LES FOLIES FERMIÈRES

Inspirée de l’histoire vraie d’un agriculteur du Tarn, la folle aventure d’un éleveur qui se fit patron de cabaret et restaurateur, pour sauver sa ferme, ses veaux, ses vaches et ses cochons… Aussi délicieux que pittoresque…
De
JEAN-PIERRE AMÉRIS
Avec
ALBAN IVANOV, SABRINA OUAZANI, MICHÈLE BERNIER…
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Pour sauver son exploitation agricole de la faillite, David, un jeune éleveur du Cantal (Alban Ivanov) a l’idée de monter un cabaret dans sa ferme. Le concept ? Le spectacle sera à la fois sur scène et dans les assiettes, avec des bons produits du terroir. David en est persuadé : ça ne peut que marcher. Malgré le scepticisme de ses proches, celui de sa mère (Michèle Bernier) et encore plus de son grand-père (Guy Marchand), David ne va pas en démordre. Il ne connaît rien au music-hall, mais tant pis. Faisant, comme on le sait, parfois bien les choses, le hasard va lui faire rencontrer Bonnie, une danseuse au physique de star et au caractère d’acier (Sabrina Ouazani). De fil en aiguille,  le rêve de David va devenir réalité…

Points forts

  • Parce qu’il est aussi curieux qu’éclectique, Jean-Pierre Améris aime à trouver les sujets de ses films dans des histoires vraies, autobiographiques ou non. C’est en regardant les actualités régionales de France 3 qu’il trouve le sujet des Folies fermières. Un sujet sur les aventures d’un éleveur du Tarn qui a sauvé son exploitation de la faillite en transformant sa ferme, le soir, en cabaret, attire son attention. Ni une ni deux : le cinéaste est emballé. Il voit dans cet agriculteur, David Caumette, un personnage de cinéma comme il les aime : atypique et opiniâtre. Après le très poignant Petit Paysan, cela va lui offrir l’occasion d’aborder le problème du malaise des agriculteurs français sous un angle, pour une fois, léger ; et puis, d’une pierre deux coups, il va pouvoir faire se rencontrer deux univers rarement montrés ensemble sur grand écran : la paysannerie et le monde du music hall.
  • Le cinéaste rencontre David Caumette, puis il s’immerge un bon bout de temps, avec toute son équipe, dans l’univers paysan rural. Il veut en tirer un scénario réaliste, léger et délirant. Sa mise au point lui demandera un an et demi de travail. Mais le résultat est là. Pas une réplique qui ne sonne  pas juste.
  • Quand il composera son casting, il le choisira à l’image de ceux des  troupes de cabaret : hétéroclite. Il ira donc chercher ses comédiens dans des mondes très divers : Alban Ivanov vient de l’impro et du one-man-show; Sabrina Ouazani de la danse et du cinéma; Michèle Bernier, du théâtre de Bouvard; Guy Marchand, de la chanson; Bérangère Krief, plutôt de la comédie, Alain Rimoux du théâtre de la décentralisation, etc… Ils vont donner au film au film son côté chamarré.

Quelques réserves

Certains reprocheront peut-être au film son côté un tout petit peu trop convenu… Un défaut véniel tant il emporte  par son pittoresque, sa tendresse et la sympathie qu’il dégage…

Encore un mot...

Décidément Jean-Pierre Améris n’arrête pas. Moins d’un an après Profession du père, un drame tiré d’un roman autobiographique de Sorj Chalandon, il sort Les Folies fermières, une comédie cette fois inspirée d’une histoire vraie contemporaine. Les points communs de tous ses films si divers ? Leur bienveillance, leur grande sincérité, leurs dialogues ciselés (le cinéaste est un grand lecteur) et leurs formidables distributions. Ici, notamment, Michèle Bernier, d’une exubérance follement drôle, Sabrina Ouazani, aussi sexy que pétulante, et surtout Alban Ivanov qui montre qu’il peut alterner, avec la maestria d’un Jacques Villeret, truculence et émotion. Grand public, charmant et… gourmand, Folies fermières est  idéal en cette fin de printemps pour prendre l’air en famille dans une…salle obscure !

Une phrase

Qui seront deux :

- « J’ai senti que c’était le bon moment pour mettre un coup de projecteur sur le monde des agriculteurs qu’on connaît peu. J’aime que le cinéma puisse servir une cause. C’est une belle arme. Et par-dessus tout, j’étais heureux que l’aventure qu’on allait raconter trouve sa source dans  une histoire vraie ». (Alban Ivanov, comédien)

- « J’ai toujours eu une passion pour les gens du music-hall et du cabaret, cette force qu’ils ont de se produire, même dans un endroit minable, même devant un public clairsemé. A mon échelle, j’ai vécu cela en présentant parfois mes films devant des salles quasi vides… J’ai toujours réussi à y trouver de la joie. Ce n’est pas la réussite qui compte. C’est le « faire ». Le bonheur vient de là ».

