TRALALA

Chantée sur tous les tons, une comédie musicale aussi fantaisiste que surréaliste…
De
Arnaud et Jean-Marie Larrieu
Mise en scène
Mathieu AMALRIC, Josiane BALASKO, Mélanie THIERRY, Bertrand BELIN…
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Clochard céleste et un peu paumé, Tralala (Mathieu Amalric) chante dans les rues. Un soir, il rencontre une jeune femme qui lui dit : « Ne soyez pas vous même », et puis, qui disparait. Tralala se met en tête qu’il a rencontré la Vierge. Comme il veut la revoir, il part pour Lourdes et là, il lui arrive une drôle de chose. Il rencontre une dame (Josiane Balasko), tenancière d’un hôtel fermé, qui croit reconnaître en lui Pat, son fils disparu. Tralala trouve donc, sans le vouloir, une nouvelle famille . Et cela lui va bien parce que jouer Prat va lui plaire de plus en plus, d’autant que grâce à cette nouvelle identité, il va se découvrir du génie, et aussi rencontrer des filles formidables (dont Mélanie Thierry), qui ont peut-être été ses « fiancées » dans sa vie antérieure.

Points forts

Si on reconnaît leurs films à la fantaisie qu’ils dégagent ( c’est leur marque de fabrique ), les frères Larrieu aiment à changer de registre. Après avoir tourné des comédies, des drames et des films à suspense, les voilà qui se lancent dans la comédie musicale. Evidemment, comme ils ne font rien exactement comme tout le monde, leur comédie ne ressemble à aucune autre. Non pas parce qu’elle tient du conte ou relate une sorte de « miracle » ( un artiste paumé qui va vivre une sorte de résurrection, comme par hasard, à Lourdes), mais parce que cette comédie « chante » et danse sur tous les tons. Connaissant bien l’adage selon lequel « l’ennui naquit de l’uniformité », les réalisateurs ont voulu que chacun de leur personnage s’exprime sur une musique personnalisée. Et ils ont contacté sept compositeurs (Philippe Katerine, Bertrand Belin, Jeanne Cherhal , Etienne Daho, Renaud Létang, Sein et Dominique A ) qui sont venus, chacun, avec leur univers propre. Le résultat est formidable, qui démultiplie la poésie déjà si loufoque du scénario.

Les interprètes - dont, soulignons-le, aucun n’est doublé - se prêtent au jeu des chansons et des danses avec une inventivité infinie. Dans le rôle-titre, en troubadour fantasque, Mathieu Amalric fait merveille. Il joue avec cette légèreté lunaire dont il a le secret et qui le rend aussi touchant qu’irrésistible. Ici, on le découvre chanteur et il est stupéfiant.

Mélanie Thierry aussi, fascine, qui chante et danse avec cette grâce, cette présence et ce naturel qui font d'elle une des comédiennes les plus prisées du cinéma hexagonal. Dans son rôle de DJ bourrue au cœur blessé, Josiane Balasko confirme une fois encore qu’elle est une immense interprète. Quant à Bertrand Belin, non seulement il est l’auteur-chanteur-compositeur que l’on sait, mais il se révèle être aussi un excellent acteur. C’est la première fois qu’on le voit à l’écran. On peut parier que ce ne sera pas la dernière.

Tralala est l’un des premiers films de l’ère Covid à intégrer le port du masque pour ses personnages. Ça pourrait être angoissant, et c’est tout le contraire !

Quelques réserves

A condition d’accepter de se laisser embarquer par le kitsch et la cocasserie tout le temps imprévisible de cette histoire, aucune réserve.

Encore un mot...

Avant de sortir en salles cette semaine, Tralala a été accueilli plusieurs fois dans des avant-premières, notamment au dernier festival de Cannes où il a été projeté hors-compétition, à celui d’Angoulême aussi, dans la série des cinés-concerts. A chaque fois, il a reçu un succès public fou. C’est dire le charme enchanteur et euphorisant de ce film.

Une phrase

(qui seront deux) : 

- « On a toujours trouvé chez Jacques Demy le rapport entre la Comédie musicale et la province très fort. C’était évident de tourner ce film dans notre ville natale, Lourdes » ( Arnaud Larrieu, cinéaste ).

- « On a travaillé avec des chanteurs, pas tous populaires, mais tous très pointus. Chacun a créé une identité musicale propre à un personnage et je pense que si l’émotion passe, elle vient de là aussi » ( Jean-Marie Larrieu, cinéaste ).

L'auteur

Comme les frères Coen aux Etats-Unis, comme les frères Dardenne en Belgique, les frères Larrieu, Arnaud et Jean Marie (nés tous les deux à Lourdes, respectivement le 31 mars 1966 et le 8 avril 1965) forment un couple à part dans le monde du cinéma. Depuis leurs débuts, ils n’ont jamais travaillé l’un sans l’autre. Ils écrivent leurs scénarios à deux et réalisent aussi à deux. Ce qui frappe dans leur cinéma, c’est sa fantaisie, qui peut être joyeuse ou désenchantée, et son épicurisme, qui peut être très jubilatoire ou au contraire mélancolique. 

