brûlante d’une Jeanne Moreau au sommet de son art et de sa sensualité.

Bien que tournée avec un indéniable savoir-faire, la version de Benoit Jacquot déçoit. Elle est trop froide, trop cérébrale. Gaspard Ulliel interprète sans mystère son personnage d’imposteur. Quant à Isabelle Huppert, elle joue son rôle de call-girl de luxe, dans un mélange de raideur guindée et de détermination… de femme d’affaires. Du coup, on se désintéresse de ce film. Dommage. 

RECOMMANDATION : A LA RIGUEUR

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