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Cinéma/Séries TV

Taj Mahal

Face à la barbarie: intelligence et humanité
De Nicolas Saada
Avec Stacy Martin, Louis-Do de Lencquesaing, Gina McKee

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Publié le 05 déc . 2015

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3,0ExcellentExcellent

Thème

A dix-huit ans, Louise, qui veut être photographe, est ravie d’accompagner ses parents à Bombay. Son père vient en Inde pour son travail. La famille habite provisoirement au Taj Mahal Palace. Un soir, tandis que les parents sont sortis dîner, Louise s’installe confortablement pour regarder un DVD. C’est alors qu’elle entend des cris et des pétards. Nous sommes le 26 novembre 2008. Un groupe de terroristes attaque plusieurs lieux symboliques de Bombay. 195 personnes seront tuées, dont une trentaine de ressortissants étrangers. Louise va passer la nuit dans la salle de bain avec un portable comme seul lien avec son père.

Points forts

- Louise existe, elle vit à Paris. Le réalisateur l’a longuement rencontré. Tout est vrai dans ce film sauf le prénom. Quand le scénario a été écrit puis tourné, il n’y avait pas eu les attentats contre « Charlie Hebdo » ni contre le Bataclan. Sans doute les spectateurs auront du film une perception plus aigue, s’ils ont le courage d’aller le voir. Et pourquoi pas ? Ce film résonne aussi comme un hommage aux morts de Bombay.

- C’est l’histoire d’une jeune fille, interprétée par Stacy Martin, qui devient adulte en une nuit lorsqu’elle se rend compte qu’elle ne peut compter que sur elle-même. Son père, qui n’arrête pas de lui parler, ne peut rien pour elle. Il faut qu’elle s’en sorte toute seule. Nuit d’angoisse. Tout autour, la ville brûle.

- A la fin, quand Louise, récupérée par ses parents, s’échappe pieds nus de son hôtel en flammes, un vieil Indien lui tend, dans la rue, une paire de sandales : « Vous en avez besoin », dit-il simplement à la jeune fille qui ne s’était pas rendu compte qu’elle était sans chaussures. Le pauvre donne au riche. Ce geste dit la solidarité face à la barbarie.

Points faibles

Ce seront plutôt deux questions:

Le réalisateur filme une ville en guerre avec beaucoup de talent, des gens qui fuient, des gens piégés, des gens qui meurent. Et dans ce chaos, une jeune fille s’enferme dans un espace clos pour préserver sa vie. C’est très impressionnant. « J’ai voulu montrer quelqu’un dans l’œil du cyclone », dit-il.  Mais ferait-il le même film aujourd’hui ? Et comment l’appréhenderont les spectateurs. (J’ai vu ce film avant les attentats du 13 novembre à Paris – je ne sais pas comment je le recevrais aujourd’hui).

En deux mots ...

Les Américains nous ont habitué à des films catastrophes qui sont des réalisations grandioses avec des moyens surdimensionnés où le bien finit toujours par l’emporter. Ceci étant, ils n’ont pas encore osé faire un film de fiction sur le 11 septembre. Le film de Nicolas Saada cultive le genre avec une belle intelligence et une grande humanité. C’est pourquoi ont peut regarder ce film comme une fiction forte et non comme un documentaire qu’il n’est pas, même s’il doit son existence au témoignage d’une survivante.

Une phrase

« Quand j’ai demandé à la vraie Louise ce qu’elle retenait de cette histoire, elle m’a répondu : “On est seul” ».

Le réalisateur

Né en 1965 à Boulogne-Billancourt, Nicolas Saada a un long passé de journaliste spécialisé dans le cinéma. Après avoir travaillé aux « Cahiers du Cinéma » puis sur Arte, il a été le scénariste de Pierre Salvadori et Arnaud Desplechin entre autres cinéaste français. Son premier long-métrage, « Espion(s) », sorti en 2009, était un séduisant film de genre avec Guillaume Canet et Géraldine Peilhas. « Taj Mahal » est plus ambitieux, plus pointu et plus risqué, compte tenu des événements mondiaux.

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