SI ON CHANTAIT

Sur fond de chansons françaises, le premier long métrage du créateur de la série « La Minute Vieille »… Un « feel good movie » musical porté par un quatuor d’acteurs épatants…
De
Fabrice MARUCA
Avec
Jérome LOPEZ, Alice POL, ARTUS, Clovis CORNILLAC…
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

 De nos jours, à Quiévrechain, une  petite ville industrielle du Nord de la France. Après la fermeture de son usine, Franck, passionné de variété française et pourvu d’un joli timbre de voix (Jérémy Lopez) décide de se lancer dans un projet un peu fou : monter une entreprise de livraisons de chansons à domicile. Il décide d’y entraîner trois de ses anciens collègues, tous pataugeant, comme lui, dans une belle mouise financière : Sophie, dont il est secrètement amoureux mais dont le cœur est pris ailleurs ( Alice Pol ); José, dont la gentillesse et le dévouement ne l’empêchent pas, hélas, de chanter comme une casserole (Artus); et Jean-Claude, que sa fierté d’ancien cadre technique désormais au chômage a entraîné dans un imbroglio de dénis et de pieux mensonges. Après bien des péripéties, le quatuor finit par se constituer.

Départs à la retraite, anniversaires, mariages… A force de débrouille, la petite bande finit par avoir de plus en plus de commandes. Mais, entre problèmes de livraisons et malentendus personnels, les « fausses notes » vont être dures à éviter ...

Points forts

- Comment ne pas être touché par ce film qui - c'est même écrit sur son affiche ! - a eu délibérément pour objectif de nous « rendre heureux » ? Pour le remplir, Fabrice Maruca, son réalisateur, a mis tous les atouts de son côté. Il a écrit une histoire d’amitié, romanesque et sentimentale. Afin qu’elle ait à la fois du poids, un sens et qu’elle parle à tout le monde, il l’a appuyée sur un sujet sociétal très actuel (les ravages humains causés par les fermetures d’usine), et il a décidé de la raconter en l’émaillant de chansons. Évidemment, pas n’importe lesquelles, uniquement des tubes du répertoire français, des années 70 à nos jours, tous parfaitement choisis en fonction des circonstances et qui donnent, à tout le monde, l’envie de les fredonner. 

- Comme son scénario était à la fois original et joyeux, Fabrice Maruca n’a probablement eu aucune difficulté à convaincre les comédiens auxquels il pensait de la tourner : Alice Pol, Clovis Cornillac, Artus (une des stars du « stand’up » que les cinéastes commencent à beaucoup se disputer), Chantal Neuwirth et Jérémie Lopez ( l’un des Sociétaire de la Comédie Française les plus demandés au cinéma pour cette faculté qu’il a à s’emparer de tous les rôles avec la même justesse,le même naturel et la même subtilité). Cette équipe porte le film avec humour et brio, lui donne une belle densité romanesque .

- Autre bon point pour ce film. Il a été tourné  en décors naturels, essentiellement à Quiévrechain -où a grandi le réalisateur - avec des figurants recrutés parmi les habitants de cette ville. Cela l’enracine, l’enrichit d’un réalisme qu’il n’aurait sans doute pas eu s’il avait été tourné en studio, dans des décors de carton-pâte.

Quelques réserves

On pourra trouver certaines scènes, un peu trop attendues.

Encore un mot...

Décidément, cette année, les films où l’on chante ont le vent en poupe. Après Annette de Léos Carax et Tralala des frères Larrieu, sortis respectivement sur les écrans en juillet et octobre derniers, voici qu’arrive cette semaine sur les écrans Si on chantait de Fabrice Maruca. Baignée de burlesque et de naïveté joyeuse, cette comédie « musicale » est sans doute la plus populaire des trois, et bien que construite sur fond de crise sociale, la plus ouvertement gaie et optimiste. Sa verve, son rythme et la région où elle se déroule (le Nord de la France), évoquent irrésistiblement  Bienvenue chez les Ch’tis. Son hommage à la créativité des ouvriers de Quiévrechain rappelle celui qu’à travers son formidable Full Monty, Peter Cattaneo avait porté aux travailleurs de Sheffield. Quant à ses couleurs, résolument acidulées, elles font penser à celles des Demoiselles de Rochefort du regretté Jacques Demy. Comme références, il y a pire !

