PRÉSIDENTS

Un face à face burlesque entre deux anciens Présidents de la République française…Poétique, hilarant et touchant…
De
Anne FONTAINE
Avec
Jean DUJARDIN, Grégory GADEBOIS, Doria TILLIER, Pascale ARBILLOT…
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Thème

Nicolas, un ancien Président de la République (Jean Dujardin) marié à une chanteuse lyrique (Doria Tillier), s’ennuie ferme dans sa retraite forcée. Il voudrait bien revenir sur le devant de la scène. Mais il lui faut un allié. Il a alors l’idée d’aller débusquer Francois (Grégory Gadebois), un autre ancien Président — qui lui coule des jours heureux en Corrèze avec une nouvelle fiancée (Pascale Arbillot) — pour lui demander de faire alliance avec lui.

Tel est pris qui croyait prendre. Nicolas découvre que le bonheur n’est peut-être pas là où il croyait. Mais François, lui, se pique au jeu. Tout bien pesé, il se frotterait  bien de nouveau au jeu politique. Leurs compagnes respectives vont s’en mêler.
Accords ? Désaccords ?

Points forts

– Anne Fontaine dit que l’idée de ce film lui est venue comme une blague. Elle était en plein confinement avec son producteur de mari Philippe Carcassonne lorsque tous les deux ont commencé à gamberger sur une histoire d’amitié entre deux frères ex-ennemis, et pourquoi pas, après tout, deux hommes qui auraient en commun d’avoir exercé le pouvoir au plus haut sommet de l’Etat. La cinéaste ne souhaitait pas un film en costumes, elle voulait une comédie contemporaine. Les noms de Nicolas Sarkozy et François Hollande sont arrivés très vite sur la table. «Ce qui m’intéressait, avec ces deux politiques-là, dit-elle, c’était de traiter l’idée de l’après, ce moment où l’on n’est plus au pouvoir ».

– La cinéaste fait de « son » Sarko un homme esseulé qui, faute d’avoir pu conserver le pouvoir, s’accroche à son aspirateur et à son petit chien, et de « son » François, un néo-rural apparemment heureux dans sa nouvelle vie de gentleman-farmer. Dans son scénario, c’est le premier qui va aller à la rencontre du second pour lui proposer une alliance contre… Marine Le Pen.

– Elle taille alors pour chacun des dialogues sur mesure, écrits dans leur phrasé et leur style : académique et caustique, pour François, narquois et nerveux pour Sarko. Mais les répliques des deux hommes vont avoir en commun d’être ciselées, vachardes et ironiques. Les noms des comédiens qui vont les incarner s’imposent dès lors rapidement. Jean Dujardin sera « Sarko » et Grégory Gadebois, « François ». Cela tombe à pic : les deux comédiens qui s’étaient rencontrés sur le J’Accuse de Roman Polanski avaient très envie de retravailler ensemble. Chacun va s’emparer de son personnage à sa façon. Jean Dujardin, très Actors Studio va s’attacher à reproduire certaines mimiques de Sarko et imiter son phrasé (« j’vais vous l’dire ! ») ; Grégory Gadebois va pour sa part, plutôt chercher une évocation de son modèle, qui se targuait tant d’être un Président « normal ».

« Ils avaient tous les deux le décalage et l’ironie nécessaires pour emporter l’histoire vers quelque chose de joyeux, sans jamais tomber dans l’imitation ou la parodie », dit Anne Fontaine. Elle ne s’était pas trompée : le face à face  des deux comédiens est irrésistible.

– Les femmes ne sont pas oubliées. En compagnes des deux hommes politiques, tour à tour égéries et soutiens, elles ont un beau rôle dans le film. Il faut dire que Doria Tillier (madame Sarko) et Pascale Arbillot (la compagne de François) sont toutes les deux aussi brillantes que touchantes,

Quelques réserves

Anne Fontaine dit qu’elle a voulu faire une farce potache, et pas une comédie sur la politique et le pouvoir. On la comprend, car, en l’état, son film est délicieux. On peut quand même regretter qu’elle n’ait pas donné à son propos un tout petit peu plus d’enjeu et de profondeur.

Encore un mot...

Après Xavier Durringer avec La Conquête (2011) et Pierre Schoeller avec L’Exercice de l’Etat, c’est au tour d’Anne Fontaine de se faufiler dans les coulisses de la vie politique française. Mais à l’inverse de ses deux prédécesseurs, elle a  délibérément choisi de le faire sous l’angle de la comédie. Dans son film tout est faux mais tout paraîtrait vrai, si l’absurde, l’ironie et la drôlerie ne venaient pas s’inviter à chaque séquence, et si on ne sentait pas l’amusement qu’ont eu Jean Dujardin et Grégory Gadebois à enfiler les costumes et les tics langagiers de leur modèle. Il y a quelque chose de frais, de savoureux, de « gouleyant » dans ce Présidents. Si on le regarde comme une blague potache, comme le demande d’ailleurs la réalisatrice, alors on passe 100 minutes exquises, en compagnie de quatre acteurs au sommet.

