TOUT S’EST BIEN PASSÉ

Adapté du récit éponyme d’Emmanuel Bernheim, dominé par la prestation d’un bouleversant André Dussolier, le nouveau François Ozon interroge, passionne, fascine…
De
François OZON
Avec
André DUSSOLLIER, Sophie MARCEAU, Géraldine PAILHAS, Charlotte RAMPLING…
Notre recommandation
5/5

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Thème

A 85 ans, André Bernheim ( André Dussollier) fait un AVC. Lorsqu’il se réveille à l’hôpital, diminué et dépendant, cet homme, qui fut un riche industriel curieux de tout et qui aima passionnément la vie, ne va plus désirer qu’une chose : en finir. Il a deux filles, Pascale et Emmanuèle (Géraldine Pailhas et Sophie Marceau). Mais c’est à cette dernière, écrivaine de son métier, qu’il va demander de l’aider à organiser sa mort, dans une clinique suisse qui accepte les « suicides assistés ».

Points forts

Après Grâce à Dieu inspiré par les agressions sexuelles d’un prêtre catholique sur des dizaines d’enfants, François Ozon s’attaque à un autre sujet tabou, celui du suicide assisté, en adaptant le livre éponyme que son ancienne co-scénariste Emmanuelle Bernheim, décédée en 2017, consacra en 2009 à la fin de vie de son père, le collectionneur d’art contemporain, André Bernheim. Le cinéaste l’adapte à sa manière, dans le respect total de l’esprit du récit, c'est-à-dire avec la souffrance et, paradoxalement, la vitalité réjouissante qu’il contient. Le résultat est que, malgré son thème, et bien que poignant par moments, Tout s’est bien passé n’est jamais larmoyant. Comme ceux du livre dont il est adapté, ses personnages ont du recul. Ils gardent, jusqu’au bout, ou presque, un sens de l’humour bienfaisant.

La distribution est formidable. Dans le personnage du père mourant, à la fois odieux, tyrannique et très drôle, André Dussolier est impressionnant. Pratiquement méconnaissable sous un maquillage qui paralyse et déforme son visage, le comédien tient sans doute là, l’un des plus grands rôles de sa carrière. Dans ceux de ses filles, Géraldine Pailhas et Sophie Marceau sont parfaites, de justesse et d’intériorité. La première – trop rare à l’écran – prouve une fois encore qu’elle est l’une des comédiennes les plus fines de sa génération. Quant à la seconde, elle épate par son naturel, sa générosité et sa sensibilité. L’émotion va comme un gant à celle qui est depuis plusieurs années « l’actrice préférée des Français ». Signaler aussi les apparitions magistrales de Judith Magre, Charlotte Rampling et de Hanna Schygulla. 

Quelques réserves

S’il fallait une réserve, ce serait la sagesse de sa mise en scène. Mais ne jouons pas non plus les étonnés. Quand on connait la filmographie de François Ozon, on sait que l’académisme est constitutif de son cinéma, que c’est sous le glacis de ses images qu’il faut chercher les failles de ses personnages, parfois même – ce n’est pas le cas ici –, leur monstruosité.

Encore un mot...

Bien que reparti bredouille du dernier Festival de Cannes où il avait été sélectionné en compétition officielle,Tout s’est bien passé, devrait réaliser un joli score au box-office. Il a tout pour séduire : un sujet de société qui interpelle (la fin de vie assistée), une facture d’un classicisme irréprochable, un ton sobre, sans pathos, suffisamment distancié pour tenir les larmes à distance et surtout un casting cinq étoiles qui réunit, entre autres, l’actrice fétiche de toute une génération, et un des comédiens français les plus respectés, à la fois par les cinéphiles et les amoureux du théâtre.

