LE NOUVEAU JOUET

Quarante-six ans après Le Jouet… Le Nouveau Jouet arrive sur les écrans. Chic ! Il est aussi drôle et loufoque que sa version originale, tout en étant plus tendre et plus émouvant
De
JAMES HUTH
Avec
DANIEL AUTEUIL, JAMEL DEBBOUZE, SIMON FALIU…
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Homme marié heureux dans sa cité de banlieue, mais chômeur criblé de dettes, Sami  (Jamel Debbouze) se fait engager comme gardien de nuit dans un grand magasin. Le hasard fait que Philippe Etienne, le propriétaire de ce magasin et par ailleurs l’homme le plus riche de France (Daniel Auteuil), le fait rouvrir un soir après sa fermeture, pour que son petit garçon, Alexandre, inconsolable depuis la mort de sa maman, puisse y choisir tranquillement, pour son anniversaire, le cadeau de ses rêves. Alexandre (Simon Faliu)  jette  son dévolu sur … Sami, au grand dam de son entourage qui tente, en vain, de lui expliquer qu’une personne de chair et d’os ne peut être traitée comme un vulgaire hochet.

Avec quand même, à la clef, l’assurance d’une belle rémunération, Sami est emballé dans du papier, comme un paquet, et emmené chez Alexandre. Quand un homme devient le jouet d’un enfant devenu tyrannique pour tenter d’oublier un insondable chagrin… D’une tragédie personnelle (celle d’un homme devenu esclave) vont naître du rire et de la loufoquerie.

Points forts

  • L’idée d’un remake du Jouet est venue d’un artiste qui sait ce que comédie veut dire, un homme tornade  qui a fait, fait et fera encore se plier de rire des salles entières ( cinémas et théâtres), dans des rôles très différents…On a nommé : Jamel Debbouze ! Fan du film de Francis Veber, l’humoriste préféré des Français porte depuis longtemps le projet d’une nouvelle adaptation de ce petit bijou d’humour né du drame d’un homme réduit à l’état de marionnette. Par déférence, il va voir Francis Veber, puis Pierre Richard pour demander à ce dernier la permission de lui succéder dans le personnage du jouet. Leur accord en poche, Jamel décide de se lancer dans l’adaptation. Mais quand il apprend que les droits du film appartiennent désormais aux Américains, il va trouver le producteur Richard Grandpierre pour négocier le rachat des droits, tout en lui laissant entendre que si le film arrive à se faire, il recomposerait bien avec Daniel Auteuil le tandem formé par Pierre Richard et Michel Bouquet dans le film de Veber. De fil en aiguille, le projet arrive chez James Huth. Le nouveau scénario va s’écrire à six mains, celles du cinéaste et de ses deux acteurs principaux. Il sera sur « mesures » pour ces deux derniers.
  • S’ils sont voisins à Paris et se croisent souvent, Jamel Debbouze et Daniel Auteuil  n’ont encore jamais joué ensemble. Mais ils s’admirent et se respectent. La distribution de leur rôle dans le film est parfaite. A Jamel celui du jouet (Sami), qui se prête aux pitreries et aux extravagances, à Daniel, celui du patron « empêché d’expression dans ses sentiments », et qui éprouve, avoue-t-il un vrai plaisir à jouer des personnages désagréables. A l’écran, le duo de ces deux-là fonctionne à merveille.
  • Réalisateur de comédies, James Huth est à son affaire. Rythme, tonalité, enchaînement des gags, espaces laissés à l’émotion, il a tout bon. Chaque scène de son film respire le plaisir et l’amusement qu’il a eus à la tourner. Le Nouveau jouet est un « feel-good movie » qui n’usurpe pas une seconde son identité.

Quelques réserves

Vers la fin du film, quelques (rares) longueurs, qui, pour autant, ne parviennent pas à freiner l’enthousiasme du spectateur.

Encore un mot...

A la veille des vacances de la Toussaint, comme elle tombe bien la sortie de ce Nouveau Jouet ! Car c’est le film idéal à aller voir en famille ! Les plus jeunes ( à partir de dix ans)  riront de bon cœur aux mésaventures et aux facéties d’un Jamel Debbouze  « survitaminé » et visiblement très inspiré. Pour leur part, les plus « grands » prendront sans doute beaucoup de plaisir à ce remake réussi d’une des comédies cultes de leur jeunesse.

Et cela, sans aucune nostalgie puisque cette nouvelle version signée James Huth a été adaptée au goût du jour et de ce fait, est un  peu plus « punchy », un peu plus « flashy » et un peu plus impertinente que l’originale, tout en restant, vis à vis d’elle, d’une fidélité scrupuleuse. Et puis, et puis, il y a la belle surprise de ce nouveau tandem Jamel Debbouze-Daniel Auteuil, qui relance le duo formé il y a quarante-six ans par Pierre Richard et Michel Bouquet, sans toutefois le faire oublier. Simplement ses ressorts comiques ne sont pas les mêmes. Drôle, tendre, extravagant, émouvant aussi.

