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L’homme fidèle

Un petit air de Truffaut
De Louis Garrel
Avec Laetitia Casta, Lily-Rose Depp, Louis Garrel, Joseph Engel

Infos & réservation

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 26 déc . 2018

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Abel (Louis Garrel) a été quitté du jour au lendemain, il y a dix ans, par Marianne (Laetitia Casta), sous le prétexte qu’elle attendait un enfant de l’autre homme de sa vie. Aujourd’hui, devenue veuve, elle va essayer de le reconquérir. Mais une autre jeune femme, aussi charmante que persévérante (Lily-Rose Depp), amoureuse d’Abel depuis son enfance, va tout tenter pour contrecarrer ce plan.

Points forts

- Dès le premier plan, un panorama sur les toits de Paris avec en fond la Tour Eiffel, on est conquis. On pressent que ce film va avoir un charme fou, nous embarquer dans une aventure d’une légèreté de plume, mais lestée par des sentiments d’un sérieux abyssal. On se retrouve trente ou quarante  ans en arrière, dans le cinéma de la Nouvelle Vague, surtout celui de François Truffaut où les personnages échappaient à la réalité du quotidien en poursuivant leurs chimères amoureuses.

- Pour la nostalgie, la tendresse et l’élégance, on est donc chez Truffaut, mais on est en même temps aussi chez Louis Garrel, un cinéaste créatif, encore trentenaire, qui n’a pas encore été happé par l’esprit de sérieux. Son film est à la fois espiègle et plein de surprises. S’il est un hommage à la Nouvelle Vague, il emprunte aussi à la comédie, au drame et au thriller. (Mais chut !).

-Il faut dire que le scénario est formidablement écrit. A quatre mains. Par Louis Garrel en personne (il est décidément à tous les postes), mais aussi par un maitre en matière scénaristique, Jean-Claude Carrière. Aucun personnage ne réagit jamais comme on l’attendrait. On va de surprise en surprise, sans scène ni bavardage inutiles.

- La distribution est parfaite. Laetitia Casta n’a jamais été si juste, si sensible et si… sensuelle. Lily-Rose Depp apporte sa fraicheur et son obstination enfantine à son personnage d’amoureuse capricieuse. Quant à Louis Garrel  il est prodigieux, d’un naturel confondant,  capable de passer en un quart de seconde d’une mélancolie insondable à une drôlerie irrésistible.   

Points faibles

On peut reprocher à ce film de sembler, à certains moments, cousu avec du fil blanc. Mais, au fond, peut-être est-ce cela qui  lui donne un charme supplémentaire, cela le « décolle » d’un banal réalisme.

En deux mots ...

Décidément Louis Garrel aime les histoires de triangle amoureux. Après le très littéraire les Deux Amis, voici donc L’Homme fidèle. Dans le premier film, deux hommes couraient après une femme. Dans l’homme fidèle ce sont deux femmes qui se disputent un homme. Mais la séduction des deux œuvres est du même ordre. Ce sont des films d’une légèreté allègre, mélancolique, et qui laisse une place folle à l’inattendu, au vertige du sentiment, au charme et à l’obsession amoureuse. On est à la fois dans la modernité ( les personnages sont d’aujourd’hui) et dans les années 60/70, celles, si charmantes, de la Nouvelle Vague.  S’il n’était pas le fils de son Philippe de père, Louis Garrel aurait pu être celui de François Truffaut. C’est un grand compliment. Comme comédien, ce cinéaste n’est pas mal non plus !

Un extrait

Ou plutôt deux :

- « Ce qui était amusant avec Jean-Claude (Carrière, le co-scénariste), c’était de déjouer les attentes des spectateurs. On partait sur un triangle amoureux avec deux femmes, un homme, un enfant, un appartement… Je me disais, Jean-Claude a déjà vu et écrit cela plein de fois, donc il fallait tout le temps arriver à surprendre » (Louis Garrel, acteur-réalisateur-scénariste).