Les titres de leurs films parlent pour eux. Peindre et faire l’amour  ( en 2005 avec Sabine Azéma, Daniel Auteuil et Sergi Lopez ); L’Amour est un crime parfait (en 2013, avec Mathieu Amalric, Karin Viard, Maïwenn et Sara Forestier);  Les Derniers jours du monde (en 2009 Catherine Frot et de nouveau Karine Viard); Vingt et une nuits avec Pattie (en 2015, avec Isabelle Carré et André Dussollier).

Tralala est le neuvième film de fiction de ce duo de choc qui avait remporté en 2020 le Prix Jean Vigo d’honneur.

Et aussi

- MOURIR PEUT ATTENDRE de CARY JOJI FUKUNAGA - Avec DANIEL CRAIG, LÉA SEYDOUX, RAMI MALEK…

Rangé des Aston Martin (dont la sublime DB5), l’agent 007 tente de se remettre de sa rupture survenue cinq ans plus tôt avec la belle Madeleine ( vive le flash-back!) en taquinant tranquillou le barracuda en Jamaïque. Mais voilà qu’un de ses copains de la CIA vient lui demander de reprendre du service. Comme on ne dérange pas  l’iconique James pour rien, évidemment, l’enjeu est de taille : il va s’agir de démanteler un laboratoire secret -rien de moins- dirigé par un certain Lyutsifer Safin, un labo qui met au point des armes biologiques capables de détruire la planète. En plein dans l’actu ! Ça va barder !…

Après dix-huit mois de reports dus, d’abord à la défection du réalisateur Danny Boyle, puis de la pandémie, le nouveau James Bond débarque enfin sur les écrans. Sans être devin, ce nouvel opus, l’ultime de Daniel Craig (qui avait su réinventer et ré-enchanter le héros conçu par Ian Fleming voici bientôt… 70 ans !) va sûrement diviser. Les uns vont encenser ce numéro où l’indomptable et charismatique James se découvre un cœur et donc des sentiments (non, l’espion britannique le plus sexy de la planète n’était finalement pas qu’une machine à faire tomber ennemis redoutables et jolies filles); les autres vont le rejeter, exactement pour la même raison ( le cœur et ses atermoiements ? Que de temps perdu pour les courses-poursuites et autres cascades et bagarres en tous genres).

On peut aimer cet opus justement parce qu’empreint d’une gravité inédite, il s’offre le luxe de casser les codes de la série, sans pour autant le priver de ce qui en faisait sa spécificité : une histoire abracadabrantesque, un rythme d’enfer, des images sublimes, une mise en scène hyper-sophistiquée. Deux petits reproches toutefois : Mourir peut attendre est légèrement trop long (2h43) et surtout, l’arrivée d’une nouvelle 007 ne convainc pas. La faute au manque de charisme et de charme de l’actrice (Lashana Lynch) qui l’incarne.

Recommandation : 4 coeurs 

 

— MON LÉGIONNAIRE de RACHEL LANG — Avec LOUIS GARREL, CAMILLE COTTIN, INA MARIJA BARTAITÉ…

Céline ( Camille Cottin ) et Nika ( Ina Marija Bartaité ) sont deux femmes très différentes, physiquement, et dans leur façon de concevoir la vie. Mais elles ont en partage d’être toutes les deux des compagnes de légionnaires et de « loger » dans la même caserne. Dans ce bâtiment situé sur un bord de mer de la Corse montagneuse, elles, et toutes les autres colocataires du lieu  apprennent à passer le temps, quand leurs hommes sont en mission. Comment supportent-elles l’attente ? Comment peuvent-elles envisager l’avenir avec des compagnons ou maris dont elles ne savent jamais s’ils vont rentrer vivants ? Et quand ils reviennent, comment se comporter face à eux, qui, après des mois de missions souvent difficiles, ont parfois du mal à se réadapter à la vie civile ?

C’est avec une finesse pleine de tendresse et de délicatesse que la cinéaste Rachel Lang (elle-même ancienne militaire) décrit le quotidien des familles de légionnaires. A travers son récit, on comprend le prix de l’engagement de ces soldats d’élite qui incarnent l’obéissance, la droiture et l’abnégation, et aussi celui de leurs femmes, souvent obligées de sacrifier leur carrière personnelle pour assumer la fonction de chef de famille. Cette chronique émouvante, est portée par deux grands acteurs, Louis Garrel, déchirant d’humanité blessée, et Camille Cottin, comme d’habitude formidable de naturel. 

