UNE JEUNE FILLE QUI VA BIEN

Accroche Un premier film bouleversant, très abouti, qui donne son premier grand rôle au cinéma à une jeune comédienne éblouissante….
De
SANDRINE KIBERLAIN
Avec
REBECCA MARDER, ANTHONY BAJON, ANDRÉ MARCON, INDIA HAIR…
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

L'été 1942 à Paris. Irène, une jeune fille de 19 ans (Rebecca Marder) croque la vie à pleine dents. Belle, jeune, insouciante, partageant un appartement avec son père (André Marcon), son frère Igor (Anthony Bajon) et sa grand-mère Marceline (Françoise Widhoff), elle suit des cours de théâtre (sa passion) en rêvant au grand amour. Ses journées s'enchaînent dans la joie et la vitalité de son âge, à peine troublées par des évanouissements qui la surprennent sans raison apparente. Pourtant, tout semble aller pour le mieux pour elle, qui partage ses secrets avec sa grand-mère adorée, et ses fous-rire, avec sa meilleure amie, également élève comédienne (India Hair). Mais voilà, Irène est juive et un jour, comme tous les juifs, français ou non, elle se voit obligée de porter l’infâme étoile jaune.

Pour autant, la jeune fille ne voit pas l’horizon s’obscurcir. Comment pourrait-elle supposer le pire ? « On n’a pas la peste, quand même ! » dit-elle à un moment avec un sourire désarmant de naïveté. Et pourtant….

Points forts

— Dans le dossier de presse, Sandrine Kiberlain explique qu’elle s’est lancée dans la réalisation, parce qu’un jour, à force d’avoir essayé de comprendre, sur les tournages, comment se fabrique un film, à force aussi d’avoir observé, successivement, le fonctionnement de tous les postes d’un plateau (photo, caméra, son, décors, costumes, accessoires, etc.), elle s’était sentie « prête » pour sauter le pas. Et au vu de ce qui est son premier long métrage (elle avait tourné un court, Bonne figure), on lui donne raison. Sa Jeune fille qui va bien est d’une maîtrise qui coupe le souffle. Lumières, décors, costumes, distribution, montage… aucun point faible. Les scènes sont à leur juste place, d’une longueur idéale, et dans le bon tempo. 

— Le scénario est audacieux, qui mêle avec une adresse folle l’évocation de deux sujets qu’on devine majeurs, obsédants, cruciaux pour elle : la période de l’Occupation et le métier d’acteur. Evidemment, écœurement pour le premier, passion folle pour le second, évidemment aussi. Ce scénario est d’autant plus habile qu’il laisse presque tout ce qui est symbolique « hors champ ». Pas de drapeaux nazi ni de SS pour évoquer, par exemple, la période dans laquelle se déroule le film. Et pourtant, on ressent tout de la menace effrayante, inouïe de cette époque pour les citoyens juifs. Sandrine Kiberlain ne prend pas le spectateur pour un imbécile, elle lui donne des indices pour comprendre. Il en est de même en ce qui concerne la passion de son héroïne pour le théâtre. Cette dernière, Irène, n’en parle pas (ou presque). Simplement, cette passion se lit sur son visage quand elle va à ses cours de théâtre et qu’elle répète une scène.

- Entièrement constituée par la cinéaste, la distribution est parfaite. A commencer bien sûr par le choix de Rebecca Marder pour être Irène. On connaissait cette jeune interprète pour ses rôles à la Comédie Française (où elle excelle depuis son entrée) et pour ses nombreuses participations dans des films très différents (récemment, Tromperie d’Arnaud Desplechin, Seize Printemps de Suzanne Lindon, La Daronne de Jean-Paul Salomé…), mais c’est la première fois qu’à l’écran, elle tient le haut de l’affiche. Dans ce personnage d’apprentie actrice qui rit, joue, aime et s’évanouit avec le même naturel et la même candeur, elle est merveilleuse. Belle et sublime, elle est d’une vitalité folle, à la fois d’une justesse époustouflante et en même temps d’une fragilité de cristal. Rares sont les interprètes qui, sous l'éclatante gaieté de leur rôle, savent, comme elle, faire affleurer le tragique. Rebecca Marder a 26 ans. Elle éclabousse l’écran. On peut parier qu’une grande carrière l’attend.