Au festival du film francophone d’Angoulême où Si on chantait avait été projeté en avant-première, des spectateurs avaient parlé à son propos d’une « bulle de bonheur ». C’est dire le plaisir qu’on peut prendre à ce premier long métrage du créateur de la série télé La Minute Vieille. 

Une phrase

« Je trouve qu’on ne parle pas assez au cinéma des ouvriers, surtout en termes de comédie. C’est souvent des films très durs sur la grève et le chômage. Moi, j’ai voulu valoriser cette classe sociale, l’éclairer d’un petit rayon de soleil » ( Fabrice Maruca, réalisateur).

L'auteur

Né le 4 mars 1973 à Saint Saulve dans le Nord, Fabrice Maruca se passionne pour le cinéma dès son plus jeune âge. A tel point, qu’en 1996, après avoir obtenu une Maîtrise de Sciences et techniques, il réussit à intégrer le département audiovisuel de l’Université de Valenciennes dont il ressort, l’année suivante avec un magistère image et surtout, en ayant réalisé un court-métrage, Aphone, qui sera vendu à Canal +. 

Fort de ce succès, il monte à Paris et réalise, coup sur coup, Tout tout près, Facteur risque, Surprise, et La Minute Vieille, quatre autres « courts » qui seront tous diffusés sur le petit écran. Sur la lancée de leur succès, il s’essaie à la réalisation de publicités et de clips vidéo (notamment pour Amel Bent et Marianne James) et parallèlement, il écrit des scénarios pour des séries, dont celle d’Un gars, une fille. Un jour, ce fils d’ouvrier de la métallurgie fan de chanson, décide que son premier long métrage sera tourné dans la région de son enfance  et qu’il aura des allures de comédie, si possible, musicale. Il emprunte à Dany Boon ses co-scénaristes et se met au travail. Un an et demi plus tard, Si on chantait est projeté en avant-première  dans le cadre du festival d’Angoulême, l’un des festivals de films les plus courus de la francophonie.

Et aussi

 

— ALBATROS de  XAVIER BEAUVOIS — Avec JÉRÉMIE RENIER, Marie-Julie MAILLE…

Père exemplaire d’une petite fille née d’une femme qu’il veut épouser, Laurent, commandant de gendarmerie à Étretat (Jérémie Rénier,) essaie de gérer au mieux les incidents sociaux générés par la misère sociale dans sa région. Un jour, voulant sauver du suicide un de ses copains agriculteurs bio acculé à la faillite, il le tue accidentellement. Sa vie bascule. Rongé par le remords, il se mure dans le silence et finit par prendre le large, seul à bord d’un bateau, pour y chercher, peut-être, une rédemption…

Le réalisateur du Petit Lieutenant est de retour avec ce drame bouleversant inspiré d’une histoire vraie. Il l’a lesté d’encore plus de vécu en le situant dans une région qu’il connait bien et pour cause : c’est la sienne. Le résultat est ce film qui a la puissance réaliste d’un documentaire et la sensibilité dont est capable le réalisateur de Des Hommes et des dieux. Porté par un Jérémie Rénier impressionnant et une mise en scène magnifique de poésie et de beauté formelle, Albatros est l’un des films les plus poignants et les plus forts de ce début novembre. 

Recommandation : 4 coeurs

 

- LES OLYMPIADES de Jacques AUDIARD - Lucie ZHANG, MAkita SAMBA, Noémie MERLANT…

Ça commence par des plans de ces barres d’immeubles vertigineuses qui abritent des centaines de logements dans le 13ème arrondissement de Paris, baptisées « Les Olympiades » à leur naissance à la fin des années 60. Et puis soudain, la caméra pénètre dans l'un de ses appartements. Il est occupé par deux colocataires, Emilie, une jeune femme d’origine chinoise employée dans une entreprise de télémarketing en attendant un emploi à la hauteur de son diplôme de Sciences Po, et Camille, un prof de français candidat à l’agrégation, à la sexualité très « affirmée ». Ils sont devenus amants.  Mais Camille, le Don Juan, va bientôt s’intéresser à Nora, une jeune provinciale mal dans sa peau, qui va elle-même bientôt être subjuguée par Amber, une « cam-girl » décomplexée qui gagne sa vie en vendant ses performances sexuelles sur le Net…

