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Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance

Sans doute, le meilleur thriller depuis longtemps !
De Martin McDonagh
Avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Caleb Landry Jones, Sam Rockwell

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Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 17 jan . 2018

Recommandation

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Thème

Parce qu’elle a l’impression que la police a laissé tomber l’enquête sur la mort de sa fille violée et assassinée quelques mois plus tôt, Mildred Hayes (Frances McDormand) décide de frapper un grand coup. Elle loue trois panneaux publicitaires et y placarde des affiches qui dénoncent l’incompétence et le laxisme des  forces de l’ordre. Evidemment, dans  ce petit bled (fictif) du Missouri, cette initiative inédite et spectaculaire va faire désordre et déclencher les foudres des flics, des types au coup de sang facile, aussi lourdauds que machos, aussi racistes qu’irascibles. Débute alors le thriller le plus passionnant vu depuis longtemps.

Points forts

- Quel scénario ! A la fois implacable, labyrinthique, noir, émouvant et drôle aussi, il navigue avec une impressionnante maestria entre plusieurs genres: le western, la fable sociale, le drame, la comédie noire et bien sûr le thriller. Ce n’est pas parce que Martin McDonagh hésite entre plusieurs styles, c’est parce qu’il veut brouiller les pistes. Les nationales rectilignes, très peu pour lui. Ce qu’il aime ce sont les chemins de traverse qui permettent toutes les surprises, autorisent toutes les embardées. Dans son histoire, rien n’est donné, rien n’est fixé, tout est toujours en mouvement, même les personnages, qui évoluent et se révèlent, petit à petit, sans qu’avant la fin on puisse, avec certitude, les classer chez les bons ou les méchants. Le plus étonnant est que cette stratégie de l’équivoque vaut aussi pour celle par qui le scandale  arrive. Certes, on comprend, sans conteste, que Mildred est  une femme brisée par le chagrin et mue par la colère, mais derrière le masque de sa douleur, qui est-elle vraiment ? Jusqu’au dénouement, le spectateur n’aura de cesse de la déchiffrer…

- Martin McDonagh vient du théâtre. Il connaît le poids des mots, la force de la ponctuation et l’art de tailler les dialogues au vif de l’efficacité. Les siens sont donc brillants, sans superflu. Il a choisi de les écrire à l’encre de la comédie noire, ce qui les rend, encore plus jubilatoires.

- Pour incarner, dans toute sa force et sa complexité, le personnage de Mildred Hayes, il fallait une interprète d’exception. Martin McDonagh ne s’est pas trompé en faisant appel à Frances McDormand. La comédienne est sensationnelle, qui exprime tour à tour, la détermination, la colère et l’émotion avec le même engagement et la même sincérité. Celle qui avait été « Oscarisée » en 1997 pour son rôle de policière dans Fargo, réalisé par Joël Coen ( son mari à la ville ), vient d’ailleurs de rafler pour sa prestation, sans doute l’une des plus « bluffantes » de sa carrière, le Golden Globe de la meilleure actrice. A soixante ans, cette artiste qui se consacre beaucoup au théâtre, pourrait bien remporter cette année son deuxième Oscar.

- Face à elle, deux comédiens, renversants eux aussi. Sam Rockwell d’abord, dont son personnage de flic aussi explosif et violent que paumé vient de lui valoir le Golden Globe du meilleur second rôle dans une fiction; et Woody Harrelson, qui émeut aux larmes dans son rôle de chef de la police rongé par la maladie et miné par son impuissance.

Points faibles

Ni faille ni faiblesse dans ce film. Scénario, dialogue, manière de filmer, interprétation, tout est parfait.

En deux mots ...

Un scénario béton qui, sous le prétexte d’un étonnant thriller, dénonce, en toile de fond, le racisme et la brutalité de l’Amérique profonde; des dialogues qui claquent; un décor de western; un ton qui oscille entre drame et comédie, et puis encore une mise en scène époustouflante, des cadrages gonflés et des acteurs, au delà de tout éloge… Comment ne pas ranger ce film inclassable (tant il emprunte à de multiples styles) dans la catégorie des chefs d’œuvre, du moins dans celle de ces petits bijoux cinématographiques qui ne quittent plus jamais les mémoires?

Malgré  son excellent Bons Baisers de Bruges, jusqu’à présent, rares étaient les cinéphiles à connaître le nom de Martin McDonagh. Avec ce 3 Billboards la donne va sûrement changer, d’autant que les Oscars se profilent.

Un extrait

« J’ai écrit le rôle de Mildred pour Frances car à mes yeux, c’est la seule actrice qui possédait toutes les qualités nécessaires pour interpréter le personnage. Je voulais quelqu’un qui ait une sensibilité ouvrière et rurale. Il fallait aussi que cette personne ne joue pas le sentimentalisme à outrance. Tout ce que fait Frances est fondamentalement sincère ».

(Martin McDonagh, scénariste-réalisateur).

Le réalisateur

Né le 26 mars 1970 à Londres, de parents irlandais, Martin McDonagh est aujourd’hui l’un des hommes de cinéma et théâtre anglo-saxons  les plus respectés  et recherchés de sa génération.

C’est par le théâtre qu’il a commencé, en écrivant  The Leanane Trilogy,  et The Aran Islands Trilogy . Ces deux trilogies lui permettent de remporter, en 1996, le London Critics Circle Theatre Awards, qui récompense le dramaturge le plus prometteur. Si le jeune Martin écrit comme personne, il reconnaît devoir beaucoup à des confrères américains, notamment Sam Shepard.

