PETER VON KANT

Une adaptation à la fois fidèle et audacieuse des Larmes amères de Petra von Kant de Rainer Werner Fassbinder, une des pièces autobiographiques du sulfureux cinéaste allemand . Dans le rôle de ce dernier Denis Ménochet est époustouflant
De
FRANÇOIS OZON
Avec
DENIS MÉNOCHET, KHALIL GHARBIA, ISABELLE ADJANI, STÉFAN CREPO
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Dans l’Allemagne des années 70, Peter von Kant, un cinéaste à succès, aussi attachant  que repoussant, un mélange de sybarite et de créateur exigeant (Denis Ménochet),  joue de son pouvoir et de sa notoriété pour humilier en permanence Karl, son valet, amant et factotum (Stefan Crepon), cela, même devant le gratin du cinéma et de la mode qui défile chez lui, notamment une actrice en vogue, cocaïnée au dernier degré (Isabelle Adjani) dont il est depuis longtemps un des meilleurs amis. Un jour débarque chez lui un jeune homme à la beauté du diable (Khalil Garbia). C’est Amir, un acteur en devenir, mais encore sans emploi. Peter tombe sous ses sortilèges. Une tragédie amoureuse, la sienne, se dessine…

Points forts

  • Pour son 21ème film, François Ozon revient à Rainer Werner Fassbinder, l’un de ses auteurs et cinéastes fétiches. Il adapte Les Larmes amères de Petra von Kant, une pièce inspirée au cinéaste allemand dans les années 70 par une liaison désastreuse et dévastatrice qu’il avait eue avec un jeune, beau, mais cynique amant. Pour brouiller  les pistes, Fassbinder avait centré sa pièce non pas directement  sur lui mais sur un double féminin, Petra. Elle était, non pas une  cinéaste, mais une styliste de renom qui s’éprenait, non pas d’une actrice, mais d’une jeune modèle. François Ozon a rendu à «Fassbinder » ce qui lui appartenait, en inversant de nouveau les genres de tous les personnages de cette pièce . Revoici donc sur grand écran, remise à l’endroit, cette pièce à la fois ironique et cruelle, fascinante  aussi dans sa façon de montrer ce que l’amour aveugle peut avoir de destructeur. 
  • Comme toujours, le cinéaste a réuni un casting exceptionnel : Isabelle Adjani est sublime dans son rôle de diva à la fois perdue et nostalgique, Hanna Schygulla, vertigineuse dans son personnage de mère vaine et cruelle; le jeune Khalil Gharbia, foudroyant de beauté et de férocité en amant intéressé ; Stefan Crepon émouvant en homme à tout faire masochiste, et surtout Denis Ménochet qui incarne avec une époustouflante subtilité de jeu cet ogre à la fois terrifiant et fragile et douloureux qu’était Fassbinder.
  • Pour tourner ce huis-clos tragique et vénéneux, François Ozon a tenu à respecter le glamour du cinéma allemand de ces années-là. Ses lumières et ses décors sont somptueux, qui, en outre, respectent  dans leurs couleurs sombres et moirées l’ambiance de l’appartement de  Fassbinder.

Quelques réserves

Un tout petit peu trop de grandiloquence dans certaines répliques. Mais ce léger défaut ne devrait toucher ni les amateurs de théâtre, ni les fans de Fassbinder.

Encore un mot...

  • Après Grâce à Dieu et Tout s’est bien passé, des fictions qui abordaient, frontalement, des problèmes d’aujourd’hui ( le scandale de la pédophilie dans l’Eglise pour l’un et le suicide assisté pour l’autre), Francois Ozon a renoué avec le plaisir de l’adaptation théâtrale, en l’occurrence ici celle d’une pièce culte de son auteur fétiche Rainer Werner Fassbinder
  • S’il a été fidèle à l’œuvre originelle en ce qui concerne  le décor (surchargé), l’époque  (les années 70) et la dramaturgie ( la montée vers un drame amoureux), il s’est amusé à inverser le genre des personnages, offrant ainsi à l’admirable Denis Ménochet un de ses plus  beaux rôles. Le théâtre transposé au cinéma?  Le cinéaste sait faire. Il l’avait  déjà prouvé  plusieurs fois avec notamment, en l’an 2000, l’anxiogène Gouttes d’eau sur pierres brûlantes qu’il avait adapté du même Fassbinder avec le bonheur que l’on sait. Il le démontre une fois encore avec ce huis-clos inspiré sur la drôlatique et douloureuse tragédie d’un homme  amoureux. Fascinant,    

