Cinéma/Séries TV

Telle mère, telle fille

Une ode à la maternité, drôle et attachante
De Noémie Saglio
Avec Camille Cottin , Juliette Binoche, Lambert Wilson

Infos & réservation

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 29 mar . 2017

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Elles ne peuvent se passer l’une de l’autre, et pourtant, tout devrait les séparer. L’une, Mado (Juliette Binoche) est bordélique, fofolle, un peu hippie, divorcée et, à quarante ans passés, se comporte  toujours comme une ado immature. L’autre, Avril (Camille Cottin) est au contraire mariée, sérieuse, organisée, classique, responsable et souvent assez flippée. 

Le hic est que la première est la mère de la seconde et qu’elle la squatte sans vergogne, puisqu’elle n’a ni boulot, ni revenus. Entre la mère et la fille, la vie est donc chaotique, ponctuées d’engueulades homériques (pour de faux) et de grandes démonstrations de tendresse (pour de vrai)… Leur  « modus vivendi » aurait pu continuer longtemps comme ça… Mais voilà qu’Avril tombe enceinte… Et Mado, qui a revu, en cachette  son ex-mari (Lambert Wilson), aussi.

Une mère et une fille que tout oppose, mais qui s’adorent, enceintes en même temps sous le même toit. Aïe, aïe, aïe...

Points forts

Décidément Noémie Saglio aime les comédies qui  bousculent. Après « Connasse princesse des cœurs »  qui mettait en scène une fille capable de tout pour changer son destin (et même, du plus irrésistiblement  farfelu), la voilà qui revisite le duo mère-fille. Inutile de chercher un parallèle avec des films comme « LOL » ou « Retour chez ma mère » qui se sont appuyés sur ce genre de couple: il n’ y en a pas. Pour « Telle mère, telle fille », la réalisatrice a  non seulement  inventé un tandem  basé à la fois sur des oppositions et des complicités (la tendresse court sous chaque plan), mais elle s’est amusée à intervertir les rôles. Ici, c’est la mère qui vit chez sa fille, et à ses crochets. C‘est elle qui a des comportements d’ado écervelée. Evidemment cela donne lieu à des scènes d’un burlesque aussi  inattendu que réjouissant.

Quand on regarde  attentivement ce film, on s’aperçoit que sous sa drôlerie et son pittoresque, il est en fait une ode à la maternité. Les rires sont tous pavés d’émotion. Cela donne de la profondeur à la fantaisie des situations et des personnages.

Quelle bonne idée d’avoir choisi Juliette Binoche et Camille Cottin pour  jouer cette mère et cette fille. La première s’y montre aussi solaire que déjantée. La seconde, aussi intrépide que désopilante. Leur duo fonctionne à merveille. Elles sont comme les deux pôles d’un même aimant.

Quant à Lambert Wilson, il est inénarrable dans son rôle de père-amant- chef d’orchestre plus attentif à son chien qu’à ses conquêtes féminines. Pour celui qui incarna récemment le  Commandant Cousteau, c’est un  joli retour  dans la comédie.

Points faibles

D’aucuns trouveront sans doute ce « Telle mère telle fille », un peu « facile », un peu léger. Peut-être. Mais comme cette comédie n’a pas la prétention  d’entrer dans la catégorie des films « intello-ambitieux », il faut la regarder tel qu’elle a été conçue, comme une comédie de divertissement  tendre et drolatique sur les liens familiaux.

En deux mots ...

Inutile de  bouder son plaisir devant cette comédie qui a sans doute été conçue entre fous rires et tendresse et qui a visiblement  été  tournée dans le même état d’esprit. Tout y est épatant, et comme tout y est plausible, l’identification peut  fonctionner à fond. Et quel bonheur ce tandem Juliette Binoche-Camille Cottin ! On sort de la projection d’une humeur de pinson. Ce qui est idéal pour ce mois de printemps.

Un extrait

« Partir d’une réalité est pour moi essentiel. Je ne pourrais pas écrire sans le socle du réel. Je regarde le monde et j’observe les gens. Quand j’y décèle un petit grain de folie, j’en fais des personnages de  mon cinéma » Noémie Saglio.

Le réalisateur

Née le 1er mars 1982 d’une mère artiste et d’un père anthropologue, Noémie Saglio partage son enfance entre la France et le Sénégal. Après son baccalauréat et une hypokhâgne, elle entre en 2000 à l’Institut d’Etudes Politiques de Lille, section sciences sociales. En 2004, ARTE lui propose d’adapter en documentaire son mémoire de fin d’études. L’exercice lui plait, elle intègre une école de cinéma à Londres. Après un court séjour dans la pub, elle décide de se consacrer à l’écriture de scénarios. En tandem avec Maxime Govare, elle conçoit et réalise d’abord «  les Voies impénétrables », un téléfilm qui met en scène des religieuses déjantées. A partir de 2013, elle  créée « Connasse », une hilarante mini-série en caméra cachée jouée par Camille Cottin. Parallèlement, en 2015, et toujours en duo avec Maxime Govare, elle écrit et réalise son premier long métrage, « Toute première fois », puis la même année, avec Eloïse Lang, elle réalise « Connasse, princesse des cœurs ».

 « Telle mère, telle fille » est donc son troisième long métrage. Comme à son habitude, elle en a partagé l’écriture (cette fois-ci avec Agathe Pastorino), mais, pour la première fois, elle en signe la réalisation en solo. 

En tête d’affiche de sa nouvelle  comédie (son genre de prédilection), Camille Cottin, sa comédienne fétiche, et une actrice qui fait son entrée dans sa « famille », Juliette Binoche.  

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