Une phrase

« La précision d’André (Dussollier), son côté obsessionnel par rapport à la crédibilité de l’AVC et la façon de parler ont vraiment servi le rôle. Il n’avait pas peur pour son image. Il a accepté qu’on lui rase les cheveux, que son visage soit déformé par une prothèse… Je lui avais dit : « Il faut qu’à la première image d’André, le spectateur ait un choc, qu’il se dise que ce n’est pas vous ». Je voulais que la paralysie soit frappante dès le début ». ( François Ozon)

L'auteur

Est-ce par réaction ? En tous cas, François Ozon, né le 15 novembre 1967 dans une famille catholique pratiquante, est l’un des cinéastes français les plus turbulents, qui n’aime rien tant que subvertir les normes sociales et familiales.

Très éclectique, six fois nommé au César du meilleur film et du meilleur réalisateur, cet ancien de la Femis n’est pas du genre à repasser dans le même sillon. De Sitcom (1998) à Tout s’est bien passé (qui sort ce 22 septembre 2021), en passant notamment par Huit femmes (2001), Potiche (2010) et Grâce à Dieu (2018), tous ses films, très différents les uns des autres, surprennent. Truffés de citations visuelles (de Godard à Chabrol, en passant par Visconti, Almodovar, Billy Wilder, etc.), ils dénotent chez lui une grande cinéphilie.

On reconnaît sa patte à sa façon d’alterner réalisme et artifices, à jouer sur la confusion du vrai et du faux. Sorti en salles le 14 juillet 2020 en pleine pandémie, Eté 85, son vingtième film, attira 364 000 spectateurs ! C’est dire sa notoriété, et la confiance que lui accordent les spectateurs.

Combien d’entrées réalisera Tout s’est bien passé qui sort donc cette semaine ?… Le cinéaste est sûrement attentif,  bien que depuis longtemps ailleurs. Sur ses étagères, achevé depuis plusieurs mois, son nouveau « bébé », Peter von Kant attend une date de sortie. Inspiré du film  Les Larmes amères de Petra von Kant, c’est un portrait déguisé de son réalisateur, l'allemand Rainer W. Fassbinder. Il a pour têtes d’affiche Isabelle Adjani et Denis Ménochet. Les fans sont déjà dans les starting-blocks.

Et aussi

– LA VOIX D’AÏDA  de Jasmila ZBANIC avec Jasna DURICIC, Izudin BAJROVIC…

Srebrenica, juillet 1995. Modeste professeure d’anglais bosniaque, Aïda est réquisitionnée comme interprète auprès des Casques bleus stationnés aux abords de la ville. Leur camp  déborde de gens qui, terrorisés par l’arrivée imminente de l’armée serbe viennent y chercher refuge. Pressentant que le pire va arriver, Aïda va chercher à exfiltrer son fils et son mari. Mais rien ne va se passer aussi facilement qu’en sa qualité de travailleuse pour l’ONU, elle le croit …

La cinéaste bosniaque Jasmila Zbanic ( Sarajevo, mon amour Ours d’Or à Berlin en 2006, Le Choix de Luna, Les Femmes de Visegrad et One Day à Sarajevo ) cherchait à revenir sur l’un des plus atroces crimes de guerre ( 8000 morts civils ) jamais commis sur le sol européen depuis la seconde guerre mondiale. Malgré d’énormes difficultés financières ( la Bosnie ne peut produire qu’un film par an ), elle a réussi à tourner ce film fort, sous haute tension, à mi-chemin entre le thriller et le huis-clos. Dans le rôle-titre, la comédienne serbe Jasna Duričic déploie une énergie incroyable, nous émeut à chaque instant.

Recommandation : 4 coeurs

 

- SANS SIGNE PARTICULIER  de Fernanda VALADEZ - Avec MERCEDES HERNANDEZ, David ILLESCAS, Juan Jesûs VARELA…

Mexique, aujourd’hui. Magdalena n’a plus de nouvelles de son fils, Jesûs, depuis qu’il est parti en bus, voici deux mois, rejoindre la frontière avec les Etats-Unis. Partie à sa recherche, elle rencontre Miguel, un jeune mexicain expulsé par les Etats-Unis qui veut retrouver son village et sa mère. Ils vont traverser ensemble des territoires abandonnés par leurs habitants qui fuient les gangs. Leur quête les conduira à une vérité inattendue.

