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L'Opéra

Quand l'envers du décor devient magique
De Jean-Stéphane Bron

Infos & réservation

Lu / Vu par

Nicolas Autier
Publié le 11 avr . 2017

Recommandation

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Thème

Micha Timoshenko, jeune baryton-basse originaire d’un petit village russe, est sélectionné pour entrer à l’Académie de l’Opéra National de Paris. En sa compagnie, émerveillés, nous y faisons nos premiers pas : séances d’essayage chez le costumier ; dureté des répétitions dans des salles dont la froideur incarne la permanente exigence qui est ici la règle ; premiers échanges avec les stars internationales croisées au détour d’un plateau, premières rencontres avec le public…

L’Opéra est une porte ouverte au public pour qu’il découvre l’envers du décor. A l’instar de l’équipe du film, le spectateur rejoint pour un temps les rangs des ceux qui font l’Opéra ; partage leur quotidien ; pénètre dans leurs lieux de travail ; est témoin des moments ‘cachés’ qui se vivent en coulisses avant le lever de rideau ou une fois celui-ci retombé.

Points forts

- L’Opéra s’ouvre par une scène d’une beauté à couper le souffle. Au petit matin, les trois couleurs du drapeau Français sont hissées sur le toit de l’Opéra Bastille alors qu’en arrière-plan Paris est baignée de la lumière du jour qui se lève. Ces images s’impriment de façon indélébile sur la rétine et dans la mémoire du spectateur. Les premiers instants de ce film rejoignent ainsi au rang des scènes d’ouverture mythiques celle du Léon de Luc Besson, 1994, qui magnifiait New-York comme jamais auparavant.

- L’Opéra fourmille ensuite de moments d’exception qui illustrent la complexité infinie que représente la préparation d’un spectacle de Musique, de Danse ou d’Opéra : comment gérer un préavis de grève qui tombe à quelques jours de la première du spectacle de l’année ; comment amener sur scène un taureau de plusieurs centaines de kilogrammes pour Moïse et Aaron ; comment convaincre les membres d’un chœur d’accepter un nouveau costume  ou de revoir un placement sur scène ; comment attirer plus de public en baissant le prix des places tout en équilibrant les comptes…

- Le film nous permet également d’assister à des moments que l’on n’aurait imaginés depuis un fauteuil d’orchestre ou de balcon : la danseuse étoile qui sort de scène et s’écroule aussitôt en coulisses, épuisée, à bout de souffle ; la cantatrice vedette de Rigoletto qui se fait filmer depuis les mêmes coulisses par son assistante à l’aide de son smartphone ; le départ de Benjamin Millepied de son poste de Directeur de la Danse …

- L’Opéra met aussi un coup de projecteur sur le rôle souvent méconnu des équipes managériales et administratives, qui mettent leur passion de la musique au service d’un exercice d’équilibrisme quotidien, entre l'impératif de donner aux artistes les moyens de leur ambition artistique et la nécessité d’une gestion rigoureuse.

- La scène de la saucisse illustre magnifiquement la recherche permanente d’excellence qui habite cette maison. On y voit Philippe Jordan, Directeur de la Musique, travailler pendant plusieurs minutes avec un chanteur la diction et la prononciation d’un mot apparemment anodin, saucisse, pour qu’il restitue l’énergie qu’il doit porter et s’insère parfaitement dans la rythmique générale.

- La minute de silence qu’observent toutes les équipes, du Directeur aux artistes, en passant par le poste de garde et les cuisiniers, pour rendre hommage aux victimes du Bataclan et affirmer leur volonté de continuer à jouer et à incarner la prééminence de la Culture face à la violence est bouleversante.

- Et puis, la scène finale est formidable ! Faisant superbement écho celle d’ouverture, elle met dans la lumière le personnel de nettoyage, rendant ainsi justice à ceux qu’on ne voit jamais, qu’on n’applaudit jamais, mais dont la contribution est également essentielle pour que le spectacle continue.

Points faibles

Le seul point faible de L’Opéra est la place sans doute excessive qui est accordée à Stéphane Lissner, le Directeur. Le temps et la place qu’il occupe à l’écran peuvent donner le sentiment que L’Opéra est parfois plus proche de l’hagiographie que de la mise en scène d’un collectif animé par un but commun.

En deux mots ...

Il faut aller voir L’Opéra:

- Parce que c’est un film d’une beauté et d’une grâce rares. 

- Parce qu’à la fin de la projection on se sent plus riche, joyeux et serein de ce Beau partagé. Les moments où l’on suit les Petits Violons, élèves d’une classe de CM2 de ZEP qui, grâce à leur mécène, Ursula Naccache, bénéficient de cours de musique au sein de L’Opéra avant d’y jouer un concert devant leurs familles, en sont particulièrement emblématiques.

- Parce qu’il est fascinant de voir tous ces métiers s’animer collectivement autour du processus créatif : musiciens, danseurs, chanteurs, chorégraphes, machinistes, ingénieurs du son, administratifs, costumiers, décorateurs … 

- Parce qu’il est encore plus fascinant de constater comment, en dépit des conflits, réels, et des tensions, nombreuses, tous se retrouvent unis par une même quête d’excellence, un même amour de la musique et un trac identique au moment d’affronter le seul jugement qui compte: celui du public.

Le réalisateur

Diplômé en 1995 de l'École cantonale d’art de Lausanne (ECAL), Jean-Stéphane Bron entame alors une carrière de réalisateur de documentaires. Connu de nos services, 1997, et La Bonne Conduite, 1999, lui amènent notoriété et premiers prix internationaux. Mais im Bundeshuus / Le Génie helvétique, 2003, est un des succès majeurs du cinéma suisse au box-office. En 2006 il réalise son premier film de fiction, Mon frère se marie. En 2010, son Cleveland contre Wall Street est présenté au Festival de Cannes, dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs. 

Pour présenter son travail sur L’Opéra, Jean-Stéphane Bron a des mots d’une grande pudeur et d'une non moins grande élégance : « Dans cette période qui abaisse souvent, il était important de mettre en avant ce qui élève. »

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