Cinéma/Séries TV

Monsieur & Madame Adelman

Nicolas Bedos, catégorie supérieure
De Nicolas Bedos
Avec Nicolas Bedos, Doria Tillier, Denis Podalydes

Infos & réservation

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 11 mar . 2017

Recommandation

4,0En prioritéEn priorité

Thème

Ça commence à l’envers, par un très beau jour d’automne.. Sarah Adelmann vient d’enterrer Victor Adelmann , son écrivain de mari, dont elle était la muse, et qui vient de disparaître d’une façon brutale, inexpliquée, mystérieuse...

Un jeune biographe va enquêter et les quarante cinq ans de la vie des Adelmann, défiler sur l’écran.

Passion, amour, tendresse, complicité rigolarde et/ou intellectuelle, détestation, jalousie, tromperies, ruptures, engueulades, retrouvailles…. En presque un demi siècle, il va s’en passer de belles dans la vie de ce couple, tout sauf, petit bourgeois, sauf conventionnel, sauf frileux, sauf indifférent.

A travers son histoire si mouvementée, vécue sous les bannières de l’humour, de l’intelligence,  de la provocation, de l’irrespect, de l’autodérision, et de  la complémentarité, on va percevoir  aussi  les soubresauts et les modes des années  françaises qu’ils auront traversées.

Quel voyage, à travers le temps comme  à travers l’amour !

Points forts

- Pour son premier film en tant qu’auteur- réalisateur, Nicolas Bedos (en duo avec Doria Tillier pour le scénario, en solo pour les dialogues), n’y est pas allé de plume morte ! Quelle séduction  dans cette histoire d’amour  folle, romantique, mais, au fond, à tout bien réfléchir, pas si invraisemblable  que ça,  puisque, sous son intensité romanesque, y respirent vécu et, donc,  vraie vie ! Quelle drôlerie, quelle causticité, quelle intelligence dans les dialogues ! Ça ferraille, ça cliquète, ça étincelle, ça fait rire, ça émeut, et ça parvient même, par moments,  à tirer des larmes ! Le scénariste et sa complice  ont dû beaucoup travailler, mais aucune  des séquences de leur film  ne respire l’effort. C’est brillant, savoureux,  drôlissime, irrévérencieux, sans une once  de racolage. Sous-tendues par  une authentique sincérité, toutes les répliques font sens, quelles que que soient leur ironie et leur mordant.

- Parce qu’il relate l’histoire d’un couple, ce film s’intitule «  Monsieur&Madame Adelmann ». Mais, sous l’égalité des deux héros supposée par son titre, il offre ostensiblement le rôle majuscule à sa figure féminine. On comprend assez vite que, sans son épouse Sarah, Victor, le mari écrivain, paré pourtant de tous les talents et comblé d’honneurs, n’aurait été qu’une pâle copie de lui-même. Ce parti pris  scénaristique , délibérément féministe, devrait mettre fin aux rumeurs selon lesquelles Nicolas Bedos serait misogyne, voire machiste. Ici et là, d’ailleurs,  le cinéaste affirme que ce film  est une sorte d’hommage aux femmes  de sa vie, ses amoureuses, mais aussi  sa  mère et ses sœurs.

- Dès le premier plan, on sent que la réalisation a été pensée dès l’écriture.  Ce « Monsieur & Madame Adelmann » est d’une ambition formelle rarissime dans le cinéma français. On  le regarde , et on y trouve un cousinage avec les films de  Wes Anderson et  ceux de  Paul Thomas Anderson. Ce qui n’est pas rien !

- Avec une comédienne débutante  et un acteur pas encore très aguerri dans  les deux  rôles titre, on pouvait s’interroger... Doria Tillier et Nicolas Bedos se révèlent , l’un et l’autre, sensationnels. Leur justesse  de jeu, leur sens du tempo et leur puissance émotionnelle, cela, à tous les âges de la vie de leur personnage, sont  bluffants.

Points faibles

Pour pinailler, à peine  peut-on reprocher à ce «  Monsieur & Madame Adelmann », cinq minutes de trop, à sa toute  fin. Cela s’explique sans doute par le fait que Nicolas Bedos n’a pas eu le cœur de couper dans des séquences tournées .Mais ce n’est qu’un tout petit péché véniel, qui ne mérite même pas une pénitence , puisqu’il n'atteint pas le lyrisme du film.

En deux mots ...