Un film qui nous confronte aux disparitions, enlèvements et meurtres qui gangrènent la frontière Mexicaine… On s’attend à un énième dérivé de Border Run ( Gabriela Tagliavini, 2013 )  ou de Extreme Préjudice (Walter Hill, 1987), et on a tout faux ! Premier film de la réalisatrice Fernanda Valadez (39 ans), Sans signe particulier est un road movie splendide, passionnant, poétique et magnifiquement filmé). Atouts supplémentaires il a l’exactitude d’un documentaire et la tension d’un film à suspense. Si on ajoute à cela qu’il est un hommage au courage et à la solidarité, on comprendra qu’il est un film à ne pas rater, qu’on s’intéresse ou pas à son sujet : les tensions liées aux problèmes d’immigrations à la frontière américano-mexicaine.

Recommandation : 4 coeurs

 

– STILLWATER  de Tom  McCarthy - Avec Matt Damon, Abigail BRESLIN, Camille  Cottin…

Foreur de pétrole du fin fond de l’Arizona, Bill Baker (Matt Damon) vient à Marseille rendre visite à sa fille incarcérée pour meurtre à la prison des Baumettes. Persuadé qu’elle est innocente, il décide de s’installer dans la cité phocéenne pour la faire innocenter. Ne parlant pas français, il va demander de l’aide à une comédienne bilingue (Camille Cottin), mère célibataire d’une petite fille, avec qui il va se lier amitié…

Présenté hors compétition au dernier festival de Cannes, signé Tom McCarthy (oscarisé pour Spotlight), Stillwater est un drôle de film : bourré de rebondissements - souvent improbables –, il hésite entre thriller, drame familial et… romance. Le résultat de cette valse entre genres est qu’on n’est pas aussi transporté qu’on pouvait s’y attendre à la lecture du « pitch », inspiré de l’histoire vraie d’une jeune Américaine qui fut emprisonnée pendant quatre ans à la suite du meurtre d’une de ses amies. Dommage ! Car dans ce film de 2h30, co-scénarisé par le cinéaste américain et les français Noé Debré et Thomas Bidegain, Marseille et ses quartiers Nord sont formidablement bien filmés, Matt Damon est sensationnel dans un rôle de costaud bouseux au coeur tendre et, comme à son habitude, Camille Cottin impressionne par cette façon qu’elle a de jouer juste, sobre, avec un naturel inouï.

Recommandation : 3 coeurs

 

- LA TROISIÈME GUERRE  de  Giovanni ALOI – Avec Anthony BAJON, Leïla BEKHTI, Karim LEKLOU…

Venant tout juste de terminer ses classes à l’armée, le jeune provincial Léo Corvard ( Anthony Bajon ) écope, à Paris, d’une mission Sentinelle. Flanqué d’un collègue ( Karim Leklou, comme d’habitude, impeccable) et d’un supérieur, en l’occurrence « une » supérieure, ( Leïla Bekhti, comme d’habitude aussi, d’une justesse impressionnante ), le voilà qui arpente les rues de Paris. A force d’attendre une action qui n’arrive jamais et de faire face à un ennemi qui reste invisible, Léo va perdre les pédales…

Pour son premier long métrage, le jeune réalisateur italien Giovanni Aloi – qui a sûrement lu le Désert des Tartares de son compatriote Dino Buzzati – a choisi de traiter des ravages psychologiques qu’engendrent l’inaction et le désœuvrement sur des jeunes qui s’engagent dans l’armée pensant en découdre avec un ennemi bien réel et qui s’aperçoivent que la lutte contre le terrorisme passe aujourd’hui plus souvent par la dissuasion que par l’emploi des armes…Tourner en plein Paris un « film de guerre », mais sans aucune image de combat ni d’adversaires, le pari était risqué. Malgré quelques maladresses de scénario, Giovanni Aloi le gagne, en grande partie grâce à sa distribution à commencer par le jeune Anthony Bajon dans le rôle du soldat Léo. L’épaisseur de jeu peu commune de ce jeune acteur au visage poupin lui avait valu  de remporter à 23 ans l’Ours d’argent à la Biennale de Berlin pour son rôle dans La Prière.

Recommandation : 3 coeurs

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