Une phrase

« James Huth aime la comédie. Il aime rire et faire rire. Il met tout le monde à l’aise, il est d’une extrême générosité, et surtout il a une écoute incroyable : il fait abstraction des urgences qui peuvent le parasiter et consacre son écoute à ses interlocuteurs. La preuve, c’est qu’il met en application ce qu’on lui dit…Du coup, en tant qu’acteur, on se sent pleinement concerné » ( Jamel Debbouze, comédien).

L'auteur

Né en Angleterre en 1966 James Huth a commencé par suivre les traces de son père, en devenant, comme lui, chirurgien dentiste. Mais la BD dont il est grand lecteur et le cinéma dont il est grand amateur, le tenaillent. Au début des années 90, il abandonne son cabinet et réalise deux courts-métrages. Leur succès lui vaut de décrocher un budget suffisant pour qu’en 1998, il se lance dans un long. C’est Serial Lover, une  comédie noire assez décalée avec Michèle Laroque et Albert Dupontel.

Après quelques années de réflexion, il écrit et réalise en 2005 Brice de Nice avec Jean Dujardin. Le box office s’affole. Cette comédie barrée qui met en scène un inénarrable surfeur casseur réalise 4 millions d’entrées. James Huth est définitivement lancé. Suivront, en 2009, une adaptation de Lucky Luke (pour laquelle il retrouve Jean Dujardin ), en 2012, Un bonheur n’arrive jamais seul (avec Sophie Marceau et Gad Elmaleh), en 2016, Brice de Nice 3 ( toujours avec Jean Dujardin), en 2019 Rendez-vous chez les Malawas.

 Le Nouveau Jouet est le neuvième film de ce cinéaste qui a su se faire une belle place parmi les réalisateurs français de comédies.

Et aussi

 

  • EO  de JERZY SKOLIMOWSKI- Avec SANDRA DRZYMALSKA, ISABELLE HUPPERT…

 EO ( Hi Han, en polonais ), c’est l’histoire d’un long et douloureux périple : celui d’un petit âne de cirque qui, arraché à sa dresseuse bien aimée qui le choyait tant, va se retrouver embarqué sur des routes hostiles, des routes tortueuses et pleines d’embûches qui vont le mener de sa Pologne natale jusqu’en Italie. Au cours de sa terrible itinérance, ce doux animal à la fois si pur, si sensible, si mélancolique et si vrai va devoir affronter la laideur et la méchanceté humaine, l’injustice et la violence aussi de notre monde d’aujourd’hui devenu tellement cynique, cela , sans jamais pourtant perdre son innocence. 

A 84 ans, Jerzy Skolimowski ( Le Départ, Ours d’Or à Berlin en 1967, Deep End en 1971, Essential Killing, Grand Prix du Jury au Festival de Venise en 2010…) n’a rien oublié des larmes qu’il avait versées en 1966 lors de la projection d’Au hasard Balthazar, le film de Robert Bresson. Près de soixante ans après la sortie de ce chef d’œuvre bâti autour d’un baudet, l’immense cinéaste polonais rend hommage à son aîné à travers ce film émotionnel dont la vedette est un âne gris délicieux et naïf. Après avoir fait sensation  au dernier festival de Cannes, EO en était reparti avec le Prix du Jury, amplement mérité.

Recommandation :  5 coeurs 

 

- R.M.N.  de CRISTIAN MUNGIU- Avec MARIN GRIGORE, JUDITH STATE, ANDREI FINTI…

Ayant quitté son emploi en Allemagne après avoir été traité de « gitan », Matthias est de retour dans son village natal de Transylvanie. Le calme auquel il aspire n’est pas pour demain. Non seulement il doit s’atteler au problème des angoisses d’un fils qu’il avait dû abandonner pour aller gagner sa vie ailleurs, mais il doit aussi affronter les tensions de son village où, coexistent, de plus en plus difficilement, des ethnies de toutes sortes, dont des Hongrois, des Allemands, des Roms 

( pourtant rejetés à sa périphérie), et désormais des Sri-Lankais. A cette cacophonie ethnique et, par conséquent, religieuse, s’ajoute le fait que le village est au bord de la faillite, ce qui entraîne une paupérisation de la population indigène, qui ajoute encore aux crispations communautaires…

Il y a 20 ans que le réalisateur roumain Cristian Mungiu  explore la société roumaine avec une acuité remarquable. Son principe ?  Partir d’un fait divers concret ( par exemple, un avortement pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, Palme d’or à Cannes en 2007)  et en profiter pour aller ensuite ausculter les problèmes sociaux de son pays ( chômage, peur, précarité, xénophobie, etc.). Comme le cinéaste a le regard avisé et perçant d’un sociologue, et un talent fou pour maîtriser ses scénarios, aussi complexes soient-ils, ses films sont des petits chefs-d’œuvre. R.M.N. ( I.R.M. en polonais ), qui s’appuie sur un tollé de la population locale provoqué par l’embauche de deux étrangers dans l’usine du village, impressionne par sa densité, son naturalisme et aussi son onirisme. Il est difficile de comprendre pourquoi R.M.N.est reparti bredouille de Cannes. Son plan-séquence de 17 minutes où les villageois doivent décider si oui ou non, ils vont chasser les deux nouveaux employés étrangers de leur usine, méritait, à lui seul, une récompense.   