Ses partenaires sont évidemment à la même hauteur de jeu. André Marcon joue son père avec une sobriété bouleversante, Anthony Bajon est étonnant de candeur dans le rôle de son frère. Quant à India Haïr qui interprète son amie, elle prouve une fois encore qu’elle est capable de faire rire et d’émouvoir avec le même talent.

Quelques réserves

Aucune.

Encore un mot...

Sandrine Kiberlain dit que le tournage dUne Jeune fille qui va bien a été l’un des moments les plus heureux de sa vie. Ce bonheur se ressent sur l’écran. Malgré la tragédie qui s’y dessine et qu’on sent poindre sous chaque plan, malgré la noirceur de l’époque où il se déroule — pour ne pas dire l’horreur —, il émane de son film une impression de beauté, de joie, d’énergie et de vitalité.

On comprend pourquoi après avoir conquis le cœur des spectateurs de la Semaine de la Critique à Cannes, Une Jeune fille qui va bien a accompli une tournée d’avant-premières triomphales.

Une phrase

« Je pense qu’on se doit de ne jamais oublier ce que fut la Shoah, d’en parler aux enfants pour que ça ne se reproduise pas. On peut le faire à travers la littérature et la musique. Moi, j’ai choisi le cinéma parce que c’est ce qui m’émeut le plus » (Sandrine Kiberlain, réalisatrice).

L'auteur

Petite fille d’artistes juifs polonais installés en France en 1933, fille d’un père expert-comptable auteur de théâtre sous le pseudonyme de David Decca, Sandrine Kiberlain s’inscrit après son bac à l’Ecole d’arts graphiques Penninghen. Mais, en 1987, son admission en classe libre au Cours Florent lui fait abandonner pinceaux et crayons. Admise au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, elle en sort diplômée en 1992. Sa carrière d’actrice démarre tout de suite.

Si, en 1995, elle rate de peu le César du meilleur espoir féminin pour Les Patriotes, elle le remporte en 1996 pour En avoir (ou pas), après avoir obtenu, en 1995, pour ce même film, le Prix Romy-Schneider. Elle sera ensuite nommée en 1998 au César de la meilleure actrice pour Le Septième Ciel, puis en 1999 pour À Vendre et en 2010 pour Mademoiselle Chambon. En 2001, elle sera membre du Jury au Festival de Cannes. 

Outre ses nombreux autres rôles au cinéma (Très bien, merci d’Emmanuelle Cuau, La Vie d’artiste de Marc Fitoussi, 9 mois ferme d’Albert Dupontel pour lequel elle obtient le César de la meilleure actrice, Elle l’adore de Jeanne Herry, Les deux Alfred de Bruno Podalydès, etc.., la comédienne s’aventure aussi de temps à autre sur les planches — elle obtiendra notamment en 1997 le Molière de la Révélation théâtrale pour Le Roman de Lulu, une pièce écrite par son père — et aussi dans la chanson — entre autres, en 2007, l’album Coupés bien net et bien carré.

Après avoir « fait l’actrice » dans une soixantaine de films, quatre téléfilms et quelques pièces de théâtre, la comédienne s’est faite cinéaste pour cette Jeune fille qui va bien dont elle a également écrit le scénario. Ce film a été présenté avec grand succès  à la Semaine de la Critique à Cannes en 2021. Ce qui pourrait bien augurer de sa carrière en salles.

Et aussi


- ADIEU PARIS  d’EDOUARD BAER — Avec BENOIT POELVOORDE, PIERRE ARDITI, GÉRARD DEPARDIEU, ISABELLE NANTY, BERNARD LECOQ…

Le pitch tient en peu de mots : c’est l’histoire de six vieux potes qui se réunissent dans une grande brasserie parisienne le temps d’un dîner gastronomique bien arrosé. Six cabots sublimes débarqués ce soir de leur rendez-vous annuel dans ce lieu très chic, mais un brin suranné, l’humour et l’autodérision en bandoulière, avec dans leur besace une réserve phénoménale de petites phrases, souvent vachardes mais pas que…, parce qu’avec ces phénomènes-là, la nostalgie, camarade, est toujours ce qu’elle était. Non compris leur invité du jour — un type dont ils veulent célébrer la simplicité miséreuse —, ils sont donc six autour de la table : six et non huit, parce que le septième, un vieux bougon sur le retour (Gérard Depardieu, grandiose comme d’hab) n’a pas réussi à sortir de chez lui, et que le huitième (Benoît Poelvoorde, phénoménal comme d’hab aussi) n’a pas eu la bonne attitude pour se faire accepter par les six « anciens ». Pour servir la tablée, un maître d’hôtel céleste et philosophe (feu, le magnifique Jean-François Stévenin). Pour la distraire, un pianiste de bar qui renâcle à offrir son jeu de mains virtuose à ces machos vieillissants qui se foutent de tout en s’écoutant parler et en se balançant des vannes… Quelque part, dehors, à la porte du restaurant, une femme aussi blonde que bienveillante (Isabelle Nanty, hilarante), va essayer de consoler le banni de la table…

