Cinéma/Séries TV

Sage Femme

Laquelle des deux est la meilleure ?
De Martin Provost
Avec Catherine Deneuve et Catherine Frot

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Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 22 mar . 2017

Recommandation

3,0ExcellentExcellent

Thème

D’un tempérament aussi austère que droit et généreux, Claire (Catherine Frot) est une sage-femme qui a voué sa vie à la donner. Femme discrète, secrète même, elle travaille sans relâche dans une maternité de Mantes-la-Jolie, partageant le peu de temps qu’il lui reste entre un petit potager niché au bord de la Seine et son fils Simon, étudiant en médecine. Mise à part la  perspective de la fermeture prochaine de sa maternité  au profit d’une « usine à bébés » (où elle annonce ne pas vouloir aller parce que, pour elle, l’humain doit primer sur le rendement),  rien ne semble pouvoir troubler son quotidien si bien ordonné. 

Mais voilà qu’un jour, elle reçoit un appel d’une certaine Béatrice (Catherine Deneuve). C’est une des anciennes maitresses de son père,  qui fut probablement responsable du suicide de ce dernier. La première réaction de Claire est le rejet. D’autant que Béatrice est  son  exact opposé. C’est une femme fantasque, égoïste, dépensière et exubérante. Oui, mais voilà, elle souffre d’une tumeur inguérissable au cerveau, n’a pas d’argent et  semble aspirer à  se faire pardonner ses agissements d’antan.  

Bien sûr, Claire l’humaniste se laissera toucher. Les deux femmes vont se rapprocher et s’apprivoiser. Claire lâchera prise et  se laissera, enfin, de nouveau séduire par un homme (Olivier Gourmet). Béatrice retrouvera les joies  du partage et une certaine sagesse. 

Pourtant, comme on n’est pas dans une comédie romantique, tout ne finira pas bien…

Points forts

- Même s’il se clôt sur une disparition, ce film peut se regarder comme une ode à la vie : celle qu’on donne, celle qu’on reçoit , celle qu’on transmet, celle qu’on dilapide aussi et celle qui s’échappe et s’en va. Il n’est pas innocent qu’une de ses deux héroïnes soit «  sage-femme ». 

- Quelle surprise et quel bonheur de trouver, face à face d’abord, puis, côte à côte, les deux grandes Catherine du cinéma  français. Les deux comédiennes, pourtant si différentes,  forment un duo éblouissant, chacune étant très bien distribuée. 

Catherine Deneuve prête merveilleusement  sa fantaisie, son élégance  et  sa drôlerie à cette Béatrice plus insouciante  et désinvolte que foncièrement égoïste. 

Quant à  Catherine Frot, elle pèse  de tout son humanisme dans son personnage de femme engagée, qui à force de donner la vie à d’autres,  s’est contrainte à ne pas ne pas se soucier de la sienne.  Pour jouer au plus près de la réalité  les scènes de mise au monde, la comédienne s’est immergée pendant plusieurs semaines dans un service d’obstétrique. Cela se voit, cela se sent. Dans ces séquences de naissances d’enfants, gestes très sûrs, elle est bouleversante. 

- Dire aussi le plaisir de retrouver Olivier Gourmet dans un personnage comme écrit sur mesures pour lui, celui d’un homme à la fois simple, poétique, pragmatique et attachant. Il forme un couple idéal avec Catherine Frot.

Points faibles

A dire vrai, mis à part ici et là, des enchaînements un tout petit peu trop abrupts (mais cette  remarque est peut-être plus subjective qu’objective), et hormis un côté un peu trop documentaire par moments sur le métier de sage-femme  (ce que ce film de fiction ne se veut pas), il n’y a rien à reprocher à ce « Sage femme ».

En deux mots ...

Martin Provost dit qu’il a conçu ce film en hommage à la sage-femme, qui, en lui offrant son sang à la naissance, lui avait sauvé la vie. Mais à partir de  ce point de départ (qui donne lieu à un très beau et très touchant  portrait de femme), il a réussi à inventer une histoire en forme de fable, qui nous rappelle, avec légèreté, drôlerie, humanité, et gravité, mais  sans « prêchi prêcha », que toute différence peut être source de complémentarité  et d’échange.

Son histoire  se reçoit avec d’autant plus d’émotion  et de jubilation qu’elle est portée par deux comédiennes souveraines dans leurs rôles respectifs.

Un extrait

« Pour moi le film est une fable, mais une fable  plus douce que celle de La Fontaine, que je trouve terrifiante; une fable dans laquelle j’essaie de dire que nous nous devons tous d’être un peu cigale et un peu fourmi » Martin Provost.

Le réalisateur

Né à Brest le 13 mai 1957 Martin Provost développe, très jeune, l’idée de devenir cinéaste. Mais au vu de son niveau déplorable dans toutes les matières scientifiques, son père le décourage d’entrer à l’IDHEC. Il décide donc de devenir acteur. A dix-huit ans,  il part à Paris, entre au Cours Simon et décroche très vite des rôles, au cinéma comme au théâtre. 

En 1980, il écrit et monte, au Studio d’Ivry,  sa première pièce, «  Le Voyage immobile ». Assez rapidement après, il entre comme pensionnaire à la Comédie Française où il restera un peu plus de  cinq ans, avant de décider de se consacrer exclusivement à l’écriture et au cinéma.

Depuis les années 90,  il a écrit plusieurs romans, (dont, en  1992, « Aime moi vite »), signé de nombreuses pièces radiophoniques, et réalisé plusieurs longs métrages :  en 1997, « Tortilla y cinéma », avec Carmen Maura ;  en 2008, « Séraphine », avec Yolande Moreau, qui lui vaudra sept César et fera 850 000 entrées et, en 2013, « Violette », une biographie de Violette Leduc  avec Emmanuelle Devos.  Tous des films ayant une femme comme figure centrale.

 Comme son titre l’indique, « Sage femme », ne déroge pas à cette singularité. Joli casting  pour ce film qui réunit pour la première fois  ces deux stars du grand écran que sont Catherine Frot et Catherine Deneuve.

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