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The Square

Notre société passée au scalpel: impitoyable et accusateur
De Ruben Östlund
Avec Elisabeth Moss, Dominic West, Claes Bang

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Lu / Vu par

François Quenin
Publié le 18 oct . 2017

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Christian est le directeur d’un grand musée d’art contemporain à Stockholm. On y installe des œuvres insolites, tels ces tas de graviers bien rangés comme des petits soldats dans un espace dédié. C’est de l’art ? Personne ne pose cette question, personne ne veut y penser.  Quand « The Square » (palme d’or au dernier Festival de Cannes) commence, les managers du musée sont réunis pour rencontrer des communicants chargés de vendre aux médias la prochaine exposition intitulée Le Carré (The Square). Ceux-ci présentent leur projet à l'aide d'une vidéo aussi surprenante que tout ce qui se trouve dans le musée. Il y a bien quelques objections dans l’assistance mais le directeur les balaie distraitement. Il a tort, la vidéo concoctée par nos communicants va être ravageuse.

Points forts

Cette intrigue saugrenue est une satire des mœurs artistiques de notre époque mais pas seulement. Le directeur se trouve aussi confronté par les hasards du scénario à une frange de la population qui ne vient jamais dans les musées. Il découvre ainsi la précarité et cela nous le rend très humain. Père divorcé, il s’occupe aussi de ses deux filles pré-adolescentes. Bref « The square » est d’abord un portrait d’homme ordinaire confrontée aux situations de la vie quotidienne.

Au cœur de l’intrigue, le montage de cette future exposition assez extravagante. Il s’agit de dessiner un carré à l’intérieur duquel règnera la concorde, la paix, l’amour, un lieu utopique qui n’existe nulle part au monde, mais précisément va exister dans ce grand centre d’art de Stockholm.  Au passage, la charge contre les communicants qui risquent de faire échouer le projet avec méthode est réjouissante. Visiblement, le réalisateur maîtrise son sujet et sait de quoi il parle (lire plus bas).

À l’actif du cinéaste, quelques scènes assez incroyables que l’on ne racontera pas parce qu’elles valent le déplacement. Disons qu’il y a des confrontations houleuses entre deux types de population, les riches en argent et en culture et ceux qui habitent à la périphérie. Il y a donc deux axes dans ce film : une satire des « cultureux » et une dénonciation du monde occidental inégalitaire. C’est cette dernière problématique qui est au cœur de « The Square » et qui a sans doute conduit le jury de Cannes à lui accorder la palme d’or.

Points faibles

Au passif du cinéaste, le film est long, deux heures vingt, et s’égare parfois loin de son propos central. On lui reprochera quelques séquences qui paraissent interminables, même si c’est pour la bonne cause qui est de souligner l’irresponsabilité des nantis et leur lâcheté.   

En deux mots ...

Le titre du film, « The Square », tient son nom d’un projet artistique réel exposé dans un musée du sud de la Suède par le réalisateur et le producteur du film qui tous deux travaillent dans le monde de l’art contemporain. Ce projet comportait l’installation d’un sanctuaire humanitaire symbolique. Dans un carré situé sur la place centrale d’une commune, les citoyens auraient les mêmes droits et les mêmes devoirs. 

Cette exposition, qui illustre l’idéal de consensus censé gouverner la société dans son ensemble, est devenue une installation permanente sur la place centrale de la ville de Värnamo en 2015.  Après le succès rencontré à Värnamo – les jeunes s’en servent de lieu de rendez-vous, des couples s’y sont fiancés, des handicapés y ont manifesté et certains groupes s’y produisent en concert -  un carré similaire a également été installé à Grimstad en Norvège, en présence de la famille royale. Un troisième devrait être construit dans une autre ville de Norvège cette année.

Un extrait

« Comment me comporter avec des mendiants si je prône l’idée d’une société juste et égalitaire ? L’augmentation de l’extrême pauvreté dans les villes occidentales est telle que nous sommes confrontés à ce dilemme au quotidien ». Ruben Östlund

Le réalisateur

Ruben Östlund est né en 1974 à Styrsö, une île au large de la côte ouest suédoise. Après des études de graphisme, il intègre l’université de Göteborg. Passionné de ski, il réalise trois films sur le sujet, où se révèle son goût pour les plan-séquences qui demeure sa marque de fabrique comme on le voit dans « The Square ». Son premier long métrage, « The Guiter Mongoloid », remporte en 2005 le prix de la critique à Moscou. Son second, « Involontary », est sélectionné à Cannes en 2008 dans la catégorie Un certain regard. Son troisième, « Play », est projeté à la Quinzaine des réalisateurs en 2011. Son quatrième, « Snow therapy », est encore à Cannes où il reçoit le prix du jury Un certain regard en 2014.  On y décèle ce regard aigu sur le comportement humain : un père de famille s’avère lâche face à une avalanche qui menace sa famille. On retrouve dans « The Square » ce regard impitoyable et accusateur sur nos sociétés contemporaines.

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