Recommandation : 4 coeurs

 

  • LE PHARAON, LE SAUVAGE ET LA PRINCESSE de MICHEL OCELOT- ANIMATION.

Depuis quatre ans, on était sans nouvelles du génial papa de Kirikou (1998). A 78 ans, le voici qui revient en pleine forme créatrice sur le grand écran avec ce long métrage, composé de trois contes initiatiques qui traversent, avec le même bonheur, les pays et les époques. Dans le premier, qui se passe il y a trois mille ans au Soudan, on voit un jeune garçon qui conquiert l’Egypte pour pouvoir épouser celle qu’il aime ; dans le second, qui se déroule en Auvergne au Moyen-âge, un jeune sauvageon, qui pourrait être l’ancêtre de l’Arsène Lupin de Maurice Leblanc, vole les richesses du roi pour les redistribuer aux pauvres; et le troisième, qui a pour cadre l’Orient  du XVIII°siècle,  raconte les aventures d’une  fille de grand vizir qui s’éprend d’un beau marchand de beignets. Comment raconter l’enchantement qui se dégage de ces trois contes ? La beauté de leur esthétique, leur dimension universelle, l’humanisme de leur poésie et aussi le cisèlement si délicat de leurs dialogues époustouflent. Décidément Michel Ocelot est un roi en son domaine. Pour tous les publics (à partir de 8 ans).

Recommandation :  4 coeurs


 

  • REPRISE EN MAIN de GILLES PERRET- Avec PIERRE DELADONCHAMPS, LAËTITIA DOSCH, GREGORY MONTEL…

Comme son père avant, Cédric travaille dans une usine de mécanique de précision  implantée en Haute Savoie. Mais l’usine doit être rachetée par un fond d’investissement. Quand il apprend la nouvelle, Cédric et ses amis d’enfance décident de tenter l’impossible : il se fait passer pour un financier intéressé lui aussi par le rachat de l’usine.

Après vingt années de documentaires engagés, dont deux co-réalisés avec François Ruffin ( J’veux du soleil !, Debout les femmes !) Gilles Perret passe à la fiction avec ce drame social qui n’est pas sans rappeler ceux de Ken Loach ou de  Stéphane Brizé. Avec un petit plus, qui s’appelle l’optimisme, puisque, dans son film, « tout est bien qui finit bien ». Sur le papier, le sujet parait un peu rébarbatif et technique, mais Gilles Perret qui en connait bien la musique a réussi à lui donner du souffle, de l’émotion et de l’humour. On peut donc passer  l’éponge sur le manichéisme dans lequel tombe par moments son scénario. Autre atout majeur de son film:  son impeccable distribution en tête de laquelle Pierre Deladonchamps et Laetitia Dosch.

Recommandation : 3 coeurs

 

  • HALLELUJAH- LES MOTS DE LEONARD COHEN - de DANIEL GELLER  et DAYNA GOLDFINE- DOCUMENTAIRE.

 Hallelujah fut-elle la meilleure chanson de Léonard Cohen ? Quoiqu’il en soit, elle reste sans conteste comme sa plus emblématique, puisqu’elle a été reprise dans le monde entier (et l’est encore aujourd’hui)  par des centaines de chanteurs, dont — pour les meilleurs— John Cale, Jeff Buckley, Rufus Wainwright (qui l’enregistra pour Shrek)… C’est sans doute la raison pour laquelle, Daniel Geller et Dayna Goldfine ont choisi de faire (re)découvrir à travers elle, la vie et l'œuvre si prolifique et si poétique de son créateur.

Qu’on soit fan ou non de l’auteur compositeur de tubes interplanétaires comme, entre autres, Suzanne, I am your Man, Dance me to the End of Love, il est impossible de rester insensible à ce documentaire (truffé d’images d’archives) qui témoigne du parcours sans cesse réinventé d’un artiste sensible et discret, qui fut à la fois un grand mystique, un poète philosophe et un séducteur tourmenté. On peut toutefois regretter que ce film émouvant de près de deux heures, ne s’aventure pas plus avant dans le répertoire de ce créateur dont le timbre de voix reste inoubliable, six ans après sa mort, à 82 ans. 

Recommandation : 3 coeurs

 

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