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L’Objet du délit d’Agnès Jaoui - Avec Daniel Auteuil, Agnès Jaoui, Eye Haïdara, Claire Chust)…
Une metteuse en scène, débutante mal assurée mais féministe militante, se lance dans le montage des Noces de Figaro de Mozart, une œuvre tirée du Mariage de Figaro de Beaumarchais où un comte, pourtant marié, essaie de faire jouer son droit de cuissage sur une servante, le jour même du mariage de cette dernière. Sur le plateau, une troupe d’artistes et de techniciens qui ne se connaissent pas. Et voilà qu’éclate une accusation sexuelle : un des interprètes aurait eu la main baladeuse sur une de ses partenaires… Un énorme conflit se fait jour qui va non seulement mettre en péril la production mais déclencher des conflits d’opinions et de générations. S’installe un énorme charivari où la drôlerie et l’absurde vont le disputer au drame et aux larmes.
Pour son retour derrière la caméra après huit ans de silence, et son premier film écrit sans son complice Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui se lance dans un sujet « touchy », le mouvement #Me too. Si elle défend son existence dans ce nouvel opus, elle en dénonce aussi ses débordements. Avec ce sens des dialogues écrits au cordeau et ce talent de mettre de la nuance là où il n’y a souvent que querelle. D’une beauté formelle indéniable (à la photo, l’ultra doué David Chizallet) et d’une distribution impeccable (entre autres une Eye Haïdara sublime d’autorité et d’impertinence dans son rôle de Chérubin et un Daniel Auteuil irrésistible en chef d’orchestre débordé par les évènements), cette comédie mordante, virtuose, intelligente et rythmée par la sublime partition de Mozart, a reçu à Cannes (où elle était présentée hors compétition) un accueil formidable. Pour tous les publics, même ceux qui ignorent tout de l’opéra.
Recommandation : 4 coeurs
Dominique Poncet
Tout va super de Patrick Cassir - Avec Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb…
Élie (Hakim Jemili) a passé plusieurs années à s’occuper de Sylvaine (Noémie Lvovsky), sa mère atteinte d’un cancer. Tout semble s’arranger le jour où cette dernière apprend qu’elle est en rémission. Cela signifie le début d’une nouvelle vie pour Élie qui va enfin pouvoir commencer à penser à lui. Et cela commence par l’amour. Un soir, il rencontre Anaïs (Marie Colomb), serveuse dans un bar, et en tombe amoureux. Mais cette nouvelle aventure est rapidement gâchée par une nouvelle bien moins réjouissante : Sylvaine a fait une rechute. Entre sa nouvelle histoire d’amour et la maladie de sa mère, Élie va rapidement se sentir dépassé par les événements…
Présenté en compétition lors de la dernière édition du Festival International du film de comédie de l’Alpe d’Huez, Tout va super est une bien jolie surprise du cinéma français. Pour son nouveau film, Patrick Cassir (Premières Vacances, Un mariage sans fin…), réussit sans mal à faire dialoguer l’humour et l’émotion. Il y a un charme évident dans l’histoire de ce fils qui a bien dû mal à se défaire de la présence envahissante d’une mère hors normes, campée par l’extraordinaire Noémie Lvovsky. Drôle à de nombreuses reprises (à l’image de cette scène, hilarante, chez une conductrice de taxi passionnée par l’Asie), le long-métrage est également touchant à bien des égards, dans sa manière d’aborder la question de la maladie. Une chose est sûre, Tout va super pour la comédie à la française !