Pour son quatrième film, Edouard Baer propose une comédie bien dans sa manière, à la fois pleine de charme, marrante, tendre, poétique et… gourmande. Car tout se savoure dans son nouvel opus : la situation (un dîner succulent dans une brasserie cossue), les dialogues (concoctés par lui mais enrichis d’impros brillantissimes), et bien sûr, les acteurs dont Pierre Arditi, Jackie Berroyer, Bernard Lecoq, François Damiens et Daniel Prévost. Le bonheur de ces derniers à jouer ensemble éclate à chaque séquence. C’est un plaisir de les regarder boire, manger, rire, échanger, s’aimer et s’écharper devant la caméra bienveillante d’un cinéaste qui sait ce que tendresse et humanité veulent dire. On pense au Blier des Acteurs, au Leconte des Grands Ducs, au Cassavetes de Husbands. Gouleyant comme un grand cru.

Recommandation : 4 coeurs

 

- L’ENNEMI  de STEPHAN STREKER - Avec JÉRÉMIE RENIER, ALMA JODOROWSKY, EMMANUELLE BERCOT…

Dans la Belgique d’aujourd’hui. Louis Durieux, un homme politique, brillant, célèbre, et dans lequel certains voient déjà le futur Premier Ministre du pays (Jérémie Rénier) se retrouve accusé d’avoir tué son épouse (Alma Jodorowsky), retrouvée morte, une nuit, dans leur chambre d’hôtel. Est-il coupable ou innocent ? Personne ne le sait, pas même lui-même, qui fut fou amoureux, oui vraiment fou, de sa troublante épouse, et qui ne se souvient de rien…

Pour son nouveau film, cinq ans après Noces (un petit chef-d’oeuvre), Stéphan Streker s’est inspiré d’une histoire vraie : celle du député Bernard Welphael arrêté le 31 octobre 2013 dans un hôtel d’Ostende sur la suspicion qu’il avait tué sa femme retrouvé morte dans leur chambre. De ce fait divers qui chamboula alors la Belgique, il a tiré un film qui, bien que construit sur des flash-back, tient du polar psychologique. L’ambiance est étouffante et le puzzle de la tragédie, très bien reconstitué. Les deux comédiens du haut de l’affiche, Jérémie Renier et Alma Jodorowsky, sont tous les deux, chacun dans leur rôle, sensationnels d’ambiguïté et de justesse. Prenant et machiavélique. 

Recommandation : 4 coeurs

 

- MUNICIPALE de THOMAS PAULOT — Avec LAURENT PAPOT, FERDINAND FLAME…

Dans les Ardennes, la petite ville de Revin se prépare à élire son maire. Quatre ou cinq listes sont déjà constituées, dont celle du maire sortant. Un jour, arrivé on ne sait d’où, un homme, inconnu de tous et totalement étranger à la commune, se présente pour être candidat, tête d’une liste qui n’existe pas mais qu’il se propose de constituer. Cet intrus n’est autre qu’un acteur payé par la production du film. Comment va-t-il s’y prendre ? Comment va-t-il être reçu ? Certains Revinois vont finir par accepter ce candidat qui, d’emblée, a annoncé la couleur de sa vraie identité ( Laurent Papot, acteur) et a promis, s’il était élu, de se retirer. Tout l’enjeu du film va être de montrer comment ce candidat-comédien (ou l’inverse) va réussir à trouver les trente personnes nécessaires pour qu’il constitue une liste susceptible d’être soumise au vote.