Recommandation : 4 coeurs

 

CIGARE AU MIEL de KAMIR AÏNOUZ — Avec ZOÉ ADJANI, AMIRA CASAR, LYS SALEM…

1993. Selma, 17ans, vit à Neuilly  avec sa famille d’origine berbère d’Algérie, apparemment bien intégrée. Protégée et aimée par ses parents, tout semble aller pour elle dans le meilleur des mondes. Sa rencontre avec Julien, un garçon aussi provocateur que charmant, va lui faire prendre conscience qu’en réalité, sa cellule familiale l’enferme et l’empêche d’écouter ses désirs. Tout se complique encore pour elle lorsque sa mère, médecin, décide de partir ouvrir un cabinet à Alger pour soigner les femmes dont ses confrères masculins refusent de s’occuper. En la suivant, Selma va prendre conscience de la toxicité des sociétés patriarcales…

Avec ce Cigare au miel, en grande partie autobiographique, la réalisatrice Kamir Aïnouz fait son entrée dans le très récent club des réalisatrices femmes ( Mounia Meddour, Maryam Touzani) qui ont décidé de se réapproprier l’histoire de l’émancipation des femmes du Maghreb. A certains moments, un peu « foutraque », son film ? A d’autres, un poil trop didactique ? Peut-être, mais il est tout le temps attachant et sincère. Et puis Zoé Adjani, qui joue Selma, est d’une aisance, d’un naturel et d’une « photogénie » formidables.  

 Recommandation : 3 coeurs

 

- PETITE SOEUR  de STÉPHANIE CHUAT & VÉRONIQUE REYMOND — Avec NINA HOSS, LARS EIDINGER, MARTHE KELLER…

Liza est une dramaturge allemande à succès qui a abandonné ses ambitions artistiques pour accompagner, en Suisse, son mari nommé directeur d’une école très huppée. Mais lorsqu’elle apprend que son frère jumeau, acteur incontournable de la scène berlinoise est frappé d’une leucémie invasive, elle revient en Allemagne, avec la ferme volonté de tout entreprendre, même une greffe, pour qu’il remonte sur scène. C’est dans ce combat insensé, dont elle comprend, intuitivement qu’il est perdu d’avance, qu’elle va retrouver le chemin de l’écriture et l’énergie de créer de nouveau…

Ecrit et tourné à quatre mains par deux amies d’enfance, deux actrices de formation qui avaient déjà conçu et réalisé ensemble il y a dix ans La Petite Chambre ( une sublime méditation sur la mort ), Petite Soeur est un beau et subtil portrait de femme qui se double d’un récit poignant sur la force des liens de la gémellité. Il est interprété, avec une justesse bouleversante, par une des actrices phare de la Schaubühne de Berlin, la divine Nina Hoss.

Recommandation : 3 coeurs

 

GAZA MON AMOUR  de TARZAN NASSER & ARAB NASSER — Avec SALIM DAW, HIAM ABBASS…

Issa, un pêcheur de soixante ans, est secrètement amoureux de Siham, une couturière qui travaille au marché. Il souhaite la demander en mariage mais n’ose pas formuler sa demande. C’est à ce moment-là qu'il remonte dans son filet une statue antique du Dieu Apollon. Au lieu de déclarer sa trouvaille aux autorités, il décide, sur un coup de folie, de la cacher chez lui. Ses ennuis vont commencer, mais un homme amoureux,  même sans défense et pauvre comme Job, est capable de tout supporter. La preuve…

Une comédie romantique tournée à Gaza ? Mais si, c’est possible. La preuve, ce Gaza mon amour inspiré aux frères Nasser par la découverte en 2018 d’un Apollon, par un pêcheur gazaoui. Vraie ou rêvée, cette découverte ? Au fond, peu importe… C’est sur elle que les deux cinéastes disent s’être appuyés pour bâtir leur histoire d’amour. Une histoire magnifique, empreinte d’humanité, de pudeur et de délicatesse, et pourtant d’une drôlerie facétieuse, confinant par moments à l’absurde. Dans cette façon des frères Nasser de filmer la misère avec autant de tendresse et de beauté, on pense au Aki Kaurismaki d’Au loin s’en vont les nuages et aussi au Jérôme Deschamp d’On est bien ou Des Pieds dans l’eau, deux spectacles inoubliables où les personnages, déclassés mais formidablement poétiques, rassemblés sous le nom des Deschiens, réussissaient à trouver le bonheur simplement en y croyant. 

Recommandation : 3 coeurs

 

— 7 JOURS  de YUTA MURANO - FILM D’ANIMATION.

A la veille des vacances d’été, Mamoru découvre que sa voisine Aya dont il est secrètement amoureux va déménager. Il lui propose de fuguer une semaine pour fêter ses dix-sept ans. Tous les deux partent dans une usine désaffectée, bientôt rejoints par une bande d’amis. Assez vite le petit groupe s’aperçoit qu’il n’est pas le seul occupant de ce lieu, mais qu’un jeune réfugié thaïlandais s’y cache pour tenter d’échapper à la police en attendant de retrouver ses parents. La joyeuse escapade prévue par Mamoru se transforme en guerre de sept jours pour sauver ce jeune ado.

 Au delà de l’aventure qu’il raconte, Sept jours,  adapté du roman éponyme de Osamu Soda -qui avait connu un vif succès à sa parution, en 1985, chez les jeunes japonais - dresse, en fait,  le tableau d’une génération sensible, altruiste, prête à tout pour continuer à vivre en liberté. En compétition au Festival d’Annecy 2020, il s’était distingué par la générosité exaltante de son message et aussi par la beauté chatoyante de ses dessins. Un film tendre, bienveillant et qui comble le regard… Sur les écrans, en ce moment, ce n’est pas si souvent !

Recommandation : 3 coeur

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