Cinéma/Séries TV

Nos batailles

Criant de vérité
De Guillaume Senez
Avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure Calamy

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Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 03 oct . 2018

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Contremaitre dans un entrepôt de marchandises vendues on line, Olivier (Romain Duris) se démène pour essayer de résister à la pression de ses supérieurs et améliorer le mal-être de son équipe. Complètement accaparé par ses problèmes de boulot, il ne voit pas que sa femme, Laura  (Lucie Debay), étouffe. Tellement  d’ailleurs, qu’un jour, sans un mot d’explication,  elle le plaque, lui et leurs deux enfants. A la fois abasourdi et pris de colère, Olivier doit réorganiser sa vie et apprendre à tout concilier, éducation des enfants, vie de famille et vie professionnelle. Face à ses nouvelles responsabilités, il va batailler ferme pour trouver un nouvel équilibre...

Points forts

- Le scénario est formidable . Il parvient à faire cohabiter deux films, sans jamais que l’un  ne prenne le pas sur l’autre : la chronique familiale (Comment reconstruire une vie de famille après la « perte » de l’un de ses piliers) et le  drame social (Comment résister à la déshumanisation du monde du travail). Plus fort encore, il arrive, en arrière-plan,  à parler de la liberté des femmes de décider de tout quitter pour ne pas mourir. Cela, avec un tact fou, sans enfoncer une seule  porte ouverte, sans qu’aucune scène n’ait l’air factice ou tirée par les cheveux.  Intime et social, tout s’entremêle et se déroule avec une fluidité parfaite.

- Est-ce dû au fait que Guillaume Senez ne dévoile les dialogues aux acteurs qu’au moment de tourner? En tous cas, ces derniers donnent l’impression de ne jamais jouer. Ils semblent vivre ce qui leur arrive de plein fouet,  comme dans la vraie vie, sans la distance que crée parfois l’apprentissage d’un texte. De Dominique Valadié à  Lucie Debay, en passant par  Laetitia Dosch, tous les interprètes  sont stupéfiants  d’engagement et de vérité.

- Le plus bluffant est le comédien qui incarne  le héros de cette histoire, Romain Duris. Depuis De battre mon cœur s’est arrêté,en 2005, il n’a jamais  été aussi bouleversant. En époux plaqué, père abandonné, employé pressurisé,  tout en fragilité, douleur,  désarroi et spontanéité, il tient là l’un des plus beaux rôles de sa carrière, l’un des plus touchants, l’un des plus puissants. On ose parier qu’il sera nominé aux Césars.  

- La réalisation se hisse au niveau de perfection des acteurs. Privilégiant les gros plans et le filmage « caméra à l’épaule »,  elle est à la fois précise, efficace, sans esbroufe, et nerveuse.

Points faibles

J'ai beau chercher, je n'en trouve pas.

En deux mots ...

Le dire et le redire: même s’il s’ouvre (ou presque) sur le suicide  d’un salarié licencié,  Nos Batailles n’est pas un de ces  drames sociaux en forme  de coup de poing qui se bousculent depuis quelques  années sur les écrans hexagonaux. C’est un film sur  un homme qui, anéanti par ses problèmes professionnels et sa situation familiale,  va (ré) apprendre doucement, lentement, maladroitement, à respirer, à aimer, à éduquer, à aider, en restant fidèle à ses convictions et à ses idéaux. L’humain au centre d’une chronique sociale, sans lourdeur, sans mièvrerie et sans pathos…C’est fort, c’est rare, ça interroge et ça embarque.

Un extrait

«  J’avais envie de montrer un personnage abandonné par tout le monde et qui n’arrive pas à aider les gens qu’il aime. Il a un regard bienveillant en tant que chef d’équipe, mais dès que ça touche à l’intime, ça devient compliqué pour lui. Je me reconnais en lui à bien des égards… L’idée d’avoir toujours beaucoup de mal à aider les gens qu’on aime, me touche ». (Guillaume Senez, réalisateur).