Une phrase

« Ce tandem Sarkozy-Hollande du film, c’est un peu comme un hamster et une souris à l’intérieur d’une cage : soit ils se bouffent, soit ils cavalent ensemble… J’adore cette idée de l’expérience de laboratoire ramenée à la politique ! Dans Présidents, les deux symboles de la droite et de la gauche vont devoir travailler ensemble pour empêcher Marine Le Pen d’arriver au pouvoir, en essayant de s’entendre sur les petites routes de Corrèze. On est donc de fait déjà plus dans la fable que dans l’imitation » (Jean Dujardin, comédien).

L'auteur

Née à Luxembourg en 1959, Anne Fontaine est l’une des réalisatrices françaises les plus inclassables, qui aime surgir là où on ne l’attend pas.

Après avoir suivi une formation de danseuse, elle débute sa vie professionnelle comme… actrice, notamment dans des comédies dont, en 1985, P.R.O.F.S. de Patrick Schulmann, où elle interprète le rôle de la compagne de Patrick Bruel. L’année suivante, elle plaque le grand écran et se lance dans la mise en scène de théâtre pour diriger Fabrice Luchini dans Voyage au bout de la nuit qu’elle a adapté avec lui. En 1991, nouvelle volte-face : elle revient au cinéma avec Les histoires d’amour finissent mal… en général, cette fois-ci en tant que réalisatrice. Elle a trouvé sa voie et n’arrêtera plus de tourner. Des films de genres et de sujets à chaque fois différents, qui témoignent de son insatiable curiosité. En 1995, c’est Augustin ; en 1997, Nettoyage à sec (qui l’impose comme une réalisatrice à suivre) ; en 1999, Augustin, roi du kung-fu. Suivront, entre autres, un drame, Comment j’ai tué mon père (2001), un thriller romantique, Entre ses mains (2006), un biopic, Coco avant Chanel ( 2009), un drame historique, Les Innocentes (2016), une adaptation d’un conte de Grimm Blanche comme neige (2019), et un film noir, Police en 2020.

Présidents est le dix-neuvième long métrage de cette cinéaste éclectique qui est mariée au producteur Philippe Carcassonne.

Et aussi

 

- MY ZOÉ de Julie DELPY – Avec Julie DELPY, Richard ARMITAGE, Daniel BRÜHL…

Après son divorce, Isabelle (Julie Delpy), une généticienne maman d’une petite Zoé, tente de reprendre sa vie en main. Elle tombe amoureuse et décide de relancer sa carrière. Mais son ex-mari lui rend la vie difficile, notamment en ce qui concerne la garde de leur fille. Un jour l’irréparable survient. A la suite d’une hémorragie cérébrale, Zoé tombe dans le coma et finit par mourir. Isabelle décide de réagir, mais d’une façon surprenante.

Jusqu’où une mère est-elle prête à aller pour ne pas perdre complètement son enfant ? A-t'on le droit de chercher à cloner un enfant disparu ? Ce sont les questions, passionnantes, que pose avec audace et finesse Julie Delpy dans son nouveau film. Un film gonflé tant sur le fond (il aborde sans état d’âme les problèmes de la manipulation des embryons et ceux du clonage chez les êtres humains ) que sur sa forme, puisqu’il commence comme un drame familial, flirte avec le thriller psychologique et se clôt comme un récit de science-fiction. On est loin, très loin des opus précédents de cette inclassable cinéaste de 51 ans qui partage depuis longtemps sa vie entre Los Angeles et Paris. Inattendu, palpitant, touchant.

Recommandation : Excellent

 

- SOLO de ARTEMIO BENKI – Documentaire sur le pianiste Martin PERINO.

Pianiste virtuose et compositeur argentin, Martin Aníbal Perino, né à Buenos Aires en 1984, a sombré à 20 ans dans une dépression schizophrène paranoïde – due à un enchaînement de sept overdoses de drogue – qui a entraîné son internement en hôpital psychiatrique, et ce, alors que sa carrière éclatait et qu’il composait sa première oeuvre… Quand Solo commence, quatre années se sont écoulées. Martin, qui s’apprête à sortir de l’hôpital, essaie de faire face à sa maladie ( ce qui ne signifie pas qu’il va la surmonter ) et tente de reprendre contact avec l’extérieur, dans l’espoir de rejouer… On va alors remonter le temps avec lui et suivre les efforts et les interrogations de cet artiste qui veut s’en sortir malgré ses problèmes.

Fiction ou documentaire ? On peut se poser la question devant ce film sans précédent, qui en même temps qu’il fait le portrait d’un pianiste empêché de jouer en public à cause d’une agoraphobie destructrice, plonge parallèlement dans les mystères du processus de création.

