Mercenaire

Un vrai match de rugby, passionnant, puissant et sombre
De
Sacha Wolff
Avec
Toki Pilioko, Laurent Pakihivatau
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Ce film, qui démarre à Nouméa (Nouvelle Calédonie), va nous emmener sur une des terres de l’ovalie (le Lot et Garonne), et nous ramener… à son  exact point de départ.

Entre-temps,  pendant une heure quarante cinq, on aura suivi les malheurs, déboires, désespoirs et amours de Soane, un joueur de rugby de dix-neuf ans, qui, pour échapper au joug d’un père alcoolique et brutal (cela va souvent de pair), va accepter de venir jouer dans la France métropolitaine. L’occasion pour ce jeune sportif aussi costaud (111 kg) que malheureux et mutique, de se rendre compte qu’en ce qui concerne son sport, l’herbe n’est pas plus verte dans la métropole que dans son île natale, et même, qu’on la tond  sans vergogne sur le dos des joueurs.

Parsemé (réellement et métaphoriquement) de plaquages, de mêlées, de courses poursuites, de chausse-trappes et  de blessures,  tant physiques que psychologiques, le parcours de Soane tient, par sa force, sa densité et ses rebondissements, d’un vrai match de rugby.

Points forts

- Pour sa première fiction, Sacha Wolff n’a pas laissé tomber sa casquette de documentariste. Et c’est tant mieux, car son scénario s’ancre dans le réel et rend passionnante sa plongée dans les rites des Wallisiens et les coulisses  (ni jolies, ni tendres) du rugby amateur.

- Pour incarner son héros, le réalisateur est allé chercher un vrai rugbyman de 21ans, qui, lui aussi, a grandi à Nouméa. La stature du jeune homme ( un incroyable balèze d’un mètre 83, qui chausse du 48 ) impressionne. Quand il fonce dans la mêlée, son jeu ne relève pas du chiqué. En même temps, il dégage cette douceur propre aux enfants qui sont maltraités. Ce mélange de force et de tendresse qui émane de ce « bon gros géant »,  en fait un  fascinant personnage de cinéma.

- La beauté des images suscite autant respect et admiration, qu’elle flatte l’œil. Pour son premier « long », Sacha Wolff fait preuve d’une maitrise  de vieux (et bon) routier. Et ses cadres sont parfaits.

Quelques réserves

A moins d’avoir une aversion pour le rugby et/ou, aucune curiosité pour la culture wallisienne, je n’en vois pas.

Encore un mot...

Les bons films qui ont un sport collectif pour centre et pour thème sont rares. Ce « Mercenaire » mérite donc qu’on y coure. Son scénario est tendu de la première à la dernière image, son « décor » (le monde des petits clubs de rugby amateur) est solide; son héros a une présence magnétique, la poésie affleure à chacune de ses séquences (même les plus dures) et, pas un instant, le film ne se départit de  ce lyrisme, qui souvent est consubstantiel aux grandes œuvres.

Une phrase

« Ce film sert de témoignage. C’est un exemple pour les jeunes et leur entourage. Ils verront l’envers du décor et pourront mieux se préparer »

(Toki Pilloko, interprète de Sloane)

L'auteur

Né le 6 juin 1981, diplômé en réalisation de la FEMIS, Sacha Wolff dit qu’il est entré dans le cinéma de façon instinctive, en empruntant la caméra de son père pour filmer son meilleur ami, qui était autiste. En 2006, à la fin de sa formation, il s’est lancé dans la réalisation de courts métrages dont  plusieurs, et notamment « Does it make a sound », ont été sélectionnés dans des festivals internationaux. Parce qu’il n’aime pas attendre auprès de son téléphone que ses fictions trouvent des financements, Sacha Wolff a poursuivi parallèlement un travail de documentariste. On lui doit, entre autres, un remarquable « Camille Claudel », tourné en 2012.

« Mercenaire », qui sort ces  jours-ci, et constitue son premier long métrage, avait fait partie de la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs au dernier festival de Cannes.

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