Une phrase

« Denis (Ménochet) que j’admire et que je connais bien après Dans la maison et Grâce à Dieu était l’acteur parfait pour incarner ce démiurge aux pieds d’argile, cet ogre à fleur de peau, dur et tendre à la fois; l’important était pour moi de rendre son personnage beau et touchant, comme Fassbinder l’était lui aussi au début dans ses propres films, notamment dans Le droit du plus fort » ( François Ozon, réalisateur).

L'auteur

  • Est-ce par réaction ? En tous cas, François Ozon, né le 15 novembre 1967 dans une famille catholique pratiquante, est l’un des cinéastes français les plus turbulents qui n’aime rien tant que subvertir les normes sociales et familiales.
  • Très éclectique, nommé six fois au César du meilleur film et du meilleur réalisateur, cet ancien de la FEMIS n’est pas du genre à repasser dans le même sillon.De Sitcom (1998) à Tout s’est bien passé ( sorti en septembre dernier ), en passant notamment par Huit femmes (2001), Potiche (2010) et Grâce à Dieu (2018), tous ses films, très différents les uns des autres, surprennent. Truffés de citations visuelles (de Godard à Chabrol, en passant par Visconti, Almodovar, Billy Wilder, etc.), ils dénotent chez lui une grande cinéphilie.
  • On reconnaît sa patte à sa façon d’alterner réalisme et artifices, à jouer sur la confusion du vrai et du faux. Sorti en salles le 14 juillet 2020 en pleine pandémie, Été 85, son vingtième film, attira 364 000 spectateurs. 
  • Après une petite baisse de régime avec Tout s’est bien passé dont le thème, le suicide assisté, dut décourager les spectateurs français alors en pleine pandémie,— 255 000 entrées seulement, malgré une distribution haut de gamme— le cinéaste revient avec ce Peter van Kant, achevé déjà depuis plus d’un an, attendu autant par ses fans que par ceux de Fassbinder  (dont ce film est un portrait déguisé) et qui fit, c’est bon signe, un tabac au dernier Festival de Berlin.

Et aussi


AFTER YANG de KOGONADA- Avec COLIN FARRELL, JODIE TURNER-SMITH, JUSTIN H. MIN…

Dans un futur proche, un couple d’Américains qui a adopté  Mika, une petite fille chinoise, lui a acheté un androïde domestique de même origine prénommé Yang pour lui servir de confident, de tuteur et de grand frère. Mais voilà qu’un jour Yang, acheté d’occasion, tombe en panne à la fin d’une danse  endiablée. Devant le désespoir de sa petite fille, Jake, le papa  de Mika va tout mettre en œuvre pour le faire réparer. Au cours de son périple, il va découvrir le passé de Yang, ce qui va l’amener à s’interroger sur « l’humanité » des androïdes et les sentiments que ces derniers peuvent développer envers les humains…

 Après le très graphique Columbus, Kogonada se lance dans le film d’anticipation. Ce n’est pas le premier réalisateur à traiter de la place à venir des androïdes dans nos sociétés humaines, mais ce qui est ici différent c’est la tendresse et la poésie avec laquelle le cinéaste d’origine coréenne aborde ce sujet, souvent traité de manière angoissante. Non seulement son film, quelque part entre Blade Runner  et les œuvres de Terrence Malick, est doux et sensible, mais il est visuellement magnifique. Et puis, Colin  Farrell  compose un personnage de père d’une tendresse bouleversante, à mille lieux des bad boys qu’il se plaît souvent à interpréter. Un peu « alambiqué », mais intéressant et très agréable à regarder.

Recommandation : 3 coeurs

 

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