(Jean-Pierre Améris, réalisateur).

L'auteur

Diplômé de l’IDHEC, Jean Pierre Améris, né à Lyon en 1961, est un réalisateur parmi les plus prolifiques, les plus éclectiques, les plus discrets et les plus appréciés du cinéma français.

Il débute dès 1987 en réalisant trois courts métrages dont l’un, Interim’ se fait particulièrement remarquer en remportant le Grand Prix du Festival de Clermont-Ferrand. Cinq ans plus tard, le jeune cinéaste se lance dans le long métrage. C'est Bateau de mariage qui, en plus d’un chaleureux accueil critique, reçoit de nombreux prix. En 1996 Les Aveux de l’Innocent lui apporte

la consécration. Ce drame sur un homme qui, pour briser sa solitude, s’accuse d’un meurtre qu’il n’a pas commis, lui vaut de rafler à Cannes, le Prix de la Semaine de la Critique et le Prix de la Jeunesse.

Depuis, presque tous les films du réalisateur, drames ou comédies, ont figuré au palmarès de grands festivals, notamment, 1998, Mauvaises fréquentations ( Prix de la mise en scène au Festival de San Sebastian), en 2001 C’est la vie (Prix de la mise en scène au Festival de San Sebastian), en 2011 Les Émotifs anonymes (Magritte du meilleur film étranger), en 2012, L’Homme qui rit (choisi pour faire la clôture de la Mostra de Venise). Parmi ses autres films les plus applaudis, Poids léger sorti en 2004, Une Famille à louer en 2015 et Profession du père en 2020.

Les Folies fermières est le treizième film de ce cinéaste au cœur tendre qui aime à puiser les sujets de ses films dans la vraie vie.

Et aussi

 

- ON SOURIT POUR LA PHOTO de FRANÇOIS UZAN - PASCALE ARBILLOT, JACQUES GAMBLIN, PABLO PAULY, AGNÈS HURSTEL…

Autrefois très actif, Thierry (Jacques Gamblin) s’ennuie dans son nouveau statut de retraité. Alors pour passer le temps, il s’est inventé un hobby : il classe ses photos de famille. Inlassablement. Obsessionnellement. Un jour, Claire, sa femme (Pascale Arbillot), lassée par son nouveau dada qui le coupe de tous et de tout, lui annonce qu’elle le quitte. Il commence par tomber des nues, puis il se ressaisit et il demande  à son épouse qu’elle lui accorde une dernière faveur :  retourner en Grèce, pour refaire le même séjour que celui vécu avec leurs deux enfants (Agnès Hurstel et Pablo Pauly) en 1998.Thierry est persuadé qu’à la suite de ce pèlerinage, tout repartira comme avant. Et…

Pour son premier long métrage de fiction en tant que réalisateur, François Uzan nous entraîne dans une comédie familiale, solaire et vitaminée, drôle et distrayante, nostalgique et pourtant bien dans l’air du temps. Comme il connaît le métier de scénariste sur le bout des doigts (c’est celui qu’il exerce depuis ses débuts ), il a truffé son récit de gags, de mésaventures, de coups de théâtre et aussi de répliques qui font mouche. Devant une caméra volontairement très mobile, Jacques Gamblin déploie tout son (immense) talent pour jouer les maris ennuyeux et pourtant amoureux. Pascale Arbillot, elle, éclaire de tout son charme son personnage d’épouse déçue et malheureuse. Touchant et distrayant.

Recommandation  : 4 coeurs

 

- TOM de FABIENNE BERTHAUD - Avec NADIA TERESZKIEWICZ, FÉLIX MARITAUD, TANGUY MERCIER…

Tom, 11 ans, vit dans un vieux mobile home en lisière de forêt avec Joss, sa jeune mère. Comme elle adore faire la fête, elle laisse souvent le petit garçon seul le week-end. Mais, sauf ces jours-là, Tom est le petit homme de sa mère. Il veille sur elle autant qu’elle prend soin de lui. Deux évènements vont bousculer leur fragile équilibre : l’arrivée, dans les parages, de Samy, un jeune homme inquiétant. Et puis la rencontre inopinée de Tom avec une vieille dame solitaire propriétaire d’un château voisin, tombée au milieu de ses plantations de choux et qu’il a aidée à se relever, parce qu’à 93 ans, elle ne pouvait plus le faire. Pour Tom et Joss, la vie va changer…

Quel plaisir que ce joli film adapté du roman Tom petit Tom tout petit homme Tom de Barbara Constantine. Signé de la réalisatrice de notamment, Pieds nus sur les limaces, c’est une œuvre pleine de tendresse et de sensualité, portée par un trio d’acteurs merveilleux : Nadia Tereszkiewicz (déjà repérée la semaine dernière dans Baby-sitter), Felix Maritaud (120 battements par minute, Un Couteau dans le cœur) et le jeune Tanguy Mercier, qu’on reverra prochainement dans Fumer fait tousser, la nouvelle comédie de Quentin Dupieux. Poétique et tendre.

