Le pont des espions

Le plus grand cinéaste vivant?
De
Steven Spielberg
Avec
Tom Hanks, Mark Rylance, Scott Shepherd
Notre recommandation
5/5

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Lu / Vu par Culture-Tops

Thème

En 1957, la CIA arrête sur le territoire américain un espion soviétique qui se fait appeler Rudolf Abel et se nomme en réalité William Fisher (interprété par Mark Rylance). Il a transmis, grâce à son réseau d’agents, les secrets de la bombe atomique à l’URSS, excusez du peu. Il est donc promis à la chaise électrique. Comme les Américains tiennent à faire les choses dans les règles – la campagne internationale en faveur des Rosenberg, finalement exécutés en 1953, a laissé des traces -, ils offrent à leur prisonnier un avocat d’office, James Donovan (Tom Hanks), plutôt spécialisé dans les assurances. Lui n’est pas chaud : intelligent et malin, il sait qu’il va se mettre à dos l’Amérique bien pensante qui n’accepte pas qu’on défende un espion communiste. Mais Donovan a aussi une haute idée de son métier d’avocat et il va aller jusqu’à la Cour suprême pour sauver son client. Ce type est un visionnaire. Il a anticipé l’épisode haut en couleur qui se déroule quelques années plus tard. Quand l’avion U-2 du pilote Francis Gary Powers, qui photographiait l’URSS du haut du ciel, est abattu en 1960, le gouvernement américain est bien content de pouvoir échanger son pilote avec l’espion qui n’a pas été exécuté grâce à ce formidable avocat que fut James Donovan (1916-1970). L’échange a lieu sur le pont de Glinicke, entre Berlin et Postdam, surnommé le pont des espions.

Points forts

- On sait que Spielberg ne fait pas dans la demi-mesure, il en a les moyens. Avec ce nouveau film, il plonge le spectateur dans la guerre froide qui, à l’époque, menace de devenir bouillante. Car il ne s’en tient pas à une histoire d’espionnage, même si elle est passionnante (le scénario a été écrit par les frères Coen, excusez du peu, bis), il ballade ses caméras dans un Berlin en train d’être coupé en deux par l’érection du mur. Le cinéaste a reconstitué cet événement dramatique de manière grandiose. Il fonce dans les scènes à faire et réussit à transmettre la peur et l’angoisse des Allemands de l’Est qui cherchent à fuir avant que le mur ne les bloquent pour longtemps.

- Les deux compères qui forment un couple bizarre, l’espion soviétique et son avocat, sont épatants. Quand l’avocat demande à son client : « Vous n’avez pas peur ? », l’autre lui répond invariablement : « Pourquoi, ça aiderait ? ». C’est à peu près tout ce qu’il dit. C’est un personnage mutique. A l’inverse, l’avocat est éblouissant. Homme modeste et effacé au début, il se prend au jeu et déploie une activité confondante d’habileté et de justesse. Car il estime simplement que c’est son rôle et son devoir. Beau portrait d’avocat.

Quelques réserves

Le péché mignon de Spielberg est d’en faire des tonnes et de se précipiter dans tous les clichés. La famille américaine de l’avocat vaut le détour. Elle est emblématique de l’Amérique des années cinquante qui avait sur les bras une guerre lointaine, celle de Corée, et n’avait pas encore connu les désastres du Vietnam. C’était donc le temps de l’Amérique flamboyante, sûre de sa force, qui se mirait dans ses familles sans reproche. Spielberg a forcé le trait avec joie. A vrai dire, face à la grandiose fresque historique qu’il nous offre, ça n’a pas d’importance.

Encore un mot...

Nous avons oublié cette époque où deux superpuissances se défiaient et terrifiaient le monde par l’étendue de leur armement nucléaire en construction. Mais ces deux mastodontes gardaient les pieds sur terre et n’avaient pas envie de détruire la planète qui sortait d’une guerre mondiale ravageuse. Grande différence avec les temps dans lesquels nous entrons où des fous tuent au coin de nos rues. C’est pourquoi nous éprouvons de la nostalgie pour ce monde perdu, celui de nos parents et de nos grands parents qui vécurent un formidable boom économique. Spielberg est un magicien : il ressuscite des mondes disparus.

L'auteur

On ne présente plus Steven Spielberg qui, à 68 ans, règne sur le cinéma mondial depuis sa première réalisation, insolite et inventive, « Duel » (1971). Tous les genres qu’il touche se transforment en or: la comédie, « Arrête-moi si tu peux », la science-fiction, « A. I. Intelligence artificielle », l’aventure, avec la saga Indiana Jones, la préhistoire, avec les dinosaures de Jurassic Park… 

Curieusement, ce champion du divertissement a réussi ses plus grands films dans un genre où on ne l’attendait pas : l’histoire. On se souvient de « La couleur pourpre », sur l’esclavage; ou d'" Empire du soleil", sur la Seconde guerre mondiale en Asie; ou encore de « La liste Schindler », « Il faut sauver le soldat Ryan », « Cheval de guerre » et enfin « Lincoln », son avant-dernier film, le plus sérieux, le plus documenté, le plus rigoureux de tous. Et voici aujourd’hui une œuvre de la même veine, « Le pont des espions », à voir sans hésiter.

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