Le réalisateur

Né à Uccle en Belgique, Guillaume Senez  est un réalisateur franco-belge mais qui se revendique avant tout bruxellois.

Après ses études à L’INRACI, l’école de cinéma belge  la plus ancienne et la plus cotée, il réalise trois courts métrages, qui se verront attribuer de nombreux prix: La Quadrature du Cercle, en 2006, Dans nos veines, en 2009, et U.H.T ,en 2012.

Fort de ces expériences, en 2015 il se lance dans le long, avec Keeper, un film audacieux et très maîtrisé, sur les « ados-parents », qui reçoit un bel accueil critique.

Nos Batailles, qui est le deuxième long métrage de ce tout jeune quadragénaire, avait suscité l’enthousiasme de la critique et du public lors de sa projection, en mai dernier, à la Semaine de la Critique à Cannes.

Et aussi

- « Amin » de Philippe Faucon. Avec Mustapha Mbengue, Emmanuelle Devos, Marème N’Diaye…

Venu du Sénégal pour travailler en France, Amin  est depuis neuf ans ouvrier journalier sur des chantiers de construction. Il a laissé sa femme et ses deux enfants au pays, et leur absence le déchire. Un jour, une des ses missions le conduit chez  Gabrielle. Divorcée d’un mari querelleur, en charge (alternée) d’une fille, elle  aussi souffre de solitude. En pleine déshérence affective l’un et l’autre, Gabrielle et Amin vont se rapprocher. Mais, leur liaison ne résistera pas au sentiment de déracinement d’Amin…

Il est décidément très fort Philippe Faucon. Après  Samia et Fatima, voilà qu’une fois encore à travers un portrait, il réussit à parler d’un problème sociétal ( ici, celui des exilés ayant dû quitter leur famille pour des raisons économiques), avec une rigueur, une douceur, et une efficacité admirables, sans jamais tomber dans le pathos ou l‘effet scénaristique facile.

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du dernier festival de Cannes, Amin avait raflé la « palme » du cœur auprès  de la critique et des festivaliers. Idem au dernier Festival d’Angoulême.

Recommandation : EXCELLENT

 

- « Blindspotting »  de Carlos Lopez Estrada- Avec Daveed Diggs, Rafael Casal, Janina Gavankar

Un film projeté  en ouverture du festival Sundance, qui, débarquant au festival de  Deauville précédé, il est vrai, d’un bouche à oreille exceptionnel, en ressort avec le Grand Prix de la Critique ! Forcément on se dit que là, on tient peut-être un petit bijou de film…Et on ne se sera pas trompé, car Blindspotting est une petite bombe, à la  fois  survitaminée, futée, branchée, barrée,  déjantée et culottée…

Quand le film commence, Collin ( Daveed Digss) a encore trois jours à tenir avant la fin de sa conditionnelle. En attendant de retrouver une vie normale, il travaille comme déménageur avec Milles, son meilleur ami (Rafael Casal), dans un Oakland en pleine mutation. Mais voilà qu’il est témoin d’une grave bavure policière. Pour le jeune homme, c’est un électrochoc, et pour le film, le point de départ d’une réflexion sur la ville d’Oakland et plus largement, sur les Etats Unis, ses préjugés raciaux , son multiculturalisme, la montée des communautarismes etc..

Coécrit et joué, avec une énergie folle, par Daveed Diggs et Rafael Casal, deux amis d’enfance soudés par l’amour du rap, de la poésie et du ciné, Blindspotting est porté par une mise en scène nerveuse, inventive,  tendue et décalée.  Elle est signée par un  cinéaste  qui fait ses premiers pas dans le long métrage. Il s’appelle Carlos Lopez Estrada. Retenez bien le nom de ce jeune mexicain. On n’a sûrement pas fini d’en parler. 

Recommandation : EXCELLENT

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