A partir de 2003, son univers se charge d’un comique très noir.  En témoignent, entre autres, The Pillowman, et, en 2010, A Behanding in Spokane, créé à Broadway avec en tête d’affiche, Christopher Walken.

Parallèlement il entame une carrière cinématographique. En 2005, sa première réalisation, Six Shooter, lui vaut de remporter l’Oscar du meilleur court métrage de fiction.

En 2008, son premier long-métrage, Bons Baisers de Bruges, avec Colin Farrell et Brendan Gleeson, est choisi pour faire l’ouverture du festival de Sundance. En 2011, il réalise et écrit Sept psychopathes.

3 Billboards qui est son troisième long métrage vient de recevoir quatre Golden Globes, dont ceux du meilleur scénario, du meilleur film dramatique et de la meilleure actrice pour Frances McDormand.

Quelle belle revanche sur le destin pour un quadra qui, âgé à peine de  seize ans, ne dut sa survie que grâce à une allocation chômage !

Et aussi

 « IN THE FADE » de FATIH AKIN- AVEC DIANE KRUGER …

 C’est l’histoire d’une Allemande ( Diane Kruger ) qui, ayant perdu son fils et son mari d’origine turque dans un attentat à la bombe, décide de se venger elle-même, après que le procès contre les auteurs présumés, très liés à l’extrême droite, se soit terminé par un acquittement…

Fondé sur une histoire vraie, ce film, qui pour une fois s’intéresse plus aux victimes qu’aux assassins, a été tourné par un homme qui sait ce que (bon) cinéma veut dire. Le scénario est solide, le rythme, soutenu, et la réalisation efficace. Mais ce qui fait qu’on s’emballe pour ce film, c’est l’interprétation de Diane Kruger. Rares sont les actrices qui ont joué avec autant d’intensité, de justesse et de nuances, la douleur et la détermination.

La comédienne allemande, qui tournait pour la première fois dans sa langue maternelle, trouve dans ce In the Fade le meilleur rôle de sa carrière. Le jury du dernier Festival de Cannes, ne s’y est pas trompé, qui lui a offert son prix d’interprétation féminine.

RECOMMANDATION : EXCELLENT

 

« LE RIRE DE MA MÈRE » de COLOMBE SAVIGNAC ET PASCAL RALITE, AVEC SUZANNE CLÉMENT ET PASCAL DEMOLON.

C’est Marie, une mère attachante, extravagante et exubérante (Suzanne Clément). C’est Romain (Pascal Demolon), un père responsable, d’une humanité tendre, mais qui vit désormais sous un autre toit, avec une autre femme, artiste peintre (Sabrina Seyvecou). Et entre ce père et cette mère là, qui sont donc séparés, il y a Adrien (Igor Van Dessel), un pré-ado mutique qui se cherche dans la tempête de ses tourments. Un jour, par hasard, Adrien découvre que sa mère est malade. Passé le choc de cette nouvelle, il va décider d’embrasser la vie…

Inspirée d’une histoire vraie, cette fiction aurait pu tirer sur toutes les mauvaises ficelles, le voyeurisme, le sentimentalisme et la joliesse. Elle est au contraire d’une formidable tenue et d’une grande pudeur. La vie irrigue tous ses plans, qui, avec un naturel étonnant, laissent leur place au rire et à l’émotion.

 Pour accompagner au mieux leurs personnages, Colombe Savignac  et Pascal Ralite ont choisi de filmer au plus près leurs comédiens (tous excellents). A la manière d’un John Cassavetes, un de leurs cinéastes préférés.

D’une grande sensibilité, « Le Rire de ma mère » réussit à réconforter en même temps qu’il bouleverse. Si le titre n’avait pas déjà été pris par un certain Claude Sautet, il aurait pu s’appeler « Les choses de la vie ».

RECOMMANDATION : EXCELLENT

 

« BRILLANTISSIME » DE MICHELE LAROQUE AVEC MICHELE LAROQUE ET KAD MERAD, FRANÇOISE FABIAN, etc..

 Après des années passées devant des caméras, Michèle Laroque a eu envie de passer derrière. Pour ses débuts de cinéaste, elle a choisi  un personnage qu’elle avait interprété très longtemps sur scène avec un succès fou. Voici donc, portée  aujourd’hui sur grand écran, l’histoire d’Angela, une femme douce et fantasque qui, plaquée par son mari  et sa fille un soir de Noël, va tenter de se reconstruire avec les moyens qui sont les siens: la gentillesse, la légèreté, l’humour, la pudeur et une certaine ténacité.

Evidemment, c’est la toute nouvelle réalisatrice qui interprète elle-même Angela, avec le charme, l’enjouement, la féminité et la drôlerie qui avaient contribué à son succès sur les planches. Elle s’est entourée d’acteurs qui ont compris la poésie et la loufoquerie de son univers, dont notamment Kad Merad, formidable en psy amoureux. En contre-emploi total, Françoise Fabian est épatante en mère autoritaire. On assiste aussi à la naissance d’une actrice belle et sensible,  celle d’Oriane Deschamps (dans la vie, la fille de Michèle Laroque).

Esthétique, situations, dialogues…  Brillantissime  évoque l’univers si décalé de Sempé. Outre les nombreux fans de Michèle Laroque, cette comédie  « feel-good »devrait donc séduire aussi les admirateurs de ce dessinateur sans pareil pour croquer, avec bienveillance,  les p’tites bizarreries de la vie.

RECOMMANDATION : BON

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