Solo est un récit au présent, mais son héros malheureux ne cesse de nous entraîner dans son passé, grâce aux conversations qu’il mène avec ses médecins ou les musiciens qui viennent lui rendre visite. Ces retours en arrière, évidemment passionnants  et glaçants, disent les souffrances et les incompréhensions d’un artiste génial empêché d’exercer son talent.

 En résumé, Solo est un documentaire sans fard, qui filme, sans une once de voyeurisme, avec tendresse et délicatesse, le combat d’un homme contre sa maladie mentale. On en sort bouleversé et grandi, oui, grandi.

Recommandation : Excellent

 

- LA FINE FLEUR de Pierre PINAUD - Avec Catherine FROT, Melan OMERTA, Fatsah BOUYAHMED…

Eve Vernet (Catherine Frot) a été la plus grande créatrice française de roses. Mais les temps ont changé. Pour ne pas avoir cédé aux sirènes de la culture intensive et industrielle, elle est au bord de la faillite, sur le point d’être rachetée par un puissant concurrent. Pour l’aider à sortir du marasme, Véra, sa fidèle secrétaire, trouve une solution. Puisqu’elle n’a pas les moyens d’embaucher des pros, elle lui suggère d’engager trois employés en insertion. Problème, ces derniers n’ont aucune compétence agricole. Alors que tout sépare Eve de ses trois recrues, ils vont se lancer, ensemble, dans le sauvetage de la petite exploitation d’Eve…

Pour son second long métrage, le cinéaste Pierre Pinaud a choisi de nous faire découvrir un univers qui le passionne depuis l’enfance, celui de la création de roses. Il le fait à travers le portrait d’une femme indépendante qui nous explique, avec subtilité, précision et tendresse, la beauté et les difficultés de son métier d’horticultrice, notamment en ce qui concerne l’hybridation des fleurs. Mais pour corser son scénario, le cinéaste lui a donné une dimension sociale… Le résultat est ce film délicieux, poétique et sensuel, tendu par un scénario que n’aurait pas désavoué le Ken Loach de La Part des Anges. Catherine Frot apporte au personnage d’Eve la grâce, la précision, l’intelligence et l’espièglerie si singulières de son jeu. Dans son personnage d’employé en insertion, le rappeur Omerta fait une entrée fracassante sur le grand écran.

Recommandation : Excellent

 

- PIERRE LAPIN 2 - PANIQUE EN VILLE de Will GLUCK - Avec Rose BYRNE, Domhnall GLEESON, David OYELOWO…

Béa, Thomas et les lapins —dont Pierre— forment désormais une famille recomposée. Mais Pierre a beau faire tout son possible, il ne parvient pas à se débarrasser de sa réputation de filou mal élevé qui lui colle à la peau. Un jour il s’aventure en ville, hors du potager. Ça tombe mal, car c’est le moment où l’adorable Béa rencontre un méchant éditeur qui veut trahir ses romans pour doper leurs ventes..

Si cette suite des aventures du petit rongeur espiègle créé par la romancière britannique Beatrix Potter continue de mêler acteurs réels et animation avec une grâce folle, elle est moins convaincante que son numéro un. La faute à un scénario un peu plan-plan et un peu prévisible. Les enfants devraient néanmoins continuer à adorer : ce nouvel épisode Pierre Lapin n’a rien perdu en rythme, et visuellement, c’est toujours aussi tendre et charmant.

Recommandation : Bon

 

 

– SOEURS  de Yamina BENGUIGUI – Avec Isabelle ADJANI, Maïwenn, Rachida BRAKNI…

Élevées en France par leur mère, trois sœurs « fâchées » décident de retourner dans leur pays natal, l’Algérie, pour tenter de faire dire à leur père, mourant, où il a caché ce frère qu’il avait jadis  kidnappé et ramené au pays. Entre disputes et réconciliations, commence alors pour cette fratrie une course contre la montre dans une Algérie où se lève le vent de la révolte.

Vingt ans après Inch’ Allah dimanche, la réalisatrice franco-algérienne Yamina Benguigui revient à la fiction avec un film inspiré de son adolescence. Dans cette tragi-comédie portée (formidablement) par trois actrices d’origine algérienne, elle met en scène des femmes écartelées entre leurs deux cultures. On reconnait le style chaleureux et brouillon de la cinéaste, mais il manque à son nouveau film, pourtant drôle, sympathique, sincère et, par moments, poignant, ce petit plus bouillonnant qui avait valu à Inch’Allah dimanche un plébiscite critique et public.

Recommandation : Bon.

Commentaires

Anonyme
sam 18/09/2021 - 22:40

C'est une pochade très amusante mais si elle mérite 4 coeurs comment allez-vous évaluer les chefs-d'œuvre ???

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.