Cinéma/Séries TV

Les Oubliés

Les vaincus ont presque toujours tort
De Mattin Zandvliet
Avec Roland Moller, Mikkel Boe Folsgaard, Louis Hofmann, Joël Basman, Emil et Oskar Belton

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Publié le 04 mar . 2017

Recommandation

2,0BonBon

Thème

Mai 1945, Danemark. Une dizaine d’adolescents allemands prisonniers de guerre, tous issus du Volksturm (les moins de 16 ans et plus de 60 ans recrutés à la fin de la guerre par le régime hitlérien) et choisis par le Capitaine danois Ebbe, sont contraints de déminer une plage. 

Mus par l’espérance de rentrer chez eux tout autant que terrorisés par ce travail pour lequel ils n’ont pas été préparés et la dureté du sergent Carl Rasmussen qui les encadre et les hait, ils vont, jour après jour, recouvrer les réflexes et les rêves de leur jeune âge. 

A leur contact et chaque fois plus meurtri par les accidents qui vont survenir, le sergent va s’adoucir. Jusqu’à pardonner ?

Points forts

Ce récit épouvantable et révoltant est basé sur des faits authentiques longtemps tenus secrets. Le pire étant que c’est l’Angleterre qui suggéra au Danemark d’utiliser cette méthode pour assainir ces plages équipées de toutes sortes d’obstacles dans le but d’empêcher tout débarquement (le Danemark formait la pointe Nord du fameux Mur de l’Atlantique).

Les rapports entre les prisonniers de guerre allemands et la population locale étaient tendus, résultat de cinq ans d’occupation nazie : conséquence, les prisonniers n’avaient pas de logement décent et la nourriture venait constamment à manquer. 

On estime à 2600 hommes les prisonniers qui furent sélectionnés pour cette opération. La moitié d’entre eux ont été tués ou blessés. 1 402 000 mines ont été mises au jour entre le 11 mai et le 4 octobre 1945 d’après les archives militaires.

Mais surtout, au fil des conflits, le fléau est resté d’actualité. Ainsi, depuis 1975, les mines antipersonnel ont tué ou mutilé, partout dans le monde, plus d’un million de personnes. En moyenne, 10 personnes meurent chaque jour suite à l’explosion d’une mine.  Rien que ce premier paragraphe justifie d’aller voir ce film.

Pour en revenir au film, cinématographiquement, l’utilisation particulièrement inspirée de la lumière et des tons rappelant la fameuse série “la guerre en couleurs” lui confère une indéniable authenticité. 

Tout le casting, qui mêle pros et amateurs, est à louer. 

Les cadrages serrant au plus près les rictus de peur et de haine, parfois des lueurs d’espoir, ainsi que les imperfections naturelles des visages, sont d’une pertinence picturale et émotionnelle enthousiasmante.

Points faibles

Les événements structurant la dramaturgie sont franchement convenus. On regrettera, dans sa volonté de nous embarquer du côté des prisonniers, le parti pris du réalisateur d’éluder tout aspect idéologique. Ainsi aucun des jeunes n’est (resté) nazi et n’a, par exemple, dans les moments d’intimité, des réactions qui nous auraient permis de conserver un minimum de distance salutaire.

Dans le camp d’en face, la rancœur des militaires danois envers ces prisonniers se résume à une seule phrase, balancée violemment à la figure du sergent Rasmussen par le capitaine Ebbe : “Vous ne savez pas ce qu’ils ont fait”. C’est un peu court.

N’oublions pas que le Danemark refusa de déporter ses travailleurs forcés et les Juifs jusqu’à la dissolution de son gouvernement en 1943, date de reprise en main par les nazis, que le roi Christian X porta l’Etoile Jaune par défi et que ce pays eut son Monseigneur Saliège en l’Evêque luthérien Hans Fuglsang-Damgaard.

En deux mots ...

“Je souhaitais révéler une histoire s’inspirant de faits historiques qui ne sont franchement pas à la gloire du Danemark. (…) Je n’ai pas cherché à désigner un coupable ou à stigmatiser qui que ce soit. Il était intéressant de réaliser un film qui ne fasse pas toujours passer les Allemands pour des monstres. (…) C’est surtout un film sur des êtres humains. (…)J’avais l’intention de raconter une histoire toujours d’actualité qui permette aux spectateurs de ressentir la force de la peur, de l’espoir, du rêve, de l’amitié et le combat pour la survie à travers un petit groupe de per­sonnages.”Mattin Zandvliet

Avec ces confidences, Mattin Zandvliet s’inscrit dans la lignée des réalisateurs allemands des 70’s qui, à l’instar de Werner Faßbinder, voulurent régler leurs comptes envers le comportement de leurs aînés durant la Seconde Guerre Mondiale. En ce sens, ce film honore un tel parrainage.

Pour autant, le message invitant au pardon et rappelant qu’on ne punit pas la barbarie par la barbarie et que tout homme doit, en démocratie, être jugé dans le respect et la dignité efface par sa force et sa sincérité les imperfections stylistiques désignées dans la rubrique supra.

Un extrait

Ou plutôt deux:

 - “Nous n’avons pas le temps de nous apitoyer sur votre sort”. Le capitaine Ebbe aux prisonniers allemands

 - “Je ne le hais pas”. Le sergent Rasmussen au jeune Sébastian, au sujet d’un prisonnier.

Le réalisateur

Né en 1971 à Fredericia, au Danemark, Martin Zandvliet réalise et écrit, en autodidacte, son premier documentaire en 2002, après des débuts comme monteur de documentaires : Angels of Brooklyn, un drame social autour de trois jeunes portoricaines se battant pour vivre à Brooklyn.  Ce premier essai est un coup de maître puisqu’il obtient le Danish Film Award du meilleur documentaire et est sélectionné dans plusieurs festivals comme Toronto et Nyons. 

Après quelques autres courts métrages, il signe son premier long en 2009, Applaus, avec Paprika Steen : les combats d’une actrice célèbre que son divorce et la perte de la garde de ses enfants va plonger dans l’alcool. 

S’ensuivent A funny Man, avec Nikolaj Lie Kaas, l’histoire d’un comédien qui eut son heure de gloire et se retrouve soudain confronté à la solitude; puis ce Les oubliés,Prix du jury et du public à Pessac et du jury et jury étudiant au Festival international du film d’Histoire en 2016. 

The Outsider, son prochain long-métrage, verra Jared Leto incarner un soldat américain emprisonné dans le Japon au lendemain de la seconde Guerre mondiale.

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