Librement inspiré de trois nouvelles graphiques de l’auteur de BD américain Adrian Tomine le nouveau film de Jacques Audiard — co-écrit avec Céline Sciamma et Léa Mysius — dresse la carte du Tendre de la génération des trentenaires d’aujourd’hui, une génération accro aux réseaux sociaux, enfermée sur son individualisme, angoissée par l’avenir et donc incapable, notamment, de se projeter dans des histoires sentimentales au long cours. Dans la filmographie de son cinéaste, Les Olympiades est un OVNI. D’abord parce que, sauf le temps d’une seule séquence, il est en noir et blanc — et c’est somptueux —, ensuite parce qu’il a des allures de chronique sentimentale, un exercice dans lequel le réalisateur des Frères Sister à l’univers plutôt viril ne s’était encore jamais aventuré. Aussi édifiant qu’élégant.  

Recommandation : 4 coeurs

 

— PINGOUIN ET GOÉLAND ET LEURS 500 PETITS  de Michel LECLERC. DOCUMENTAIRE.

Pour l’état civil, ils étaient Yvonne et Roger Hagnauer, mais tout le monde les avait appelés par le surnom qu’ils s’étaient donné, Pingouin et Goéland. C’étaient deux intellectuels, pacifistes et syndicalistes, qui pour n’avoir pas pu faire d’enfants ensemble, en accueillirent des centaines dans leur Maison d’enfants de Sèvres, cachant au gouvernement de Pétain, entre les années 1941 et 1944, que parmi leurs petits pensionnaires orphelins se trouvaient des dizaines d’enfants de parents déportés…

Pour faire revivre l’histoire de ces deux êtres magnifiques de courage et d’humanité - qui faillirent pourtant être un temps accusées de collaboration parce que leur institution avait été créée avec le soutien de Vichy ! - le cinéaste Michel Leclerc s’est fait  documentariste. Composé d’archives, personnelles ou historiques, de témoignages d’anciens pensionnaires et de séquences animées, son film raconte comment ces éducateurs d’exception sauvèrent de la dépression des gamins traumatisés, comment aussi, par leur pédagogie ouverte sur le monde, ils en firent des êtres, à la fois libres et tolérants. Le réalisateur du Nom des gens dévoile pourquoi Pingouin et Goéland lui tenait tant à cœur : sa mère (aujourd’hui décédée) compta parmi les petits pensionnaires juifs orphelins de l’Institution de Sèvres. A la fois prenant, bouleversant, poétique, provocateur, et drôle. 

Recommandation :  4 coeurs

 

- BURNING CASABLANCA  de Ismaël EL IRAKI - Avec Khansa BATMA, Ahmed HAMMOUD, Saïd EYS…

Rock star héroïnomane déchue, Larsen Snake est torturé à cause d’une dette de jeu. Après l’avoir réglée en cédant les droits de son catalogue musical, il retourne dans sa Casablanca natale où il rencontre Rajae, une prostituée à la voix d’or. Au fil de leur errance commune, tous les deux tombent éperdument amoureux l’un de l’autre. Mais leur passion est vite rattrapée par leur passé et le couple prend la route du désert pour échapper à ses démons…

