Cinéma/Séries TV

Saint Amour

Ca sent bon la France profonde...
De Gustave Kervern et Benoit Delepine
Avec Gérard Depardieu, Benoît Poelwoorde, Vincent Lacoste, Céline Sallette, Andréa Ferréol, Michel Houellebecq et Chiara Mastroianni

Infos & réservation

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 02 mar . 2016

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Comme « Aaltra », « Saint-Amour » est un road-movie. Mais la ressemblance s’arrête là. Dans le premier film des réalisateurs, la route se traçait dans des fauteuils roulants (si,si !),  ici on va la faire en taxi.

Tous les ans, Bruno, agriculteur de son métier (Benoit Poelwoorde) fait la route des vins. Mais sans quitter le Salon de l’Agriculture… Uniquement par le truchement de ses stands de dégustation. Cette année là, son père (Gérard Depardieu), venu y présenter son taureau champion, Nabuchodonosor, décide de lui offrir un vrai tour de la France vinicole. Il déniche  donc un chauffeur de taxi  (Vincent Lacoste) qui leur fera faire le voyage. Et c’est parti pour une tournée à hauts risques, entre cuites mémorables, rencontres improbables et découvertes de lieux formidables…

Points forts

Ils sont quatre, de la même importance:

- Le scénario. Quel plaisir, cette histoire qui nous fait visiter l’Hexagone par les petites routes et nous emmène à la découverte de villages ignorés par les guides touristiques, avec des haltes dans des bistrots authentiques où on « picole » sans chichi, mais avec de sublimes vins de terroir ! C’est un tour de France inédit qu’on fait là, en compagnie de deux poivrots célestes, poésie à tout va et larme à l’œil facile. On part du Salon de l’Agriculture (après une scène de cuite d’anthologie), et quand on y revient, une heure trente plus tard, c’est comme si on avait  trinqué et vécu avec la France rurale! Cela transpire à chaque plan : les deux réalisateurs aiment cette France là, pour sa générosité  et sa noblesse de cœur malgré ses difficultés et son isolement.  Leur propos est aussi touchant et passionnant que drôlissime et subversif.

- Les dialogues. Non seulement ils sont d’une finesse décapante, mais ils font jouer les montagnes russes à nos émotions. Car évidemment, s’ils nous grisent – avec un sujet pareil, c’était presque « contractuel »! -, ils nous  dessaoulent  aussi sans cesse, et sans qu’on s’y attende, au détour de répliques à sortir son mouchoir. Qui n’a pas entendu  Gérard Depardieu avouer son chagrin d’être un veuf inconsolable avec des mots d’une simplicité bouleversante, qui n’a pas entendu, non plus, Benoît Poelwoorde exprimer, en une phrase d’une justesse cisaillante, son désespoir d’être considéré comme un «  bouseux », celui-là n’a pas idée du tragique que charrie ce film… Mais, à l’opposé, qui n’a pas regardé ce même Poelwoorde hoqueter les dix stades de l’ivresse, ne mesure pas la force des fous rire qu’il déclenche aussi.

- Les comédiens. Et d’abord le tandem Depardieu/ Poelwoorde. Ces deux monstres sacrés forment un couple qui explose à l’écran. Certes, il y a les dialogues de Kervern et Delépine, merveilleux d’inventions jusqu’au surréalisme. Mais il y a aussi, surtout, ce duo d’acteurs pour les dire et les porter à leur incandescence. On se régale à le regarder jouer, complice dans le rire « hénaurme », comme dans les émotions les plus intenses.
Réussir à exister au milieu de ces deux là relevait du tour de force. Bravo à Vincent Lacoste, sensationnel de justesse et de drôlerie en chauffeur  à la fois lunaire et immature. Lui aussi crève l’écran.
Les rôles secondaires sont tous aussi épatants. Céline Sallette donne toute sa grâce et toute sa poésie à son personnage de femme consolatrice.
Andréa Ferréol est bouleversante dans son rôle de femme vieillissante assoiffée… de tendresse. Michel Houellebecq est impayable en loueur de chambres minables. Quant à Gustave Kervern, il est irrésistible dans la scène de beuverie qui ouvre le film.

- Le sentimentalisme qui traverse ce film. Tous ses personnages, sous leurs dehors de « rustres »  sont de grands tendres qui n’aspirent qu’ à trouver l’amour, dans toute son acception. Jean, le père, n’attend qu’une chose : que son fils Bruno retrouve le goût du métier d’agriculteur et reprenne sa ferme. Bruno, lui, recherche éperdument une femme qui pourrait, enfin, le faire s’accepter tel qu’il est, dans son physique et sa condition sociale. Et cette quête insatiable  est celle qui taraude aussi le jeune chauffeur de taxi.
L’amour est donc au centre de ce film, dont le titre n’a sans doute pas été choisi au hasard des milliers d’appellations de crus. On note au passage  que, dans ce film d’hommes, les auteurs-réalisateurs accordent une place exceptionnelle à la femme, femme –épouse, femme-amante, femme-mère, femme-consolatrice, femme-nourricière. C’est très émouvant.

Points faibles

Franchement, je n'en vois pas...

En deux mots ...

Un film qui exprime aussi joyeusement le tragique de l’être humain par le biais de séances mémorables de« levés » de coude et qui, sous un humour corrosif, nous fait, en plus, toucher du doigt la détresse du monde paysan… Sur les écrans, c’est une grande première !
Sans une once d’hésitation, ce « Saint-Amour » mérite d’être classé dans la catégorie grand cru. Pour désamorcer les inquiétudes, précisons que si ce film célèbre le vin, il ne fait à aucun moment l’apologie de l’alcoolisme. Ce n’est pas du tout son propos.

Le réalisateur

Ils ont quatre ans d’écart, mais cela fait  environ dix ans qu’ils s’entendent comme les deux doigts d’une main pour dynamiter le cinéma français. Avec des films, dont pas un n’a emprunté un sentier déjà battu.

Quand Gustave Kervern (né le 27 août 1962 à l’Île Maurice) et Benoît Delépine (né le 30 août 1958 à Saint-Quentin) font connaissance dans les années 90, ils ont déjà des galons. Le premier est le chroniqueur reconnu de plusieurs émissions de télévision dont « Le Plein de Super » ; le second écrit des sketches pour les Guignols de l’Info. C’est sur une drôle de « terreau » que leur rencontre a lieu, « Groland » une émission parodique de Canal. Leur entente est immédiate. Ils se mettent à tester de nouvelles techniques de récit. Encouragés par Maurice Pialat, ils décident de se frotter au cinéma.

En 2004, ils réalisent « Aaltra ». Devant son succès critique, ils décident de continuer. En 2006, ce sera « Avida »; en 2008, « Louise Michel » ; en 2010, « Mammuth », avec Gérard Depardieu; en 2012, « le Grand Soir », avec Benoît Poelwoorde ; en 2014, « Near Death Experience ».
Cette année  c’est donc « Saint-Amour », avec un duo d’acteurs choc, Gérard Depardieu /Benoît Poelwoorde  et en guest star, Vincent Lacoste, un jeune qui monte, qui monte…

Commentaires

Yves Bouessel du Bourg
Le 04 mar. 2016
à 10h40

Merci et bravo pour ce beau plaidoyer qui parle tout seul...

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