Fiction ou documentaire ce Municipale ? Bien malin qui pourrait le dire, tant ce film a été réalisé avec sérieux, réalisme et authenticité. A la fois, tout y est vrai (l’énergie déployée pour constituer une liste qui tienne debout, le « tractage » sur les marchés, la mise en place d’un dispositif de campagne, les débats avec les autres candidats, etc…) et en même temps, tout y relève de la fiction, puisque, quoiqu’il arrive, gagnant ou perdant, le candidat s’évanouira dans la nature. Impossible de ne pas se laisser prendre à ce docu-fiction aussi amusant que passionnant et instructif car bâti sur des situations concrètes, avec de vrais militants. Dans le rôle du candidat, Laurent Papot est formidable, qui trouve là l’un de ses meilleurs rôles. Une curiosité. 

Recommandation : 3 coeurs

 

- PRESQUE de BERNARD CAMPAN et ALEXANDRE JOLLIEN — Avec BERNARD CAMPAN et ALEXANDRE JOLLIEN…

A cinquante-huit ans, Louis (Bernard Campan) est directeur d’une société de pompes funèbres, ou, en un terme plus explicite, croque-mort. Aimant son métier, il n’envisage pas de prendre sa retraite. Igor, lui (Alexandre Jollien) féru de philo - ses « potes » d’insomnie s’appellent Socrate, Nietzsche et Spinoza - a quarante ans. La retraite ? Ce livreur à vélo ne peut même pas y songer. Handicapé moteur cérébral, il a d’autres problèmes, comme celui de ne pas bien connaitre ce qui fait d’habitude, chez ses congénères, le sel de la vie, entre autres, l’amitié, l’amour et le sexe. Par la magie d’un scénario malin, ces deux-là, qui n’avaient rien pour se rencontrer, se retrouvent par hasard (ou presque) embarqués ensemble à bord du corbillard de Louis, dans un incroyable road-trip. Et nous voilà évidemment nous aussi entrainés avec eux pour un buddy movie aussi marrant que craquant, la faute à ces deux éclopés de la vie qui vont nous donner une belle et joyeuse leçon d’amitié et de tolérance. On songe à Intouchables. C’est pourtant très différent, parce que plus solaire et plus sentimental.

Ce sont Bernard Campan et Alexandre Jollien, copains dans la vraie vie, qui ont tricoté tous les deux le scénario de cet irrésistible Presque. Au festival d’Angoulême où il avait été présenté, leur film avait mis les spectateurs sans dessus-dessous, balançant, comme sur un grand huit, entre rire et émotion. On savait le grand acteur qu’est Bernard Campan, on découvre qu’Alexandre Jollien en est un aussi. Enthousiasmant. Et quelle leçon de tolérance et d’humanité ! 

Recommandation : 4 coeurs


 

- LES PROMESSES de  THOMAS KRUITHOF — Avec ISABELLE HUPPERT, REDA KATEB…

Maire d’une ville endettée du 93, Clémence, ancien médecin (Isabelle Huppert) arrive à la fin de son deuxième mandat. Elle souhaite passer la main, mais avant, avec l’aide d’Aziz, son directeur de cabinet (Reda Kateb), elle voudrait avoir l’assurance d’obtenir les fonds nécessaires pour sauver les Bernardins, une cité délabrée de sa circonscription, minée par les marchands de sommeil. Sa détermination à mener cet ultime combat va se trouver ébranlée lorsqu’elle est approchée pour devenir ministre. Pas longtemps. Une femme de sa trempe peut-elle abandonner sa ville, ses proches et renoncer à ses promesses et à son engagement ? Clémence annonce qu’elle va rempiler. Mais…

Pour son deuxième long métrage, Thomas Kruithof  (La Mécanique de l’ombre) s’attaque à un sujet à priori pas très cinématographique : celui de la politique d’une mairie de banlieue face à un problème du logement dans une de ses cités. Surprise : son film est passionnant. Non seulement il montre le désarroi et la lassitude des habitants de ces cités minées par le délabrement, mais il nous fait pénétrer dans le difficile quotidien des élus locaux qui essaient de se « dépatouiller » de cette quadrature du cercle : une combinaison harmonieuse de leurs  ambitions personnelles et de l’exécution de leurs  promesses électorales. Le scénario est si malin qu’on a l’impression d’être dans un thriller. Aux manettes de ce suspense politique et social, deux acteurs aussi charismatiques que convaincants, Isabelle Huppert et Reda Kateb.

 Recommandation :  4 coeurs

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