- « C’est ma formation Tati-Etaix. Comme on disait toujours avec Milos Forman, une bonne scène doit être inattendue et inévitable » (Jean-Claude Carrière, scénariste).

Le réalisateur

Petit fils de l’acteur Maurice Garrel, fils de l’actrice Brigitte Sy et du réalisateur Philippe Garrel, Louis Garrel, né le 14 juin 1983 à Paris, est, depuis tout petit, un enfant chéri du cinéma, jouant dès l’âge de six ans dans les films de son père. Admirateur de Jean-Pierre Léaud (son parrain), il s’initie à la comédie dans les cours de théâtre du lycée Fénelon qu’il quittera avant le baccalauréat pour s’inscrire au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. Avant d’en sortir diplômé en 2004, il suivra parallèlement des stages à la Fémis où son père est enseignant.

C’est en 2001 qu’il décroche son premier vrai rôle au cinéma, dans Ceci est mon corps de Rodolphe Marconi. Il n’arrêtera plus de tourner, notamment avec Bertolucci (Innocents- The Dreamers, en 2003),  Philippe Garrel ( Les Amants réguliers, qui lui vaudra en 2006 de recevoir entre autres prix, le César du meilleur espoir masculin) et surtout Christophe Honoré dont il devient l’acteur fétiche :Ma mère en 2004, Dans Paris, en 2006, les Chansons d’amour en 2007, La Belle personne en 2008 , Non ma fille tu n’iras pas danser en 2009 , Les Bien Aimés en 2O11.

Entre deux rôles, il s’essaye à la réalisation. Après trois courts métrages, il se lance dans le long. C’est en 2015, Les deux amis, qu’il co-écrit avec Christophe Honoré.

L’Homme fidèle est donc son deuxième long métrage. Dans la distribution, celle qui est sa compagne depuis 2015 et qu’il a épousée en 2017, Laetitia Casta.

Et aussi

- « Monsieur » de Rohena Gera- Avec Tillotama Shome, Vivek Gomber, Geentanjali Kulkarni…

 Jeune veuve ayant quitté sa province pour échapper au joug familial,  Ratna, s’est faite embaucher comme domestique chez  Ashwin, le fils héritier d’une riche famille de Bombay. Elle ne possède rien, mais pour sortir de sa condition de servante qui la contraint au silence et à l’obéissance, elle rêve de devenir couturière. Ashwin son patron,  lui, au contraire, a tout, et pourtant, il traine la douce  mélancolie de ceux qui ont renoncé à leurs rêves. En ces deux là, que tout oppose, va doucement se nouer une histoire d’amour, finalement si forte qu’ils vont finir par transgresser les lois (non écrites) de leur pays.

Dénoncer les inégalités qui pèsent en Inde à travers le récit d’une romance théoriquement interdite dans ce pays corseté par un système inégalitaire de castes… Pour son premier film, la jeune cinéaste indienne Rohena Gera n’a pas manqué de courage. Son cran a payé.  Monsieur avait été projeté  à Cannes à la Semaine de la Critique, ce qui avait permis qu’il soit vendu dans une vingtaine de pays. Mais pas en Inde, selon ce principe increvable qui veut que nul ne soit prophète en son pays. Dommage !  Aussi fin qu’intelligent, empreint à la fois de douceur et de détermination, réalisé, aussi,  avec une grande délicatesse, ce Monsieur, loin des ors et des fastes kitsch des productions Bollywoodiennes, aurait sans doute fait bouger les mentalités.