Recommandation :  4 coeurs

 

-  KARNAWAL de JUAN PABLO FELIX - Avec ALFREDO CASTRO, DIEGO  CREMONESI…

Abra Pampa, au Nord de l’Argentine près de la frontière bolivienne. La fête bat son plein dans les rues de la petite ville : c’est la pleine saison du carnaval. Mais Cabra, jeune danseur de Malambo (cette danse spectaculaire issue de la culture gaucho) a la tête ailleurs. Il se prépare non stop pour une compétition très importante qui pourrait lui ouvrir les portes d’un championnat national. Pour acquérir la paire de bottes dont il rêve pour passer son concours et que faute de moyens, il ne peut pas s’offrir, il accepte, entre deux entraînements et moyennant finances, de transporter, de l’autre côté de la frontière, un colis dont, lui, le fils d’un père en prison depuis sept ans, se doute bien que le contenu n’est pas très légal. Mais voilà que ce père qu’il connaît à peine, annonce sa sortie en liberté conditionnelle. De film d’apprentissage, Karnawal bifurque vers l’histoire familiale, car la mère de Cadra, Rosario, a un nouveau compagnon, Eusebio, gendarme de son état. Les embrouillamini sérieux vont commencer…

Pour son premier long métrage de fiction, le trentenaire argentin Juan Pablo Felix n'a eu peur de rien. Il a écrit un film qui tient à la fois du drame familial, du road movie, du western, du thriller, et, sans doute avant tout, du récit sur le passage si compliqué de l’adolescence à l’âge adulte. Expressif, porté par d’incessants rebondissements, enrichi aussi par des images splendides (la région où a été tourné le film est magnifique) et d’impressionnantes séquences de Malambo, Karnawal est une belle réussite. Captivant.

Recommandation : 4 coeurs

 

- UTAMA : LA TERRE OUBLIÉE d’ALEJANDRO LOAYZA GRISI - Avec JOSÉ CALCINA, LUISA QUISLE, SANTOS CHOQUE…

Dans l’immensité désertique des hauts plateaux boliviens, Virginio et Sisa veillent sur leur troupeau de lamas, dans une solitude totale et un dénuement complet. Rien n’a jamais pu les détourner de leur vie pourtant si rude, ni leur grand âge (ils sont octogénaires), ni la sécheresse qui stérilise les sols, ni l’isolement qui les empêche de se soigner. Et quand Clever, leur petit fils de 19 ans, vient essayer de les convaincre de venir s’installer en ville, ils persistent à camper sur leur position, tellement que lorsqu’il tombe malade, Virginio décide de le cacher à Sisa et Clever…

Pour son premier long-métrage, Alejandro Loayza Grisi a eu envie de rendre hommage à la beauté de son pays et à la multiplicité de ses croyances et traditions rurales qui disparaissent petit à petit sous l’effet de la mondialisation. Il le fait à travers cette histoire bouleversante et pudique d’un couple d’indiens quechua dont on sent, dès le début, qu’il est proche de la mort, comme la Culture dont il est parmi les derniers représentants. Parce que le primo-cinéaste bolivien est, parallèlement un grand photographe et un formidable chef-opérateur, son film est d’une beauté majestueuse, renversante, même.

Recommandation : 4 coeurs

 

- THE DUKE de ROGER MICHELL - Avec JIM BROADBENT, HELEN MIRREN, FIONN WHITEHEAD…

Afin d’obtenir du gouvernement britannique la gratuité de la redevance de la BBC pour les retraités et les plus démunis, un dramaturge sexagénaire en manque de commandes (exceptionnel John Broadbent) dérobe à la National Gallery de Londres (réputée inviolable) le portrait du Duc de Wellington peint par Goya. Après avoir fait tourner en bourrique tous les policiers du Royaume, ce Robin des Bois au grand coeur, qui n’a rien dit de sa « forfaiture » à sa femme (Helen Mirren, délicieuse) finira par se faire prendre, mais son procès sera pour lui l’occasion rêvée d’obtenir gain de cause, faute de quoi, expliquera-t-il au tribunal, il ne restituera pas l’œuvre qu’il considèrera n’avoir qu’« empruntée ».

Pour son ultime film, le cinéaste anglais Roger Michell (décédé en septembre dernier), celui-là même de l’irrésistible Coup de foudre à Notting Hill s’est inspiré d’une histoire vraie, qui avait défrayé la chronique au début des années 60. Et cela a donné ce bijou de comédie sociale, comme seule la Grande Bretagne sait en fabriquer, à la fois grave, drôle, excentrique et, qui plus est, jouée à la perfection.  

Recommandation : 4 coeurs

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