The Old Oak

Ken Loach, le doyen des cinéastes britanniques, n’a toujours rien perdu de sa superbe et de son engagement humaniste
De
Ken Loach
Mise en scène
Dave Turner, Ebla Mari, Claire Rodgerson, Trevor Fox…
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

 TJ Ballantyne (Dave Turner) est le propriétaire du «Old Oak», un pub, situé dans une petite bourgade du nord de l’Angleterre, où il sert quotidiennement des pintes de bière à des habitués désœuvrés, pour qui cet endroit est devenu le dernier lieu où se retrouver.

Dans ce village dévasté par le chômage depuis que ses mines de charbon ont fermé, la vie s’écoule, monotone, à peine troublée, de temps à autre, par l’aboiement de chiens dressés pour le combat par des jeunes sans emploi. En 2016 - l’année où se déroule le film- l’arrivée soudaine de réfugiés syriens va changer la donne et susciter des tensions. TJ va pourtant réussir à se lier d’amitié avec Yara, une jeune migrante passionnée  par la photographie (Ebla Mari). Ensemble, ils vont tenter de faire tomber les a priori entre leurs communautés respectives, en développant une cantine solidaire, ouverte aux plus démunis,  quelle que soit leur origine.

Points forts

  • La force de l’engagement de Ken Loach : après 34 films  réalisés en plus de cinquante ans, elle ne faiblit pas. A 87 ans, le cinéaste prend une nouvelle fois  la défense des pauvres et des opprimés à travers une histoire contemporaine, ancrée dans le réel .
  • La subtilité du scénario, qui évite tout manichéisme et tout larmoiement, les deux pièges  dans lesquels ce film, qui mêle deux communautés (l'une d'autochtones, l’autre de réfugiés) aurait pu tomber. Une fois de plus on admire l’agilité et la précision de la « patte » de Paul Laverty, le scénariste de Loach depuis  toujours.
  • La qualité du casting. Mêlant, comme toujours, acteurs professionnels et amateurs,  il est exceptionnel. Mention spéciale à Dave Turner : dans le rôle de TJ Ballantyne, cet ancien pompier désormais sexagénaire, est impressionnant de densité et de  vérité. En tête de distribution de son récit, un comédien amateur, Dave Turner. Cet ancien leader syndical aurait pu prétendre à au prix d’interprétation au dernier Festival de Cannes en mai dernier, tant, dans son rôle d’un patron de « pub » au grand cœur, il est ahurissant de justesse.

Quelques réserves

On pourra  juste regretter que, par moments, ce beau et poignant récit - qui en profite pour dénoncer les conséquences dramatiques de l’abandon, par les autorités « thatchériennes », des villes minières du Nord, dès la cessation de leur activité - frôle la naïveté et le  didactisme.

Encore un mot...

Après quatre années de silence et deux films très noirs, Moi, Daniel Blake en 2016 (la descente aux enfers d’un artisan malade, condamné quand même à travailler) et Sorry We Missed You en 2019 (sur les ravages, dans la vie familiale, de l’ubérisation ), Ken Loach revient sur les écrans avec un film plus optimiste, ou en tous cas, qui montre que, oui, malgré leurs différences, des communautés  peuvent s’entendre  et créer de la solidarité. Si The Old Oak n’est pas le meilleur long métrage du cinéaste - les trop bons sentiments font rarement les meilleurs films -, il mérite pourtant qu’on y court, pour l’actualité de son sujet, la construction, impeccable, de son récit, son interprétation (la prestation, si touchante et si vraie, de Dave Turner dans son rôle de patron de bar au coeur gros comme ça, trotte longtemps dans la tête) et surtout,  pour sa bienveillance et son humanité, qui … émeuvent et redonnent de l’espoir.

Une phrase

« Avec ce film, nous voulions ouvrir notre propos à la notion d’espoir. Où les gens le trouvent-ils? Comment peuvent-ils parvenir à construire, ensemble et malgré tout, une vie décente ? » ( Ken Loach, réalisateur).

L'auteur

Depuis la cinquantaine d’années qu’il « nourrit » le cinéma européen dont il est devenu un des réalisateurs incontournables, est-il encore nécessaire de présenter Kenneth  (“Ken”) Loach, né le 17 juin 1936 à Nuneaton dans le Warwickshire, comté britannique situé au centre de l’Angleterre?

Peut-être rappeler qu’issu de la classe moyenne, il suivit des études de droit avant d’entrer à la télévision dans les années 60 pour y réaliser des docu-dramas  comme Cathy come home (1964); qu’en 1969, il réalisa Kes, l’histoire d’un garçon solitaire ayant pour amie une crécerelle, puis en 1971, l’émouvant et éprouvant Family life, film qui fit de lui le chef de file du cinéma humaniste européen. Une place qu’il occupe depuis avec une opiniâtreté touchante et un talent incontestable. 

A l’issue des 13 sélections cannoises de ses films suivants, le prolifique Ken Loach - 34 longs métrages au compteur- a cumulé sept prix, ce qui en fait l'un des cinéastes les plus récompensés de l'histoire du festival. Il a  obtenu deux palmes d’Or (Le vent se lève en 2006 et Moi, Daniel Blake, en 2016) ; trois Prix du Jury (Secret défense, en 1990, Raining Stones en 1993 et La Part des anges  en 2012); un Prix d’interprétation masculine pour Peter Mullan dans My Name is Joe en 1998, et un Prix du scénario avec Sweet Sixteen (2002) écrit par  Paul Laverty, son fidèle scénariste.

Bien que la projection de The Old Oak  se soit soldée par une ovation du public sur la Croisette en mai dernier, ce nouveau drame n’y a obtenu aucune récompense. On le regrette pour le cinéaste qui a annoncé que The Old Oak pourrait être sa dernière fiction.

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