Entre sa séquence d’ouverture qu’on dirait signée par Tarantino et celle de sa fin, qu’on pense piquée à Sergio Leone,  Burning Casablanca  raconte une incandescente histoire d’amour que n’aurait pas reniée le David Lynch de Sailor et Lula. Ce premier film passionnant emprunte à beaucoup de cinéastes ? Et alors ? Loin d’être le copié-collé d’aucune des oeuvres des cinéastes précités, il a sa personnalité propre, qui est le reflet de celle de son créateur, Ismaël El Iraki, un jeune réalisateur diplômé de la Femis, dingue, non seulement de ciné, mais de musique rock. Une passion que le primo-cinéaste assume au point de laisser des morceaux se jouer en entier au risque de déséquilibrer le rythme du film. A dire vrai, on se fiche pas mal que la narration de ce dernier tangue assez fort par moments, tant il nous emballe .  Son histoire d’amour si singulière , sa façon de «  dézinguer », au passage, la rigidité de la société patriarcale marocaine, ses personnages, dont tous échappent à la banalité, la beauté et l’amplitude de son « filmage » (c’est du CinémaScope) et aussi le jeu, incandescent, de ses interprètes, dont celui de Khansa Batma, la rock star marocaine qui fait ici sa première apparition à l’écran… tout est enthousiasmant. On comprend que ce drame décapant et même « incandescent » - selon les dires mêmes de son réalisateur - ait enflammé la Mostra de Venise 2020 où il était présenté dans la section Orizzonti (l’équivalent d’Un Certain Regard à Cannes). Attention, il sort en France avec la mention « interdit aux moins de 12 ans » 

Recommandation :  4 coeurs

 

— COMPARTIMENT 6  de Juho KUOSMANEN - Avec Seidi HAARLA , Yuriy BORISOV…

Fin des années 90 en Russie, peu de temps après la dissolution de l’Union soviétique. Une jeune étudiante finlandaise en archéologie entreprend un long voyage en train pour découvrir les pétroglyphes (gravures rupestres préhistoriques) de Mourmansk, la plus grande ville du cercle polaire arctique. Dans son compartiment, déjà installé, un jeune homme russe lui annonce qu’il se rend, lui aussi, dans cette même ville. Il ne va pas s’avérer être un compagnon de voyage parfait. Fruste, grossier, provocateur, alcoolisé en permanence, il va même, par jeu, simuler d’agresser l’étudiante. Au fil du périple, pourtant, l’incompréhension entre ces deux êtres que tout oppose — langue maternelle, culture, caractère, profession ( il est ouvrier), et aussi, sexualité (il est hétéro, elle, homo) — va finir par se muer en attraction irrésistible…

Adapté d’un roman de Rosa Liksom ( une écrivaine finlandaise majeure, mais trop peu connue en France), Compartiment 6, le deuxième film de Juho Kuosmanen (Olli Mäki, Prix Un certain regard à Cannes en 2016) relate donc l’histoire d’une rencontre improbable entre deux êtres radicalement différents. D’une intensité allant crescendo, se déroulant dans un monde sans smartphone (une exception qui mérite d’être soulignée), ce huis-clos contemporain, mis en scène avec une maestria d’autant plus remarquable qu’il se passe presque entièrement dans un train sans jamais provoquer l’ennui, avait raflé le Grand Prix au dernier Festival de Cannes. Une récompense amplement méritée pour ce film porté par deux comédiens sensationnels.

Recommandation : 4 coeurs

  

—  MY SON de Christian CARION — Avec James McAVOY, Claire FOY…

Casquette vissée sur la tête, Edmond Murray roule à toute allure sur une route qui longe un Loch (un lac) au cœur des Highlands. Son ex-femme, en larmes, lui a laissé un message selon lequel Ethan, leur fils de 8 ans, aurait disparu du camping où il passait ses vacances avec d’autres enfants. Rapidement la piste de l’enlèvement s’impose. En menant son enquête, Edmond Murray va se transformer en justicier…

Quatre ans après Mon garçon qu’il avait réalisé dans les montagnes françaises avec Guillaume Canet en tête d’affiche, Christian Carion en propose une autre version tournée en Ecosse cette fois, avec dans le rôle du père, l’acteur écossais James McAvoy, et dans celui de la mère, Claire Foy. D’un côté, on se dit : « pourquoi pas  ? », car ce thriller est réellement haletant. De l’autre, on se demande pourquoi ce réalisateur a éprouvé le besoin de revenir sur ses pas. Ces questions étant posées, on peut recommander My Son aux amateurs de films à suspense qui n’auraient pas vu Mon garçon. Ses paysages sont somptueux, sa photo, magnifique, sa réalisation, d’une fluidité nerveuse. Autre bonus : James McAvoy. Formidable ici de douleur et de détermination, le comédien apporte encore une fois la preuve qu’il est un très grand interprète.

Recommandation : 3 coeurs

 

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