Recommandation : 4 cœurs
Antoine Le Fur
Le Virtuose de Daniel Rohrer - Avec Leo Woodall, Dustin Hoffman, Havana Rose Liu, Jean Réno…
A la suite d’une maladie auditive qui l’a rendu hyperacousique (tout bruit lui étant devenu insupportable, il doit vivre en permanence avec des bouchons d’oreille), Niki White un ex-prodige du piano (Leo Woodall, ) a dû abandonner sa carrière de concertiste. II gagne désormais sa vie en secondant un vieil accordeur de piano jadis brillant, mais aujourd’hui à bout de souffle et miné par les frais médicaux entraînés par son état de santé (Dustin Hoffman). Par le plus grand hasard, un malfrat découvre qu’ayant l’oreille absolue, Niki peut ouvrir n’importe quel coffre fort. Sans qu’il s’en doute, un piège terrible vient de se refermer sur lui…
Pour son premier long métrage, le cinéaste canadien Daniel Rohrer, oscarisé en 2022 pour son documentaire Navalny, propose un film qui débute comme une comédie sociale, bascule dans la romance et tombe dans le thriller, le tout rythmé, sans temps aucun temps mort, sur des musiques tour à tour jazzy ou classiques. Comment ne pas se laisser séduire par ce Virtuose protéiforme qui dresse, en outre, le portrait attachant d’un jeune homme talentueux, irrésistible de naïveté et de sensibilité? Ce dernier pourrait bien servir à son interprète, Leo Woodall, pour démarrer une belle carrière au cinéma. Et puis il y a Dustin Hoffman, dont le talent éclate dans toutes ses scènes, et Jean Reno, étonnant dans un rôle de compositeur. Séduisant et captivant.
Recommandation : 4 cœurs
Dominique Poncet
Mata de Rachel Lang - Avec Eye Haïdara, Joséphine Japy, Raphaël Personnaz…
Salement blessée à l’épaule lors d’une opération clandestine au Niger, Mata, une agente du service action de la DGSE (Eye Haïdara, parfaite dans ce contre-emploi) perd la trace de son coéquipier et compagnon (Raphaël Personnaz, comme toujours d’une remarquable justesse ), capturé par un commando. A son retour, elle est affectée à la Sécurité Intérieure du Territoire avec interdiction d’enquêter sur la disparition de son ancien binôme. Elle désobéit et se lance dans une course contre la montre, au risque de ruiner sa carrière…
Pour son troisième long-métrage, Rachel Lang (Mon légionnaire) se lance dans le film de contre-espionnage. Est-ce par ce que la réalisatrice est, parallèlement à sa carrière cinématographique, Officier de l’armée française et qu’elle connait forcément un peu, de près ou de loin, la boutique ? Quoiqu’il en soit, elle signe là un thriller au scénario solide (même si, par moments, un peu trop elliptique), qui, bien qu’anti-spectaculaire et introspectif, intéresse de bout en bout. On comprend pourquoi Mata a été choisi pour faire la clôture de la dernière édition de Reims Polar. Formidablement interprété et très réussi sur le plan formel : photo magnifique et cadrages efficaces et impecs!
Recommandation : 3 cœurs
Dominique Poncet
Cocotte de György Palfi - Avec Yannis Kokiasmenos, Maria Diako Panayotou…
Le rôle principal d’un film confié à une « cocotte » ? … Tout commence par un œuf pondu par une poule d’élevage industriel qui donne bientôt naissance à un poussin noir. Noir dans une couveuse qui n’abrite que des petits gallinacés jaunes ? Quand on ne peut pas se fondre dans une foule, mieux vaut prendre la poudre d’escampette et partir seul à la découverte du monde, quitte à en baver…Vaillamment, Cocotte va entamer un road movie qui la conduira de la cabine d’un camionneur qui veut la passer à la broche à un restaurant délabré occupé par un vieil homme et sa famille vivotant de trafics divers, en passant par une station-service et autres lieux insolites…Une épopée qui va lui permettre de contempler, du haut de son bec acéré, les vicissitudes et les lâchetés des humains…
Depuis Hic (de crimes en crimes) en 2002,on sait que le réalisateur hongrois György Pálfi a un goût prononcé pour l’insolite et les sujets singuliers. Est-ce son confrère polonais Jerzy Skolimowski qui avait offert la vedette de son film EO à un âne, qui lui a donné l’idée de choisir une poule pour observer la société humaine dans ce qu’elle a de moins reluisant, au cours d’un périple d’1h36 d’une inventivité formidable? Il paraît qu’en réalité, Pálfi a utilisé les services de 8 dames gallinacées pour venir à bout de son film. On espère qu’elles ont gagné le droit de finir leurs jours dans un immense poulailler, choyées par des éleveurs bienveillants… En tous cas, tous sont formidables dans ce film inattendu, aventurier, tour à tour burlesque et émouvant. Une découverte !
Recommandation : 3 cœurs
Dominique Poncet
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