Quelques jours pas plus

Une « dramédie » sur l’accueil des migrants pour une fois joyeuse et légère, l’ancienne directrice de casting Julie Navarro fait une entrée remarquée dans la réalisation. Elle offre en plus à Benjamin Biolay sa meilleure composition de comédien
De
Julie Navarro
Avec
Benjamin Biolay, Camille Cottin, Amrullah Safi, Hippolyte Girardot…
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Pour avoir gonflé, une fois de plus, le montant d’une de ses notes de frais, de façon ahurissante, Arthur Berthier, (Benjamin Biolay), critique rock dans un journal généraliste, est relégué aux informations générales par son patron (Hippolyte Girardot). En couvrant l’évacuation, à Paris, d’un camp de migrants, il reçoit malencontreusement un coup de matraque sur la tête et est envoyé à l’hôpital. « A quelque chose malheur est bon », dit l’adage, qui se confirme une fois encore : Arthur tombe sous le charme de Mathilde (Camille Cottin), une des  responsables de l’association Solidarité Exilés. Pour la séduire, Arthur va aller jusqu’à accepter d’héberger Daoud (Amrullah Safi) un jeune réfugié afghan, mais pour quelques jours seulement. Vraiment ???

Points forts

  • « On ne parle bien que de ce que l’on connaît bien » dit le proverbe. Si, au-delà de sa drôlerie et de sa cocasserie, Pour quelques jours pas plus est si bien ficelé, c’est parce que sa réalisatrice sait de quoi elle parle.  Ayant grandi dans une famille qui accueillait des réfugiés, elle a su jusqu’où en parler « trop loin », c'est-à-dire jusqu’où en plaisanter et en dénoncer les chausses-trapes.

  • Son scénario tient d’autant plus debout qu’en plus d’y avoir injecté de son expérience personnelle, il lui a été inspiré par De l’influence du lancer de mini-bar sur l’engagement humanitaire, un livre dont l’auteur, Marc Salbert se trouve être son compagnon. Ce qui explique qu’elle l’ait écrit à quatre mains avec lui. Pour trancher avec la majorité des (nombreux) films réalisés sur ce sujet, tous les deux ont veillé à ne pas plomber leurs dialogues de formules militantes. Malgré la gravité de son sujet, Pour quelques jours de plus frôle parfois la comédie pure.

  • Une autre des réussites du film est son casting. Comédienne à la fois solide mais  « intranquille », fragile mais capable d’auto-dérision Camille Cottin campe une militante loin de toute caricature. Dans son rôle de journaliste  revenu de tout, Benjamin Biolay  sait être impayable de drôlerie, mais quand il doit jouer les pères ou les hommes amoureux, il montre qu’il peut aussi être très touchant.

Quelques réserves

Filmage, dialogues, photo, rythme, interprétation : aucune réserve, sauf sur la toute  fin qui, inexplicablement, bascule dans la mièvrerie et les bons sentiments. Un petit bémol  qui n’influe pas, heureusement, sur l’image, si positive, que laisse le film.

Encore un mot...

Il y a longtemps qu’on n’avait pas vu sur les écrans hexagonaux un film français questionnant l’engagement humanitaire avec autant d’humour, et même, par moments, autant d’ironie à la fois moqueuse et respectueuse…Celui-là, signé Julie Navarro, fait un bien fou. On avait oublié le plaisir de pouvoir rire, s’attendrir et réfléchir en même temps sur un des problèmes les plus aigus de nos sociétés d’aujourd’hui, sans se sentir une seule seconde culpabilisé !  Comédie sociale hilarante et touchante, Quelques jours de plus,  qui flirte délicieusement avec la comédie romantique, mériterait de toucher un large public, au-delà  de celui des fan clubs de Camille Cottin et Benjamin Biolay, tous deux, ici, excellents.

Une phrase

« Quand on s’empare d’une thématique aussi casse-gueule que celle de l’accueil des migrants, il faut un point de vue fort. Pour fuir le militantisme qui est souvent didactique ou moralisateur, j’ai choisi d’adopter le regard d’Arthur Berthier. Ce journaliste musical est certainement curieux  et ouvert sur le monde, mais, comme beaucoup d'entre nous, son engagement se limite à quelques comportements rarement suivis d’effet. J’avais besoin de ce décalage qui apporte de la comédie et un humour salvateur » (Julie Navarro, réalisatrice) 

L'auteur

Bien que Quelques jours pas plus soit son premier long métrage, Julie Navarro, 49 ans, a déjà derrière elle une belle expérience de cinéma puisqu’après avoir suivi une formation de théâtre et avoir dirigé une compagnie pendant quelque temps, elle a eu la chance d’entrer dans le 7ème art comme première assistante. Un métier qu’elle a exercé pendant une douzaine d’années et qui lui  a servi, comme elle le dit aujourd’hui,  d’ «école de ciné». Souvent alors sollicitée pour trouver un rôle manquant, elle finit par se piquer au jeu et est devenue directrice de casting. Une activité  qu’elle a adorée, mais en même temps qui  l’a frustrée, puisqu’il ne lui permettait plus de vivre l’expérience du plateau. Quand elle a eu l’opportunité de devenir réalisatrice avec un sujet qui l’inspirait, elle a saisi la balle au bond et elle a tourné Pour quelques jours pas plus. Au vu du résultat, on peut penser que ce ne sera pas son dernier film.

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