Parce qu’elle échappe au conventionnel et à la routine, ne joue jamais sur la même note, ne s’embourbe dans aucune situation,  cette histoire  de « Monsieur & madame Adelmann »  réjouit, du début à la fin.. Il fallait les faire passer ces quarante cinq ans de  la vie d’un couple, sans tomber une seconde, dans la niaiserie, la caricature ou le déjà vu !  Ici, tout concourt à exciter la curiosité  et le plaisir du spectateur:  la structure, impeccable, du scénario; l’efficacité, redoutable, des dialogues ; la fluidité et l’inventivité de la mise en scène ; et aussi, le jeu des deux principaux protagonistes du film, Nicolas Bedos et Doria Tillier. Ces deux-là font la paire. Ils crèvent l’écran. On connaissait l’acteur Nicolas Bedos. On découvre la comédienne Doria Tillier.On les attend avec impatience tous les aux manettes de leur prochain film.

Un extrait

Ou plutôt deux :

 - « Ce qui est sûr, c’est que, ni Doria ni moi ,n’avions la moindre envie de verser dans l’idéalisme béat de la « comédie romantique » traditionnelle. Non par refus du lyrisme, de la tendresse ou du mélodrame (notre film est avant tout une grande histoire d’amour), mais  parce que, dans la vie, il arrive souvent qu’un «  je t’aime » soit suivi d’un coup de griffe ou d’une méchante vanne, ou ,pire, d’une lâcheté ». Nicolas  Bedos.

 - «  Victor a emprunté à Nicolas sa fougue, son outrance, son humour et sa légèreté … Sarah me ressemble par sa gaucherie dans son rapport aux autres, mais aussi (et paradoxalement), par son équilibre intérieur, sa capacité à ne jamais perdre pied »Doria Tillier.

Le réalisateur

Parce qu’il est, effectivement, un des enfants de Guy Bedos et de la scénariste Joëlle Bercot, c’est vérité dire de lui qu’il est un « fils de », mais ce serait mensonge de l’accuser d’avoir profité  du talent de son père pour débuter, et d’avoir usurpé la notoriété dont il jouit depuis quelques années… Car Nicolas Bedos est non seulement bourré de dons, mais il…travaille, comme un fou! La preuve, à trente six ans, il a déjà, à son actif, quatre pièces de théâtre, dont, en 2010, « Promenade de santé », six scénarios dont, en 2013, celui de «  Amour et Turbulences » réalisé par Alexandre Castagnetti,  et des centaines de chroniques, pour la presse écrite ( « Elle » et « Marianne ») et télévisuelle  (« On n’est pas couché ») . 

A cela, il faut ajouter, que, sur son piano dont il joue divinement,  il compose des musiques d’un swing à tout casser,  dessine  (aussi bien des femmes que des story-boards de films), et fait (de mieux en mieux) l’acteur. 

Et encore à cela , il faut ajouter  les livres qu’il publie, généralement en automne, après les avoir écrits l’été précédent..

Parce qu’il est né à Neuilly (le 21 avril 1980), qu’il  est « cash », provoque à tout va, adore mettre les pieds dans le plat de la bienséance, aime séduire tous azimuts et  a tendance à défendre, haut et fort, les veuves et les orphelins de tous les horizons,  on le qualifie souvent de « bobo de gauche ». C’est (beaucoup )réduire ce  touche à tout  talentueux  qui a commencé à  écrire à l’âge de treize ans. Un temps noceur invétéré pour noyer son mal être, il s’est, malgré tout, donné un mal de chien pour « exister »en dehors de son père. Sous le masque  de son autodérision et ses allures de «  j’m’en foutiste »,  c’est un observateur attentif de la société , un obsessionnel de la perfection et un tendre qui le cache bien.

Témoin ce «  Monsieur & Madame Adelman », son premier film (co-scénarisé avec Doria Tillier), dont on sent qu’il a réfléchi chaque scène, chaque plan, chaque morceau de dialogue, chaque note de musique.

Commentaires

Madeleine Elbsat
Le 11 mar. 2017
à 18h44

A voir absolument. Superbement écrit et joué par les deux comédiens.

Liliane Pagès Gomez
Le 12 juil. 2017
à 05h14

Je viens de découvrir ce film, en streaming, de l'autre côté du monde puisque je vis en Corée du Sud depuis plusieurs mois. Que dire? J'ai passé un moment où j'ai ri, pleuré avec les deux protagonistes Victor et Sarah. Ils sont tellement vrais, drôles, tendres, non conventionnels et cyniques à la fois que j'ai l'impression de les connaître. Ce qui m'a particulièrement touchée, c'est la justesse des sentiments. Où est-on capable d'aller par amour? Et je ne dis pas jusqu'où? Merci à Nicolas Bedos et Doria Tillier.

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