Recommandation : EXCELLENT

 

- « Bumblebee » de Travis Knight- Avec Vanessa Ross, Hailee Steinfeld, John Cena…

1987. Alors que la guerre fait rage sur la planète Cybertron  entre les Autobots et les Decepticons, l’Autobot Bumblebee  est envoyé sur Terre pour protéger la planète et ses habitants, d’en l’espoir d’en faire un refuge pour ses camarades. Mais il est suivi et rejoint par deux Decepticons qui l’attaquent. Couvert de blessures, Bumblebee trouve refuge, sous la forme d’une Coccinelle Volkswagen jaune, dans la décharge d’une petite ville balnéaire de Californie. Il  y est découvert,  brisé, par Charlie, une ado qui cherche sa place dans le monde. Quand Charlie  met la voiture en marche, elle s’aperçoit qu’il ne s’agit pas d’une banale voiture jaune. Tous deux vont tenter de se faire une place dans un monde qui les rejette…

Quelle belle surprise que ce préquel de la saga des Transformers de Michael Bay !

 Parrainé  par  Steven Spielberg, réalisé par Travis Knight ( le cinéaste de Kubo et l’armure magique), Bumblebeeressuscite l’esprit des films Amblin des années 80, mais avec plus de gags, plus d’actions, plus de psychologie, plus de décontraction et plus de juvénilité, plus de sentimentalisme Avec surtout une héroïne irrésistible , incarnée par la très talentueuse Hailee Steinfeld.

Drôle, enlevé, inventif, charmant, Bumblebee est un film idéal à voir en famille, de sept à soixante-dix sept ans.

Recommandation : EXCELLENT

 

- « Troppa Grazia » de Gianni Zanasi- Avec Alba Rohrwacher, Hadas Yaron, Elio Germano, Giuseppe Battiston…

Entre  l’éducation de son ado de fille (qu’elle élève seule), sa rupture avec son compagnon  infidèle et son métier de géomètre qui la contraint trop souvent à de rudes faces à faces avec ses employeurs, Lucia a du mal à ne pas perdre l’équilibre. Un jour, on lui confie le chantier d’un énorme centre commercial.  En dressant ses cartes topographiques, elle découvre que ce projet est très dangereux pour l’environnement. Dans un premier temps,  par peur de perdre son travail, elle décide de se taire. C’est sans compter sur une apparition de la Vierge qui va lui ordonner d’empêcher cette construction pour bâtir une église à sa place…Lucia, qui ne croit plus aux miracles, va penser devenir folle…

Fable contemporaine ? Comédie écologiste ? Drame ? Film fantastique ? Ce Troppa Grazia -qui avait reçu les faveurs de la critique à la dernière Quinzaine des Réalisateurs à Cannes-  est difficile à classer. Mais au fond qu’importe ! Grâce à la singularité de son pitch, son humour, la beauté dorée de ses images, son énergie, son optimisme aussi sur la capacité des hommes à continuer à « croire » malgré tout à leurs idéaux, il emporte  le spectateur. Il est par moments un peu foutraque ? C’est sans doute pour laisser à son interprète principale, l’ultra-douée  Alba Rohrwacher, toute latitude pour exprimer sa délicieuse extravagance.

Recommandation : EXCELLENT

 

- « Kirikou et la sorcière » de Michel Ocelot- film d’animation (copie restaurée).

Le petit Kirikou nait dans un village d’Afrique sur lequel la méchante sorcière Karaba a jeté un terrible sort. Non seulement la source est asséchée, les villageois rançonnés, mais les hommes disparaissent mystérieusement. A peine né, Kirikou va vouloir délivrer le village de l’emprise maléfique de Karaba et découvrir le secret de la méchanceté de cette dernière…

Il y a vingt ans que ce Kirikou  ( le premier long métrage du génial Michel Ocelot) est sorti sur les écrans, mais on ne se  lasse pas de ce récit initiatique qui reçut en 1999 le Grand Prix du Festival d’Annecy (le graal en matière de film d’animation).  Charme, inventivité, graphisme, couleurs, poésie, humour, humanisme et…bon sens,  il n’a pas pris une ride. Pour enchanter les petits comme les grands.

Recommandation : EXCELLENT

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