Les chevaliers blancs

Le récit exemplaire d'une histoire abracadabrante
De
Joachim Lafosse
Avec
Vincent Lindon, Louise Bourgoin, Valérie Donzelli, Reda Kateb, Bintou Rimtobaye
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

On se souvient de l’aventure de l’Arche de Zoé, cette association qui avait pour objectif de sauver des orphelins africains. En 2007, la police tchadienne arrêtait les participants  d’une opération qui se voulait humanitaire. Ceux-ci s’apprêtaient à embarquer dans un Boeing 103 enfants vers l’Europe. « Les chevaliers blancs » raconte les semaines qui ont précédé l’arrestation. Le président de l’association, Jacques Arnault dans le film, Éric Breteau dans la vie, interprété par Vincent Lindon, et sa compagne jouée par Louise Bourgoin, ratissaient les villages de la région pour recueillir des enfants orphelins de moins de cinq ans. Le problème est que rien ne prouvait qu’ils étaient orphelins, sinon l’affirmation des chefs de village rétribués par Arnault-Breteau… Autre problème : les autochtones ne savaient pas que les petits allaient être transportés à Bordeaux où les attendaient des parents adoptifs qui avaient versé 2200 euros par gamin au président de l’association. Les villageois pensaient que les enfants seraient nourris et éduqués au Tchad dans le grand bâtiment loué par l’association pour quelques semaines seulement.

Points forts

- « Sur ce film, tout était plus grand que ce que j’avais filmé auparavant » dit le cinéaste. Et c’est vrai que les immenses espaces africains rappellent l’un des films qui a le mieux rendu la beauté des paysages de ce continent, « Out of Africa ». C’est dire la réussite artistique des « Chevaliers blancs ». Pour recueillir le maximum d’enfants, l’avion était nécessaire, appareil de tourisme permettant de rejoindre les villages isolés et offrant de ce fait des vues aériennes imprenables.

- Vincent Lindon, qui interprète le responsable de l’association, laisse exploser sa bonté, son charisme, ses coups de gueule et son idée fixe : récupérer en douce le maximum d’enfants. Son personnage reste dans une grande ambiguïté en ce qui concerne ses intentions. Agit-il par générosité, par opportunisme, par machiavélisme, par aveuglement ? Au fur et à mesure que l’intrigue avance, le spectateur assiste au naufrage de l’idéal humanitaire.

Quelques réserves

Au long d’un film qui dure près de deux heures, on attend le procès qui ne vient pas. L’histoire s’arrête au moment où les activistes de l’humanitaire sont stoppés, sans plus d’explications. Des éclaircissements ont certes été apportés au long de l’intrigue mais on reste cependant un peu frustré. Frustration nécessaire pour que les questions qu’on se pose perdurent après la projection?

Encore un mot...

Les principaux protagonistes de cette histoire abracadabrante ont bénéficié d’une grâce présidentielles après une condamnation à de la prison ferme. Car ce n’étaient pas des voyous, on le voit bien dans le film, juste des pieds nickelés de l’action humanitaire.

Une phrase


Qui seront  trois:

- « Joachim Lafosse raconte simplement, parmi toutes les histoires d’ONG, celle d’une association qui restera comme un énorme plantage, une exception mais aussi un révélateur ». Jean-Christophe Rufin, écrivain et ex-humanitaire.

- « Le film montre, scène après scène, les hésitations, les erreurs, les dilemmes. Il rend, comme disait Graham Greene, “la plus haute justice possible”, celle de l’art et de la fiction ». Jean-Christophe Rufin.

- « La vérité judiciaire, l’objectivité journalistique ne sont pas uniques. Il reste un espace, la fiction, dont l’artiste peut s’emparer librement. Contrairement à une idée reçue, s’emparer d’un fait de société est un vecteur de création de fiction ». Joachim Lafosse.

L'auteur

Diplômé, en 2001, de l’Institut des arts de diffusion, école supérieure d’Etat située à Louvain-La-Neuve, le Belge Joachim Lafosse remporte la même année le prix du meilleur court métrage au festival de Namur pour son film de fin d’études, « Tribu ». Il réalise ensuite « Folie privée » (2004), histoire d’une séparation, puis « Nue propriété » (2007) avec Isabelle Huppert. L’année suivante, il présente à la Quinzaine des réalisateurs cannoise « Élève libre ». En 2012, « A perdre la raison » s’inspire d’une histoire vraie comme « Les chevaliers blancs », son nouveau film, plus qu'intéressant, pertinent.

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